Pour sa 39e édition, le Vancouver Writers Fest accueillera, du 18 au 25 octobre, plus de 150 auteurs et autrices venus de nombreux horizons, avec notamment une dizaine de voix qui s’expriment en français. Parmi elles, Arizona O’Neill, Camille de Peretti et Jane Rogoyska racontent des parcours très différents, mais partagent un même goût pour la recherche et les histoires qui se cachent derrière les faits.
Qu’est-ce qui pousse une écrivaine à enquêter sur une histoire oubliée, un personnage réel ou un détail intrigant ? Pour Arizona O’Neill, Camille de Peretti et Jane Rogoyska, tout commence par une curiosité qui refuse de rester sans réponse. Au fil de leurs recherches, les faits deviennent matière à récit et les découvertes, sources de fiction.
Puiser dans le réel pour s’inspirer
Pour Arizona O’Neill, tout débute avec son père. Après une surdose de fentanyl, celui-ci se retrouve en état de mort cérébrale et sa famille est encouragée à faire don de ses organes.
« J’ai commencé à être obsédée par le don d’organes », raconte l’autrice et illustratrice montréalaise. Quelques années plus tard, lorsqu’elle constate que les décès liés aux opioïdes augmentent, une question lui vient : « Il y a-t-il aussi plus de dons d’organes ? »
Cette interrogation l’amène à faire plusieurs années de recherche sur les sciences médicales, de Boston à Dublin en passant par Paris. Et pour raconter cette histoire, elle choisit le dessin. « Je trouvais que la bande dessinée était une façon plus douce d’aborder un tel sujet »,
explique-t-elle, ajoutant que l’humour permet aux lecteurs d’entrer dans « cette intrigue qui est vraiment sombre ». Le résultat est Opioïdes et organes, son premier roman graphique.
Chez Camille de Peretti, L’Inconnue du portrait naît d’un mystérieux portrait de Gustav Klimt, retrouvé après plusieurs décennies de disparition. Intriguée par le destin du tableau et par l’identité de son modèle, la romancière se lance dans une enquête. « Je me suis dit qu’il y avait vraiment matière à faire un roman », affirme-t-elle.
Ses recherches la conduisent à Vienne et en Italie, à la fondation Klimt et dans le musée où le tableau avait été volé. « La part d’inconnu, les blancs de l’Histoire, c’est un boulevard romanesque », assure-t-elle.
Jane Rogoyska, elle, part d’abord d’un thème : l’exil. En travaillant sur son premier livre consacré à la photographe Gerda Taro, l’autrice britannique plonge dans le quotidien des exilés allemands à Paris dans les années 1930. « J’avais beaucoup de personnages, beaucoup de matière, mais je n’avais pas de forme pour ce récit », commente-t-elle. « Puis, je suis tombée sur l’hôtel Lutetia ».
L’hôtel devient alors le fil conducteur de Hotel Exile, qui relie les réfugiés allemands des années 1930, l’Occupation de Paris et le retour des déportés après la guerre.
À la recherche de ce qui se cache derrière les faits
Pour Camille de Peretti, cette femme inconnue qui n’apparaît que sur deux œuvres de Klimt constitue l’une des grandes énigmes de son enquête. La première version du portrait montre une femme très maquillée, avec un grand chapeau et une étole alors que sur la seconde, son apparence change radicalement. « C’était la grande question : pourquoi Klimt a-t-il repeint ce tableau alors qu’il n’a jamais repeint aucune de ses œuvres ? », questionne la romancière.
Chez Jane Rogoyska, l’absence d’archives sur le Lutetia démontre que la discrétion faisait partie de la culture professionnelle des grands hôtels, et l’oblige à chercher ailleurs. Ses recherches deviennent une succession de pistes imprévues. « Je cherchais plutôt des choses personnelles, des détails sur leur vie quotidienne à Paris », énumère l’autrice. « Notamment cet homme qui a écrit un livre. Lui, devient mon protagoniste pour une des parties parce qu’il m’a laissé quelque chose, il m’a laissé des pistes. »
Arizona O’Neill, elle, consacre près d’un an à son scénario avant de passer au dessin. Elle organise les informations sur des notes affichées au mur, puis transforme le récit en croquis, semblables à un storyboard, avant d’entreprendre les illustrations définitives.
Le projet lui prendra environ cinq ans au total.
Jane Rogoyska : L’autrice britannique explore l’exil et la résistance dans Hotel Exile, autour de l’histoire de l’hôtel Lutetia. | Photo : courtoisie
Quand les histoires voyagent
Pour les trois autrices, le Vancouver Writers Fest représente une rencontre avec un nouveau public. La Montréalaise Arizona O’Neill découvre pour la première fois la côte Ouest et voit dans cette venue une occasion de poursuivre les conversations suscitées par son livre. « Après chacun de mes événements, il y a toujours des personnes qui restent à la fin, qui veulent me raconter leurs histoires personnelles », témoigne-t-elle. « Et ça, c’est vraiment important pour moi. »
Arizona O’Neill : L’autrice et illustratrice montréalaise explore le don d’organes et la crise des opioïdes dans Opioïdes et organes. | Photo : courtoisie
Camille de Peretti : La romancière française s’inspire d’un mystérieux portrait de Gustav Klimt dans L’Inconnue du portrait. | Photo : courtoisie
Pour Camille de Peretti, la publication de son livre sur le continent américain ouvre une nouvelle porte dans son parcours. « C’est la première fois que j’ai un livre traduit en anglais », se réjouit-elle. « C’est incroyable. Pour un écrivain français, c’est le rêve. »
Pour Jane Rogoyska, cette première visite au Canada sera aussi l’occasion de découvrir un pays où le thème de la résistance trouve un écho particulier : « La résistance, c’est intéressant comme thème au Canada en ce moment », conclut-elle.
Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.