le Mardi 6 octobre 2026
Loading membership data...
le Mardi 6 octobre 2026 10:06 Chronique

La queue leu leu

David Eby | Photo par Union of BC Municipalities Convention (UBCM), CC BY-NC-ND 4.0
David Eby | Photo par Union of BC Municipalities Convention (UBCM), CC BY-NC-ND 4.0
La queue leu leu
00:00 00:00

Attention ! Attention ! Affûtez vos crayons, le temps des élections est arrivé. Votre mission : parmi tous les candidats qui osent se présenter à ces grands concours électoraux, sélectionnez celles et ceux qui conviennent le mieux pour vous représenter. Une tâche d’une importance capitale, voudrait-on me faire savoir.

Alors, sans plus tarder et si cela vous intéresse (ce qui n’est pas garanti), jetons ensemble, dans la mesure du possible, un coup d’œil sur le tableau politique de ces élections provinciales et municipales.

Depuis longtemps déjà nous savions que le 17 octobre de cette année s’en venaient les élections municipales. La date étant fixée d’avance comme il se doit. Par contre celle des élections provinciales nous a un peu pris par surprise. Le gouvernement néo-démocrate de David Eby, au pouvoir depuis le 19 octobre 2024, aurait pu attendre deux ans encore avant de déclencher des élections. Mais les stratèges n’pédétistes (excusez le néologisme) provinciaux en ont décidé autrement. C’est donc le 24 octobre, soit une semaine après les élections municipales, que les électeurs se rendront de nouveau aux urnes afin d’élire les députés qui pourront ronronner tranquillement à Victoria.

Il va sans dire que pareille décision ne pouvait pas plaire à tout le monde. Inévitablement elle allait causer des remous. Ce qui devait arriver arriva : les critiques fusèrent de toutes parts. Eby et son équipe en ont pris pour leur grade. Maires et prétendants à des sièges municipaux ont sonné l’alarme : comment peut-on se donner le droit de fatiguer les électeurs à ce point en leur demandant de voter deux fois en une semaine, se sont-ils lamentés, fort préoccupés du conditionnement physique et de l’état psychique de l’électorat britanno-colombien ? Ces heureux et généreux candidats municipaux, toujours prêts à sacrifier leur vie pour la cause publique (trop ironique ?), tentent de nous convaincre qu’ils veulent notre bien (et ils l’auront, s’est écrié un joyeux luron de mon entourage).

« De quoi je me mêle ? Depuis quand se préoccupent-ils (ou elles) de notre félicité et non de leurs propres intérêts ? », s’est insurgée ma voisine qui ne demande pas mieux que de se déplacer vers un bureau de vote dès que l’occasion lui est offerte. Ce n’est pas tous les jours qu’elle a la chance de rencontrer du monde et de se payer une bonne jasette avec des électeurs qui, tout comme elle, jouissent d’avance de ce merveilleux moment de convivialité.

Le 24 octobre donc, rebelotte. Retour dans les bureaux de vote pour les élections provinciales. Les chefs des différents partis provinciaux autre que David Eby, néo-démocrate, responsable du déclenchement de ces élections provinciales anticipées, ont soulevé un tollé de protestations qui ne semble pas totalement injustifié. Je comprends leur mauvaise humeur. Pris les culottes à terre alors qu’ils sont en pleine déconfiture n’est pas fait pour les attendrir. Le parti conservateur notamment, principal parti de l’opposition, s’est retrouvé au bord de l’abîme, en pleine détresse suite à l’exode d’un grand nombre de leurs députés partis à la recherche d’abris idéologiques plus accueillants.

Nous avons alors assisté à un revirement de situation pas piqué des vers. La pas tout à fait charmante Kerry-Lynne Findlay, cheffe très controversée du Parti conservateur, épuisée par les querelles internes et la contestation de son leadership, finit par donner sa démission. Dès lors on bat et rebat les cartes. Lorne Doerkson devient chef du parti. Les brebis égarées, à quelques exceptions près, reviennent au bercail et rejoignent le troupeau. Le parti conservateur, vent en poupe, reprend du poil de la bête au point d’inquiéter très sérieusement David Eby et sa clique. Le Parti néo-démocrate, depuis, n’en mène pas large. La lutte finale s’avère serrée.

C’est donc maintenant chose faite : les élections se tiendront bien deux ans plus tôt que prévues. Était-ce un bon calcul ? se demandent encore aujourd’hui les partisans néo-démocrates pas tout à fait convaincus. Traité tantôt de cynique ou d’opportuniste (en politique ces attributs seraient plutôt des atouts et non des vices), le gouvernement de David Eby a surtout démontré, à mes yeux, un total manque de confiance envers l’avenir. Pourquoi déclencher des élections prématurément si on estime avoir bien en main le Zeppelin de la politique provinciale ? Le paquebot Colombie-Titanic se dirigerait-il vers un iceberg en 2028 ? De quoi être inquiet, assurément.

Une bonne et forte prestation des Partis OneBC de Dallas Brodie et CentreBC d’Elenore Sturko pourrait brouiller les cartes à droite et ainsi grignoter ou diviser les votes parmi l’électorat conservateur. Si cela était le cas, le pari de David Eby s’avérerait gagnant à condition bien sûr que les Verts d’Emily Lowan ne viennent perturber les chances néo-démocrates.

Électeurs, à vos urnes à la queue leu leu, et que le meilleur gagne.

Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.