Nizar Rebii – Initiative de journalisme local – Journal La Source
Au début du XXe siècle, Steveston comptait une importante communauté japonaise, dont les membres ont contribué au développement de la pêche et à la vitalité du village. Mimi Horita, Canadienne d’origine japonaise de deuxième génération, rappelle qu’environ 2 500 Japonais vivaient dans cette agglomération. La Seconde Guerre mondiale a brutalement bouleversé leur vie : en 1942, les autorités ont saisi leurs biens et dispersé les familles dans différentes régions du pays. Selon Mimi Horita, près des deux tiers de la communauté ont ainsi été déplacés.
Jim Kojima: ancien président de Judo Canada et figure engagée dans la communauté de Steveston | Courtoisie
Une communauté marquée par la Seconde Guerre mondiale
Jim Kojima a vécu cette histoire. En 1942, sa famille et lui ont été envoyés en Alberta, d’abord à Calgary, puis à Lethbridge, avant d’être affectés au travail agricole. Six personnes ont vécu dans un poulailler où le vent et la neige s’infiltraient par les ouvertures. Ils ont ensuite travaillé dans les champs de betteraves à sucre.
En 1946, ses parents ont envisagé de retourner au Japon, mais les fermiers qui les employaient les ont convaincus de rester, alors que l’avenir de leur pays était incertain. Les Canadiens d’origine japonaise n’ont été autorisés à revenir en Colombie-Britannique qu’à partir de 1949. Pour plusieurs, le retour signifiait tout recommencer, après avoir perdu leur maison, leur entreprise ou leur bateau de pêche. « Ce qui est arrivé est arrivé. Nous devons regarder vers l’avenir, pour nos enfants et nos petits-enfants », résume Jim Kojima, évoquant une génération qui a poursuivi sa vie sans renoncer à ses responsabilités envers les suivantes.
Mimi Horita: coordinatrice du développement touristique des sites patrimoniaux de Steveston à la Ville de Richmond | Courtoisie
Préserver un héritage vivant
Après la guerre, les familles revenues à Steveston ont participé à reconstruire la communauté. Elles ont contribué à la création d’un centre d’arts martiaux, d’un musée du patrimoine japonais, d’un hôpital et d’un temple bouddhiste. D’après Mimi Horita, il importe de raconter l’histoire d’avant-guerre, mais aussi celle des décennies qui ont suivi. « Oui, il y a une histoire japonaise avant la Seconde Guerre mondiale, mais il y a aussi un héritage après », souligne-t-elle.
Le musée japonais de Steveston occupe un bâtiment historique associé à la Japanese Fishermen’s Benevolent Society. Son rôle dépasse la conservation d’objets : il permet de rendre visibles les expériences de générations qui ont contribué à la région malgré la discrimination et la dépossession.
Jim Kojima rappelle que plusieurs initiatives communautaires ont vu le jour grâce à des collectes de fonds et à la mobilisation des résidents. Les liens avec le Japon demeurent importants. Une grande partie des familles japonaises de Steveston venait de la région de Wakayama, et un jumelage avec la ville de Wakayama a été établi en 1973.
Selon lui, des visiteurs japonais lui ont parfois confié avoir l’impression que certaines traditions étaient mieux préservées à Steveston qu’au Japon, notamment dans les façons de vivre et de se traiter les uns les autres. Pour lui, ces liens témoignent de la capacité de la communauté à maintenir ses traditions tout en s’intégrant à la société canadienne.
La statue commémorative des pêcheurs canadiens d’origine japonaise rend hommage à leur contribution à l’histoire et au développement de Steveston | Nizar Rebii
Faire connaître l’histoire aux nouvelles générations
La mémoire de Tomekichi Homma occupe une place particulière dans cet héritage. Figure importante de la communauté, il a défendu les droits des pêcheurs japonais et de leurs familles, et milité pour des services comme une école et un hôpital. Son combat a été marqué par l’affaire Cunningham v. Homma, liée aux droits politiques des Canadiens d’origine japonaise. Une plaque commémorative contribue aujourd’hui à rappeler son rôle et les obstacles auxquels la communauté s’est heurtée.
Pour Mimi Horita, reconnaître des figures comme Tomekichi Homma permet de comprendre comment les générations précédentes ont ouvert la voie à celles qui ont suivi. Mais transmettre cette histoire exige de trouver de nouvelles façons de la raconter. M. Kojima s’inquiète du fait que les jeunes générations ne mesurent pas toujours les difficultés vécues par leurs aînés ni l’esprit communautaire qui les a aidés à rebâtir leur vie. Il rappelle aussi l’importance du travail, du respect et de l’entraide dans la reconstruction de la communauté.
Un parcours historique est envisagé près du futur centre communautaire, avec huit bancs consacrés à différents lieux et moments de l’histoire japonaise locale. Ce type d’initiative pourrait donner plus de visibilité au patrimoine, et offrir aux familles une autre manière de découvrir l’histoire du quartier.
« L’héritage n’est pas statique, il évolue », rappelle Mme Horita. À Steveston, préserver la mémoire ne consiste pas seulement à regarder en arrière, mais aussi à donner aux nouvelles générations les moyens de comprendre cette histoire et de la faire vivre.
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