Deux entreprises de la Colombie-Britannique ont été récompensées cette année dans le cadre des Lauriers de la PME 2026, une initiative nationale du RDÉE Canada qui met en vedette les entrepreneurs et les entreprises qui contribuent au rayonnement de la francophonie économique canadienne.
Parmi les huit lauréats sélectionnés à travers le pays figurent Théo Boucherie, cofondateur de Sustainscale Consulting, qui a reçu le prix de Jeune entrepreneur de l’année, et Atome Bakery, dirigée par Alice Couderc et Lucas Navilloz, qui a remporté le prix de l’Entreprise de l’année (plus de cinq employés). Pour les deux entreprises, cette distinction représente avant tout une reconnaissance du travail accompli.
« Je suis très fier », confie Théo Boucherie, installé en Colombie-Britannique depuis quatre ans. « C’est une belle reconnaissance du travail accompli dans les trois dernières années, et ça nous donne envie de continuer avec plus de confiance. »
Du côté d’Atome Bakery, Alice Couderc partage ce même sentiment de gratitude. « En tant qu’entrepreneur, on est souvent dans l’action. On passe nos journées à répondre aux imprévus et à gérer ce qui arrive », indique la copropriétaire de l’entreprise. « Recevoir une telle reconnaissance nous fait du bien. Cela nous permet de prendre du recul et de voir que nous avons un véritable impact sur l’économie locale et francophone. » Une récompense qui, insiste-t-elle, revient aussi à toute l’équipe : « Ça récompense Lucas et moi, mais aussi toute l’équipe qui travaille dur chaque jour. »
Théo Boucherie, cofondateur de Sustainscale Consulting, lauréat du prix Jeune entrepreneur de l’année aux Lauriers de la PME 2026 | Courtoisie.
Deux parcours très différents, portés par une même volonté : répondre à un besoin concret tout en contribuant à la vitalité de la francophonie en Colombie-Britannique.
Avec Sustainscale Consulting, Théo Boucherie et ses deux associés accompagnent les organisations dans leur transition climatique. L’entreprise mesure les performances et les impacts environnementaux de ses clients avant de développer une stratégie adaptée à leurs objectifs.
Formé en 2018, alors que les objectifs des accords de Paris orientaient déjà les politiques climatiques à l’échelle internationale, le jeune entrepreneur considère que « c’est plus ou moins le travail de notre génération : maintenant, il faut mettre en place les actions ». Avec ses deux cofondateurs, il a voulu créer une structure capable de rendre ces démarches plus accessibles aux entreprises. « Quand les gens voient les données, qu’elles sont bien présentées et personnalisées pour eux, ils agissent plus facilement », assure-t-il.
L’histoire d’Atome Bakery, elle, a commencé de façon beaucoup plus spontanée et organique. Alice Couderc et Lucas Navilloz, tous deux immigrants français, ont commencé à faire du pain pour leur consommation personnelle, la boulangerie la plus proche se trouvant alors à une vingtaine de minutes de route.
« Faire du pain au levain demande beaucoup de temps et de disponibilité », raconte Alice Couderc. En s’intéressant au fonctionnement des boulangeries en France, ils ont pu découvrir que la majorité d’entre elles utilisent des pâtons surgelés prêts à cuire. « Nous avons adapté ce modèle à notre consommation personnelle, puis à nos amis, puis à des personnes que nous ne connaissions pas. Nous nous sommes vite rendu compte qu’il existait une véritable demande pour un accès plus pratique à du bon pain. »
Alice Couderc et Lucas Navilloz, copropriétaires d’Atome Bakery, lauréats du prix Entreprise de l’année – plus de cinq employés.
L’entreprise a d’abord étendu ses activités en Ontario en 2025 avant de faire son entrée sur le marché québécois en mai dernier. Pour Alice Couderc, cette reconnaissance nationale arrive donc à un moment charnière. « C’est notre première reconnaissance à l’échelle nationale », souligne-t-elle. « Elle confirme notre volonté de développer notre marché dans l’est du Canada et de devenir une marque que les gens reconnaissent partout au pays. »
Le développement vers l’est répond aussi à des réalités de marché différentes. L’Ontario connaît une importante pénurie de boulangeries artisanales, tandis que le Québec bénéficie déjà d’une offre plus développée. « L’accès au bon pain y est meilleur, mais les petites boulangeries artisanales desservent souvent un territoire limité. Nous, nous ne cherchons pas à ouvrir des boulangeries. Notre modèle repose sur la commande en ligne et la livraison pour rejoindre aussi les personnes qui n’ont pas une bonne boulangerie près de chez elles », explique-t-elle.
Le français comme levier de développement
Sustainscale Consulting offre ses services en français et en anglais, une approche bilingue est essentielle pour Théo Boucherie. « Le français a une valeur. Nous avons toujours des fournisseurs qui parlent les deux langues. C’est important de donner cette option dans toutes les démarches », affirme-t-il. « Ce sont des choses qui nous ont pris plus de temps à construire au début, mais maintenant elles nous en font gagner et c’est très apprécié. »
Chez Atome Bakery, le lien avec la francophonie passe notamment par l’intégration professionnelle des nouveaux arrivants. Environ 80 % des employés de l’entreprise sont francophones. « En arrivant ici, nous nous sommes rendu compte que notre expérience professionnelle de début de carrière n’était pas reconnue ni valorisée », explique Alice Couderc. « Notre mission est d’être cette première entreprise qui donne une chance aux nouveaux arrivants en leur permettant de s’insérer sur le marché du travail à Vancouver. »
L’entreprise collabore également avec l’organisme PLEA afin d’offrir une première expérience professionnelle à des jeunes en difficulté. « C’est un plaisir pour nous de pouvoir le faire », assure la copropriétaire.
Grandir sans perdre de vue ses valeurs
Les trois fondateurs de Sustainscale Consulting souhaitent conserver une structure à taille humaine où les décisions continuent d’être prises collectivement. « Nous voulons toujours mieux accompagner les organisations que nous suivons. Nous avons un devoir de faire en sorte que les actions que nous préconisons soient rentables », assure Théo Boucherie.
Ce dernier encourage les nouveaux entrepreneurs à s’appuyer sur les réseaux qui les entourent, notamment la Société de développement économique de la Colombie-Britannique (SDÉCB). « Ils nous ont beaucoup aidés dans le lancement et sur la réflexion autour du plan d’affaires », admet-il.
Alice Couderc invite pour sa part les futurs entrepreneurs à ne pas attendre que toutes les conditions soient réunies avant de passer à l’action. « Avec le recul, je dirais qu’il faut se lancer, même si tout n’est pas parfait. Il faut accepter d’évoluer petit à petit et de s’autoriser à faire des erreurs, sans attendre d’avoir un produit parfait dès le départ. »
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