Au sein du département des Lettres modernes de Douglas College à New Westminster, le français occupe une place singulière. Fanny Boulesteix et Kimberley Sutherland, deux professeures francophones engagées, font vivre un programme qui va bien au-delà de l’apprentissage de la langue.
Du niveau débutant aux cours avancés, le programme de français de Douglas College offre aux étudiants un parcours complet, une particularité qui, selon les deux enseignantes, le distingue des autres langues proposées au département. « Le français est la seule langue du département qui est enseignée jusqu’au niveau avancé », explique Kimberley Sutherland, originaire de Vancouver et diplômée de l’Université de Swansea au Pays de Galles. « Dans un pays bilingue, le français a quand même une situation particulière, même en milieu minoritaire comme en Colombie-Britannique. »
Les cours se déroulent généralement en petits groupes de 24 étudiants maximum. « Douglas College met vraiment l’accent sur de belles conditions d’études pour nos étudiants », souligne Fanny Boulesteix, titulaire d’un master en politique linguistique et installée au Canada depuis 2009. Néanmoins, l’objectif n’est pas simplement de faire progresser les étudiants en grammaire et en vocabulaire. « Une langue n’est pas séparée de la culture », affirme l’enseignante.
C’est pourquoi, dès les premiers niveaux, l’utilisation de capsules linguistiques et historiques permet de mieux comprendre les liens entre les différentes communautés francophones. Les étudiants découvrent ainsi, au cours de leurs études, la musique, le cinéma et la littérature francophones.
À cela s’ajoute un cours d’introduction à la culture francophone donné en anglais, avec des ressources bilingues. Cette approche cherche à élargir la définition même de ce qu’est le monde francophone. Kimberley Sutherland y aborde notamment la colonisation et explore avec les étudiants les raisons pour lesquelles la culture francophone s’étend aux quatre coins du monde.
Du français à la communauté
Cette ouverture sur le monde francophone se prolonge au-delà des salles de classe. Le programme s’appuie sur différents partenaires et cherche à créer des passerelles avec les acteurs de la francophonie de la Colombie-Britannique. « Comme on enseigne à des jeunes adultes, c’est aussi important d’être immergé dans la réalité du français en dehors de la salle de classe », confie Fanny Boulesteix.
Les collaborations avec le Conseil jeunesse francophone de la Colombie-Britannique, La Boussole et la Société de développement économique de la Colombie-Britannique permettent aux étudiants de découvrir différentes façons d’utiliser le français dans leur environnement, notamment au cours des ateliers, des activités communautaires et des événements sur le campus.
Le 2 février prochain, la Chandeleur sera ainsi une occasion de discuter des traditions tout en réunissant l’ensemble de la communauté de Douglas College autour de jeux linguistiques, d’activités culturelles et, bien sûr, de crêpes. « Il est important pour nous de faire des liens entre les cultures et de faire de nos étudiants de vrais citoyens du monde », estime Fanny Boulesteix. « C’est également un des objectifs stratégiques de Douglas Collège », ajoute-t-elle. Ces activités servent aussi à faire connaître le programme auprès d’étudiants qui ne suivent pas nécessairement de cours de français.
Qui apprend le français en Colombie-Britannique ?
Derrière des effectifs bien remplis, les motivations sont multiples. Certains étudiants découvrent le français après avoir privilégié d’autres langues au secondaire. D’autres, issus de l’immigration, voient dans le bilinguisme un atout pour leur intégration ou leur parcours au Canada. D’autres encore cherchent simplement à préserver un français déjà acquis. « Apprendre une langue, c’est long et difficile. C’est aussi très facile de l’oublier », rappelle Fanny Boulesteix. Voyage, culture, identité canadienne ou perspectives professionnelles : les raisons se croisent.
Cette dernière dimension prend d’ailleurs une place croissante dans les cours. À Douglas College, l’apprentissage du français se veut aussi une préparation au monde du travail. Les étudiants apprennent notamment à rédiger un CV, à se préparer à un entretien ou à prendre la parole dans un contexte professionnel. Cette approche se concrétisera le 14 octobre avec French in the Workplace, un événement organisé autour d’un panel de professionnels. Les étudiants pourront y découvrir les différents usages du français dans le cadre professionnel. Pour Kimberley Sutherland,
cette évolution répond à une demande de plus en plus présente chez les étudiants. « Ils veulent apprendre ce qui est vraiment pratique, ce qui va vraiment faire la différence dans le monde du travail », résume la Vancouvéroise.
À Douglas College, les étudiants bénéficient de conditions optimales pour l’apprentissage des langues. | Photo de Douglas College
L’apprentissage d’une langue ne peut être dissocié des relations humaines qui l’accompagnent. Le travail des deux enseignantes s’inscrit dans un réseau plus large de professeurs et d’institutions qui partagent les mêmes réalités et les mêmes défis. À l’heure où les outils numériques et l’intelligence artificielle permettent de traduire et d’apprendre autrement, Fanny Boulesteix et Kimberley Sutherland défendent ainsi un enseignement fondé sur les échanges et les liens humains. « Il faut dire aussi que Fanny et moi sommes une équipe dynamique, motivée et convaincue de ce que nous faisons », conclut Kimberley Sutherland.
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