« Vraiment tout doucement » : Sur le changement dans nos vies

La compagnie montréalaise Rubberband inaugure le retour aux événements en personne du Dance House, avec son spectacle Ever So Slightly (Vraiment tout doucement).

La variété des agressions que chacun peut rencontrer dans la vie de tous les jours, et la soif impérieuse de résister à ces contraintes, sont représentées dans cette chorégraphie qui reflète la vie du chorégraphe. Le recours à une alliance musicale inattendue achève ce parallélisme et donne à l’ensemble une énergie mentale, portée par l’athlétisme explosif des danseurs.

Photo de Marie-Noële Pilon

Et pour cela, dix danseurs prendront la scène au son joué en direct d’un DJ électro et d’un violoniste primé, pour explorer les instincts et réflexes que les hommes développent pour faire face aux agressions journalières. Le chorégraphe, Victor Quijada, partage ce qui lui a inspiré cette histoire.

Un parcours exploratoire

Né à Los Angeles, de parents mexicains, Victor Quijada a découvert la danse dans les rues de cette ville en pratiquant le hip-hop avant de suivre son cœur et ses pieds vers les planches des classes de ballet qui l’ont emmené au Canada. Il explique que la transition s’est opérée lorsqu’il était lycéen à Lachsa, une école secondaire des arts visuels et du spectacle à Los Angeles, en Californie. « En tant que jeune danseur de hip-hop angelin, la découverte d’un monde des arts plus vaste a aiguisé ma curiosité et m’a plongé dans une phase d’essai et de questionnement. Avec mon intérêt grandissant pour le post-modernisme et le minimalisme, à l’opposé des codes du hip-hop, je me suis rendu compte que si je voulais mener à bien mon exploration, il fallait que je trouve une autre scène que celle-là », mentionne le chorégraphe. Et d’ajouter que c’est cette prise en main du post- modernisme qui lui a ouvert l’esprit sur d’autres formes de danse, dont le ballet.

C’était là sans doute, dans ces années de jeune adulte, le fondement de son envie de monter sa propre structure répondant à sa vision de la danse. Ce qu’il a fait en 2002 avec Rubberband (bande de caoutchouc). Cette école et troupe de danse lui permet de mettre en couple la rigueur des ballets classiques et contemporains avec l’idéologie et le mouvement de la culture hip-hop. D’aucuns disent que ce faisant, il a redéfini les codes du break dance au sein même d’un contexte institutionnel.

Rattrapé par son destin

Mais alors qu’il perfectionnait ses pliés, jambes tendues et autres entrechats, mettant à profit sa « mentalité hip-hop de confrontation pour se pousser à devenir le meilleur danseur classique possible », son passé est revenu dans ses pas. « Au même moment, le milieu de la danse de rue de Montréal était en ébullition, et de venir à Montréal pour atteindre mes objectifs en matière de ballet, cela m’a aussi, paradoxalement, amené à refaire corps avec mon identité laissée à Los Angeles », explique Victor Quijada.

Et c’est à un autre tournant temporel que l’on doit l’existence de ce spectacle. En substance, il symbolise pour lui « le grand changement ». Il explique qu’après dix ans passés à partager son vocabulaire chorégraphique, que malgré la réussite de sa méthode enseignée à Rubberband, il a voulu en changer. Il a voulu passer d’une maîtrise des mécaniques corporelles à un accent sur la prise de décision dans les choix instinctifs que l’on retrouve dans l’improvisation. « Je me suis retrouvé plusieurs fois dans cette période de ma vie où je trouve une recette qui marche avant que je ne doive faire un choix en toute conscience : ok, je peux continuer sur la route du succès ou bien je peux essayer de trouver un nouveau territoire à parcourir en choisissant de ne pas utiliser la recette que j’ai perfectionnée », souligne
le chorégraphe.

Cette création est décrite par Dance House comme une « méditation sur la manière dont se déroule le changement », les nombreux éléments qui amènent à celui-ci, et le point de rupture, positif ou négatif.

Le chorégraphe Victor Quijada. | Photo d’Isabel Rancier

Dans un court extrait vidéo enregistré lors d’une représentation inaugurale à Montréal, les jeux d’échange sont tout de suite perceptibles entre les émotions brutales et les moments plus doux, subtils et apaisés, qui représentent les deux côtés de ce point de rupture.

« En observant ce travail de chorégraphie, je pensais beaucoup aux différentes façons où le changement survient. Parfois soudainement. Parfois seulement après que la coupe soit pleine. Qu’est-ce qui découle de ce changement ? Comment se réapproprier soi-même dans ce nouvel environnement ? », éclaircit-il.

Le spectateur pourra percevoir que le chorégraphe a voulu incorporer la réaction immédiate mais aussi la résilience qui incarne cette « méditation » sur la durée. Et chacun sera surement amené à réfléchir en effet au fait que le changement est un mécanisme souvent en plusieurs étapes, et de comprendre alors pourquoi le titre : Vraiment tout doucement.

Pour plus d’informations visitez le : www.dancehouse.ca

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