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La francophonie peut-elle devenir un véritable atout pour la Colombie-Britannique ?

Emmanuelle Corne-Bertrand (DG de la FFCB), Chantal Hébert (journaliste politique), Suzanne Huot (professeure-chercheure), Luc Fournier (modérateur du débat), Lauren Touchant (professeure-chercheuse), Jennifer Blatherwick (MLA Coquitlam), Marie-Nicole Dubois (Présidente du CA de la FFCB) — Cécile Rey
Emmanuelle Corne-Bertrand (DG de la FFCB), Chantal Hébert (journaliste politique), Suzanne Huot (professeure-chercheure), Luc Fournier (modérateur du débat), Lauren Touchant (professeure-chercheuse), Jennifer Blatherwick (MLA Coquitlam), Marie-Nicole Dubois (Présidente du CA de la FFCB)
Cécile Rey

C'est autour de cette réflexion que la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB) a réuni, le 24 juin dernier, au théâtre de l'Alliance Française de Vancouver, la journaliste et commentatrice politique Chantal Hébert ainsi que les professeures-chercheuses Lauren Touchant et Suzanne Huot pour un panel intitulé Le Français en jeu : du débat au terrain.

La francophonie peut-elle devenir un véritable atout pour la Colombie-Britannique ?
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Intervention de Chantal Hébert, journaliste et commentatrice politique

Cécile Rey

Par leurs expertises respectives en politique, en relations internationales et en immigration, toutes trois ont défendu une même idée : la francophonie ne constitue pas seulement un héritage culturel à préserver. Elle représente un moyen d’action encore largement sous-exploité pour le développement de la Colombie-Britannique, notamment sur les plans économique, scientifique et diplomatique.

S’inscrivant dans la continuité du sommet économique PACIFIQUE 2026, coorganisé le 11 juin par la Société de développement économique de la Colombie-Britannique (SDÉCB) et la FFCB, qui explorait le potentiel de la francophonie comme moteur de diversification économique, ce panel visait à alimenter la réflexion des décideurs provinciaux sur la place que pourrait occuper la francophonie dans le développement de la province. Cette volonté s’est notamment traduite par la présence de Jennifer Blatherwick, députée de Coquitlam à l’Assemblée législative de la Colombie-Britannique et secrétaire parlementaire responsable des Services à la population.

Présente tout au long des échanges, elle a souligné l’importance pour le gouvernement provincial d’être à l’écoute des acteurs de la francophonie plutôt que de présumer de leurs besoins. Elle a également reconnu que la communauté francophone pouvait constituer un partenaire de choix dans plusieurs secteurs, notamment la recherche, l’innovation et le commerce international.

Les interventions qui ont suivi ont précisément cherché à démontrer ce potentiel. Pour Chantal Hébert, la place du français dans l’identité canadienne ne fait aujourd’hui plus réellement débat. « La cause de la place du français dans l’identité, dans le tissu social canadien, c’est une cause qui est déjà entendue », affirme l’analyste politique. Le véritable enjeu est désormais de démontrer la valeur ajoutée que peut représenter la francophonie.

Dans un contexte où le Canada cherche à diversifier ses marchés et ses alliances, elle estime que les communautés francophones disposent d’un atout supplémentaire. « La capacité de parler, de faire des affaires, d’avoir des liens culturels et commerciaux dans une langue qui n’est pas l’anglais, ça fait une différence », souligne-t-elle.

Cette réflexion trouve un prolongement dans les travaux de Lauren Touchant, professeure-chercheuse en sciences politiques à l’Université de Vancouver Island. Pour elle, la francophonie dépasse largement la question linguistique : elle représente un réseau international que la Colombie-Britannique n’exploite pas encore à son plein potentiel.

« La francophonie représente un vecteur scientifique, économique et diplomatique absolument inexploré », soutient-elle. Selon elle, la province gagnerait à compléter son ouverture vers le Pacifique par une stratégie davantage tournée vers l’espace francophone mondial. Elle rappelle que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) rassemble près de 90 États et gouvernements, représentant autant d’occasions de coopération.

Lauren Touchant décrit également la recherche universitaire comme un véritable « cheval de Troie » diplomatique. Les collaborations entre chercheurs permettent d’ouvrir des portes vers des universités, des gouvernements et de nouveaux partenaires économiques. Elle cite notamment ses travaux menés avec des chercheurs sénégalais sur l’adaptation aux changements climatiques, convaincue que ces coopérations scientifiques constituent souvent le point de départ de partenariats beaucoup plus larges.

Pour Suzanne Huot, professeure-chercheuse à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), cet atout réside avant tout dans les personnes qui composent les communautés francophones. Spécialiste de l’immigration francophone, elle rappelle que la Colombie-Britannique accueille une population francophone de plus en plus plurielle, notamment grâce aux diasporas africaines.

Ses recherches montrent que les organismes communautaires francophones constituent de véritables « phares » pour les nouveaux arrivants dans un environnement majoritairement anglophone. Ils favorisent l’intégration, les rencontres et le développement de réseaux.

Mais, souligne-t-elle, « le soutien et la cohésion au sein de ces communautés ne se font pas de façon automatique ». Selon elle, les politiques publiques mettent beaucoup l’accent sur l’attraction des immigrants francophones, mais encore trop peu sur leur rétention et sur la valorisation des liens qu’ils entretiennent avec leurs pays d’origine, pourtant susceptibles de devenir des vecteurs de coopération économique, scientifique et culturelle.

Organisé le jour de la Saint-Jean-Baptiste, le panel s’est prolongé par la diffusion du match de la Coupe du monde entre le Canada et la Suisse, deux pays membres de la Francophonie. Une manière, pour les organisateurs, de joindre la réflexion à un moment de rassemblement convivial autour de la langue française.

Au terme de cette journée, les intervenantes auront surtout tenté de faire évoluer le regard porté sur la francophonie. Plus qu’une communauté à soutenir, donc elles ont invité la Colombie-Britannique à considérer la francophonie comme un fer de lance stratégique à part entière. Reste désormais à savoir si la province saisira cette occasion, alors qu’Ottawa accueillera le Sommet de la Francophonie en 2028.

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