le Mercredi 9 septembre 2026
Loading membership data...
le Mardi 8 septembre 2026 0:40 Chronique

Une faible fable

L’aigle et le castor. | Photo par Conrad, Adobe Stock
L’aigle et le castor. | Photo par Conrad, Adobe Stock
Une faible fable
00:00 00:00

Voilà, les jeux sont faits, rien ne va plus, rien à gagner, tout est perdu sauf notre honneur. C’est ainsi qu’il faut résumer l’échec des négociations commerciales entre le Canada et les États-Désunis. Pauvre de nous, se sont écriés certains. Mais non, voyons, pas du tout, soyez rassurés. Nous allons souffrir certes mais nous saurons nous en tirer.

La question se pose donc ainsi : que vaut-il mieux : subir, le front bas, soumis et déshonoré, la tyrannie d’une grosse brute ou, au contraire, confronter, la tête haute, fier et digne, quitte à endurer les conséquences de cette rébellion, ce déplorable despotisme made in USA ? Faites votre choix. Le mien est fait : pas question de subir.

Trump espérait nous écraser, nous terrasser. À l’expiration de l’heure de tombée (il est minuit Dr. Lucifer), par cette triste journée d’été, il n’en a rien été. Nous avons résisté. Parfois, désireux d’aboutir à une entente, nous nous sommes pliés en quatre. Finalement, épuisés, butés à un adversaire de mauvaise foi, nous avons rompu les négociations sans jamais nous mettre à genoux. Le Canada plie mais ne rompt pas.

L’équipe des USA, dont les yeux dès le départ étaient plus gros que leur ventre, voulait le beurre (made in Canada) et l’argent du beurre (celui de l’Alberta). Le Canada était prêt à mettre un peu d’eau dans son vin (d’ici et non de Californie). Comprenant que les pourparlers n’aboutiraient à rien, notre premier ministre, sentant la moutarde (de la Saskatchewan et non du Dakota) lui monter au nez, pris la mesure qui, à ses yeux, s’imposait, à savoir : couper les ponts (pas le Gordie Howe) avec l’administration Trump à qui il fallait clouer le bec (comme on dit au Québec). Mark Carney en avait gros sur la patate (de l’Île-du-Prince-Édouard et non de l’Idaho). Il ne supportait plus qu’on lui raconte des salades (de mon jardin et non celles du Kansas). Il aurait bien aimé pouvoir couper la poire (des vergers de l’Okanagan, pas ceux de l’Orégon) en deux. C’était trop lui demander. Pas question pour lui de noyer le poisson dans l’eau du lac Ontario (seul nom qu’on lui reconnaît). La patience a ses limites. Il ne faut pas pousser la Bernache du Canada dans les orties.

Pensant à la situation dans laquelle maintenant nous nous trouvons, je me suis demandé ce que Jean de La Fontaine, le fabuleux fabuliste, aurait écrit s’il était parmi nous. Voilà, selon moi qui tente honteusement et pauvrement de l’imiter, ce que cela aurait donné.

L’aigle et le castor

Un aigle, redoutable prédateur,
Crut un jour voir venir l’heure
De s’attaquer, il avait tort,
À un gentil et poli castor.

Mal, il est vrai, lui en pris
Car il n’eut pas compris
Que notre vaillant rongeur
N’était surtout pas d’humeur
À se faire tout entier avaler,
Pour ne pas dire dévorer,
Par un oiseau de son espèce
Dont il redoutait les caresses.

Sachant que la nuit porte conseil
Alors que se couchait le soleil,
Le fort brave et aimable castor,
Face à ce rapace très retors,
Préféra aller faire dodo
Plutôt que de s’faire manger,
Car il y avait grand danger,
La pure laine sur le dos.

Dès l’aube, à son réveil,
La nuit portant conseil,
Ce héros, emblème canadien,
Auquel chacun de nous tient,
Retrouva tous ses esprits.

Il confronta l’aigle surpris :
D’un grand coup de queue,
Donné à l’oiseau belliqueux,
Il envoya valdinguer l’animal
Qui, depuis bien longtemps,
S’acharne à lui faire du mal.

Pas pour un sou content,
L’aigle se retira, fort vexé,
Dans son nid haut perché
D’où il ne cesse de pleurnicher.

Le castor, soudain décomplexé,
A donc choisi de se battre
Plutôt que de se laisser abattre
Par un ignoble et vain tyran
En manque de tact et de cran.

La morale de cette histoire ?
Vous n’allez pas la croire.

La voici : « S’il faut se méfier d’un rapace et de ses serres, on ne peut ignorer le pouvoir du castor si de sa queue il se sert ».

Si Jean de La Fontaine devait lire cette fable à faible teneur poétique, nul doute que, sans trop tourner autour du pot, du castor il en aurait fait son héros.

Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.