Chaque année, Pacifique en chanson offre une vitrine aux artistes en herbe de la chanson francophone en Colombie-Britannique. Pour son édition 2026, le programme accompagne trois artistes : Gila Rosa, Julie JM et NJ, dans le développement de leur répertoire et de leur univers artistique. Après une semaine de résidence, ils présenteront leur travail le 26 septembre au Studio 16, à Vancouver.
Pour l’occasion, l’auteure-compositrice-interprète Gila Rosa revient sur son parcours et sur cette expérience qui pourrait bien marquer un tournant dans sa carrière. Pendant treize ans, Gila Rosa a construit une carrière dans le droit. Née à Paris de parents iraniens, elle a obtenu un doctorat en droit d’auteur ainsi qu’un diplôme d’avocate en France. « J’ai commencé le droit en me disant, à défaut d’être artiste moi-même, je pourrais au moins aider les auteurs », explique la chanteuse.
Gila Rosa, auteure-compositrice-interprète, figure parmi les trois artistes sélectionnés pour l’édition 2026 de Pacifique en chanson. | Photo : courtoisie
Mais pendant toutes ces années, le désir de faire de la musique n’a jamais vraiment quitté le paysage. Il revenait par petites touches, comme une possibilité laissée en suspens, jusqu’à devenir impossible à ignorer. « À un certain moment, j’ai ressenti le besoin de ne plus seulement écouter cette voix intérieure, mais de lui donner une voix au sens propre », affirme-t-elle. « Je crois que je suis simplement arrivée à un moment de ma vie où je n’ai plus envie de choisir entre les différentes facettes de qui je suis. »
Gila Rosa s’exprime dans trois langues : le français, le persan et l’anglais. Son répertoire aborde notamment l’amour, l’immigration, la nostalgie, la résilience et la quête d’appartenance. Des thèmes fortement liés à son histoire. « Chanter en persan, c’est tout un symbole de liberté », estime l’artiste. « En Iran, les femmes n’ont officiellement pas le droit de chanter. Alors, lorsque je chante en persan devant des non-Iraniens, cela provoque des émotions très fortes », poursuit-elle. « J’ai l’impression de partager la blessure de toute une génération et de tout un peuple qui a dû quitter le pays lors de la Révolution de 1979. »
Cette sensation d’être toujours un peu entre deux mondes traverse profondément l’univers de Gila Rosa. « En France, j’avais toujours l’impression d’être trop iranienne. Et quand j’allais en Iran les étés, j’avais l’impression d’être trop française », résume-t-elle. Le Canada lui a toutefois permis de regarder ces deux legsautrement. Elle y trouve une société où l’intégration peut davantage passer par la reconnaissance des différences culturelles que par leur effacement.
Avec Midnight Motif, Gila Rosa partage son amour de la musique française. | Photo : courtoisie
Avec son groupe Midnight Motif, Gila Rosa découvre aussi le plaisir de construire à plusieurs. « J’aime cette énergie collective », raconte l’artiste. « C’est à la fois un projet musical et une manière de créer des ponts entre les cultures, les langues et les gens ». À son arrivée au Canada, elle a tout de suite ressenti cette envie de faire rayonner la musique française, en évoquant un répertoire qui va bien au-delà des classiques. « Nous cherchons à créer un espace de retrouvailles pour les francophones qui vivent en Colombie-Britannique, avec des chansons qui font partie de leur histoire et de leur mémoire », confie-t-elle.
Pacifique en Chanson, une première reconnaissance
Lorsqu’elle a appris sa sélection à Pacifique en Chanson, Gila Rosa traversait Cambie Bridge pour rejoindre le centre ville de Vancouver. « Je voyais la ville qui se rapprochait de moi, et cette image était le symbole de toute une transition. J’avais l’impression qu’il y avait toute une vie qui était en train de s’ouvrir à moi », se remémore-t-elle. « On m’a reconnue pour la première fois comme une artiste », poursuit-elle. « Je crois que cela a surtout changé la manière dont je me percevais. Avant, il y avait un j’aime chanter ; maintenant, il y a un je suis une artiste et j’ai envie de voir où cela peut me mener. La nuance peut sembler petite, mais pour moi, elle est immense », conclut la chanteuse.
Le samedi 26 septembre, Gila Rosa présentera ses quatre premières compositions, issues du premier album sur lequel elle travaille. Pour elle, les interpréter sur scène sera une première expérience de vulnérabilité : celle de chanter ses propres mots et ses propres mélodies en assumant pleinement son identité d’auteure-compositrice-interprète. Ces chansons parlent de rencontres, du temps qui passe et de ce qui arrive parfois trop tard.
Gila Rosa espère ainsi que le public pourra y trouver quelque chose de personnel, une histoire ou une émotion intime et, peut-être, une raison de se demander, tout comme elle : « Pourquoi pas maintenant ? »
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