VIFF : Matthias Giraud, un base-jumper unique comme tout le monde


Fait rare, le Vancouver International Film Festival programme cette année un film sur le sport, qui plus est sur le base-jump. Super Frenchie relate la vie de la figure internationale Matthias Giraud et traite de la porosité entre vie à risque et aspirations plus terre à terre. Matthias Giraud confie sa démarche et évoque sans détours son credo de vie, pour assener sa vérité qui, avec le film, apporte un éclairage passionnant, nouveau et bienvenu sur la réalité de cette discipline bicéphale à la réputation imméritée.

Avant de sauter dans le vif du sujet, pour ceux qui ne connaissent pas, le base-jump tire son nom d’un acronyme et fut inventé par des parachutistes américains à la fin des années 70. Las des sauts dits « classiques », ils ont commencé à troquer les avions pour des tours (building en anglais pour le b), des antennes (antenna pour le a), des ponts (span pour le s) et des falaises (earth pour le e) d’où s’élancer. Une extension du parachutisme en quelque sorte : on saute dans le vide avec pour seul viatique une toile de parachute.

« L’inconfort crée un désir ardent »

Des cheveux mi-longs aussi libres que le vent, un regard aussi brillant que la passion qui l’anime, et un sourire qui reste tourné vers le ciel tel un réflexe pavlovien : la passion de Matthias Giraud irradie à tout va. « Mon sport est mon expression ultime », professe-t-il.

Il a quatre ans lorsqu’il commence le ski, avec déjà ses premiers sauts. Il a quatre ans lorsqu’il découvre l’état d’apesanteur… Au téléphone, il parle de cette « révélation », qui s’est érigée en raison de vivre, comme si c’était hier et avec une émotion et un enthousiasme communicatifs qui abalobent. C’est au cours d’une compétition de ski freestyle aux Etats-Unis, où il réalise un saut appelé « Superman » avec un drapeau français en guise de cape, qu’il reçoit le surnom de « Super Frenchie », bien choisi selon lui. « Je pense que c’est un surnom qui me convient car ça reflète un côté excentrique, espiègle et dérisoire. C’est une sorte de pied de nez aux sportifs qui se prennent trop au sérieux », siffle-t-il, lui qui n’a d’autre prétention que de vivre en adéquation avec lui-même.

Après le ski de compétition, il se tourne vers le base-jump à skis, une des variantes. Pour son premier saut, il réalise une première, ni plus ni moins, sur le Mont Hood dans l’Oregon, où il réside aujourd’hui. Pour sa mère, interviewée dans le film, « cette activité lui convient parfaitement car il est individuel, il recherche toujours les défis […]. Il a trouvé ce qu’il cherchait ». Son père ajoute : « Mon fils est intelligent. Et un philosophe. Il cherche à trouver le sens de la vie. Et je pense que ses expérimentations reflètent cela. » Interrogé sur son attrait pour la pratique, Matthias Giraud répond : « Ma hantise est de ne pas m’accomplir […] Le désir d’accomplissement est ma force motrice ». A écouter ses projets, on ne sent aucun chant du cygne poindre à l’horizon. Il est encore à son zénith.

Un accro de la vie et de l’échange

Matthias Giraud n’est pourtant pas seulement animé par la recherche de ces émotions intenses, qui par définition ne peuvent se partager, ni par le besoin égocentré de se réaliser. Il a d’autres aspirations intrinsèques qui sont « d’inspirer l’aventure humaine » comme il le dit en ouverture du film. L’amoureux des montagnes a pour vœux d’insuffler « (le) courage de vivre par ses propres règles, d’explorer et, le cas échéant, agrandir son cadre existentiel, avoir le courage de vivre pleinement ». Il explique : « L’individualisme a toujours été une force motrice […]. Cependant, à l’âge de 36 ans maintenant, la montagne est un plaisir que j’aime partager. L’aventure humaine complète l’aventure individuelle. Vivre passionnément est primordial et le partage amplifie l’expérience. »

C’est cette dichotomie entre la perception de l’opinion publique, qui qualifie souvent les base-jumpers comme des trompe-la-mort irréfléchis ou égoïstes, et la personnalité de Matthias Giraud que le réalisateur, Chase Ogden, a voulu rétablir. « Depuis le début de ce projet je savais que je voulais raconter non seulement l’histoire de Matthias en tant que personne mais aussi en tant qu’athlète extrême ». C’est pour cela que dès 2008 et le saut au Mont Hood qui propulse Matthias Giraud sur le devant de la scène sportive, Chase Ogden amasse toute une série de rushs, de vidéos embarquées et d’interviews de tous bords sur l’athlète. Le réalisateur a édité pendant toute cette période. Le montage final permet d’obtenir un kaléidoscope de la vie de
« Super Frenchie ». On peut découvrir entre autres qu’il a relevé un défi bien particulier : celui de devenir (Super) papa, lui aussi. « Mon but premier était de creuser en profondeur la psychologie de Matthias, pour comprendre ce qui le différencie de la plupart des personnes, celles qui sont réfractaires ou n’ont aucun intérêt à prendre des risques de cette nature. Au fil du temps, je me suis rendu compte qu’il n’est pas si différent, à part qu’il est capable de maîtriser sa peur mieux que beaucoup », précise Chase Ogden. C’est d’ailleurs ce qui a surpris Matthias Giraud : « Ce qui est flagrant pour moi en voyant le film, c’est l’évolution de l’approche de la peur au fil du temps car le film reflète onze ans de carrière. Dès le début, je parle de mettre de côté ma peur (ou l’ignorer), vers le milieu je « gère » ma peur, ce qui veut surtout dire diriger mon anxiété, et à la fin, j’accueille la peur avec les bras ouverts. »

Prendre le meilleur des deux mondes, aérien et terrestre, en suivant les assonances de sa pensée et celles plus conventionnelles, voilà en somme la martingale de Matthias Giraud, retranscrite par Chase Ogden. En creux, le film invite à aller au-delà des apparences et montre une manière de tracer sa ligne et de vivre à plein, quelle que soit la forme que cela prend.

Ce choix de programmation tombe également à pic en ces temps de pandémie et d’évasion contrainte. A découvrir du 24 septembre au 7 octobre. Information et billetterie : www.viff.org

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