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le Lundi 12 octobre 2026 15:52 | mis à jour le 12 octobre 2026 16:58 Initiative de Journalisme Local

Droit international : les rapports de force au cœur d’une conférence organisée par l’association des juristes d’expression française à Vancouver

Stéphane Dion, ancien ministre canadien des Affaires étrangères, et le juge Patrice Abrioux lors de la conférence sur le droit international organisée à Vancouver par l’Association des juristes d’expression française de la Colombie-Britannique | Nizar Rebii
Stéphane Dion, ancien ministre canadien des Affaires étrangères, et le juge Patrice Abrioux lors de la conférence sur le droit international organisée à Vancouver par l’Association des juristes d’expression française de la Colombie-Britannique | Nizar Rebii

Le droit international peut-il encore peser face aux gouvernements qui contournent ses règles et aux grandes puissances qui ne donnent pas l’exemple ? Cette question était au cœur d’une conférence organisée le 9 octobre à Vancouver par l’Association des juristes d’expression française de la Colombie-Britannique.

Droit international : les rapports de force au cœur d’une conférence organisée par l’association des juristes d’expression française à Vancouver
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Nizar Rebii – Initiative de journalisme local – Journal La Source

Lors de cette rencontre, les participants ont abordé les tensions entre les principes du droit international, les intérêts des États et le respect des engagements internationaux. Le juge à la Cour d’Appel de la Colombie-Britannique, Patrice Abrioux, a également participé à la conférence, où il a partagé son expérience du milieu judiciaire.

Pour Stéphane Dion, diplomate en résidence à l’Université de Montréal, ancien ministre des Affaires étrangères et ex-ambassadeur du Canada, l’un des principaux défis réside dans le comportement des États. « Le principal problème du droit international et du multilatéralisme, c’est que les États ont tendance à respecter les règles lorsqu’elles servent leurs intérêts, et à les contourner lorsqu’elles ne leur conviennent plus. », souligne-t-il. Le problème est d’autant plus sérieux, selon lui, lorsque les grandes puissances ne montrent pas l’exemple. 

Stéphane Dion: ancien ministre canadien des Affaires étrangères | Courtoisie

Un droit face aux intérêts des États 

L’ex-diplomate canadien, Stéphane Dion,  distingue deux conceptions. La première consiste à ne pas intervenir dans les affaires intérieures des autres États afin de préserver la coopération internationale, même lorsque des violations des droits humains sont dénoncées. La seconde accorde une place primordiale à la protection universelle des droits de la personne, indépendamment des frontières.

Pour illustrer cette approche, il rappelle le principe d’égalité en dignité de tous les êtres humains consacré par l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Selon lui, cette dimension universaliste est aujourd’hui quelque peu reléguée au second plan.

L’ancien ambassadeur estime toutefois que les difficultés actuelles ne signifient pas la disparition du droit international. « Il faut se rappeler que ça n’a jamais été simple, qu’il y a toujours eu des moments de tensions et d’instabilité, mais on s’en est toujours sortis et le droit international existe encore », déclare-t-il.

Raphaël Dang: consul général de France à Vancouver | Courtoisie

La diplomatie pour rapprocher les peuples

Pour Raphaël Dang, consul général de France à Vancouver, la diplomatie et le droit international jouent un rôle essentiel dans les relations entre les pays. « La diplomatie et le droit international permettent de rassembler les peuples et de les rapprocher », affirme-t-il, soulignant leur importance pour favoriser la coopération entre les nations.

Le consul général rappelle notamment la coopération entre la France et le Canada, ainsi que les liens entretenus avec les organisations canadiennes, dont l’association des juristes d’expression française. Il met en avant également l’importance de la Charte des Nations unies et des principes qu’elle consacre, que la France affirme défendre par des initiatives concrètes.

Raphaël Dang reconnaît néanmoins que le système international doit composer avec les limites imposées par les États qui s’affranchissent des règles communes.

Le diplomate français évoque la nécessité d’adapter le droit aux nouveaux défis, notamment l’intelligence artificielle et les risques des réseaux sociaux pour les enfants. 

Cette adaptation ne signifie pas nécessairement abandonner les principes existants, mais chercher des moyens de les appliquer à des réalités nouvelles.

Sandra Mandanici: présidente de l’Association des juristes d’expression française de la Colombie-Britannique | Courtoisie

Promouvoir l’accès à la justice en français

Au-delà des enjeux géopolitiques, la conférence s’inscrit dans la mission de l’Association des juristes d’expression française de la Colombie-Britannique de promouvoir le droit dans toute la province et favoriser l’accès à la justice en français.

Sa présidente, Sandra Mandanici, explique que les activités de l’association s’adressent aussi bien aux juristes et aux étudiants qu’à toute personne intéressée par le droit, la justice et la promotion du français dans ce domaine. Les conférences organisées par l’association portent ainsi sur différents sujets d’actualité, dont l’intelligence artificielle.

Le choix du droit international répond, selon elle, à une préoccupation grandissante. « On voit le droit international de plus en plus défié et bafoué par les grands dirigeants du monde », observe-t-elle.

Le jour même de la conférence, le prix Nobel de la paix 2026 a été attribué à la juriste sud-africaine Navi Pillay, ancienne haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, pour ses efforts en faveur de la paix et du droit international. Cette annonce faisait écho aux questions abordées lors de la rencontre.

Pour Sandra Mandanici, ces événements aident le public à comprendre les enjeux juridiques de l’actualité. Ils contribuent également à faire vivre le débat en français dans une province où l’anglais demeure la langue dominante.

Les échanges ont ainsi rappelé une tension au cœur du droit international : les règles communes ne suffisent pas, à elles seules, à empêcher les États de les enfreindre. Leur portée dépend aussi de la volonté politique de les respecter et de la capacité des institutions et des acteurs internationaux à en défendre les principes.

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