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le Mercredi 22 juillet 2026 20:06 | mis à jour le 22 juillet 2026 22:34 Initiative de Journalisme Local

Vancouver, ville réparatrice : l’ambition cherche encore son chemin

Un cercle de dialogue organisé dans le cadre de l’initiative de quartier restauratif de Hastings-Sunrise | Peace of the Circle
Un cercle de dialogue organisé dans le cadre de l’initiative de quartier restauratif de Hastings-Sunrise | Peace of the Circle

Dans l’est de Vancouver, des bénévoles apprennent à tenir ouvertes des conversations difficiles. Dans le quartier Hastings-Sunrise, l’idée est d’intervenir avant que certains conflits ne finissent devant la police, les tribunaux, ou ne s’installent durablement dans la rancœur.

Vancouver, ville réparatrice : l’ambition cherche encore son chemin
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Nizar Rebii –  Initiative de journalisme local – La Source

Le voisinage de Hastings Sunrise constitue désormais l’un des premiers terrains d’expérimentation de l’ambition de Vancouver de devenir une « Restorative City », une ville réparatrice. Avec l’appui d’organismes communautaires tels que Frog Hollow Neighbourhood House, du Hastings Sunrise Community Policing Centre et de Peace of the Circle, 15 personnes du quartier ont été formées comme conciliateurs. Jusqu’à présent, 30 cercles de dialogue ont été facilités et ont réuni près de 300 participants.

En 2022, le conseil municipal de Vancouver a adopté une motion appuyant l’objectif de devenir une ville réparatrice. La Ville a ensuite financé l’élaboration d’un cadre communautaire, le Restorative City Framework, porté par Peace of the Circle et le Restorative Collective Vancouver, des organismes engagés dans cette mouvance.

Mais entre l’ambition et l’accès réel pour les habitants, une étape reste à franchir. Dans un mémo transmis au conseil municipal en octobre 2025, l’administration reconnaît que Vancouver ne dispose pas encore d’un programme communautaire complet de justice réparatrice, c’est-à-dire d’un service vers lequel la police, les tribunaux ou les résidents pourraient orienter des dossiers. Le même document indique que le travail administratif lié à la motion de 2022 est considéré comme terminé avec la transmission du cadre au conseil municipal, tout en précisant que la Ville continuera à chercher des façons d’aligner ses opérations avec ses principes.

Contactée pour préciser les prochaines étapes du projet, la Ville de Vancouver a conseillé à La Source de suivre son processus de demande formelle. Le formulaire a été déposé, mais aucune réponse n’avait encore été reçue au moment de publier.

Evelyn Zellerer: fondatrice et directrice de Peace of the Circle | Peace of the Circle

Pour Evelyn Zellerer, fondatrice de Peace of the Circle, la justice réparatrice part d’un principe simple : « Le crime fait mal ; la justice devrait donc guérir. » Cette approche ne cherche pas à nier la responsabilité d’une personne ayant causé un tort. Elle propose plutôt de créer un espace où les personnes concernées peuvent comprendre ce qui s’est passé, nommer les conséquences et chercher une forme de réparation. Selon la fondatrice de Peace of the Circle, les personnes touchées par un tort reviennent souvent à une question essentielle : pourquoi est-ce arrivé ?

Obtenir une réponse, dit-elle, peut faire partie du processus de guérison. La justice réparatrice tente ainsi de combiner responsabilité, soutien aux personnes touchées et travail sur les causes qui ont mené au conflit ou à l’infraction. « Si vous avez subi un tort, vous avez le droit d’être soutenu et de guérir », rappelle-t-elle.

Cette approche ne convient toutefois pas à toutes les situations. Elle repose sur la volonté des personnes concernées d’y participer et exige des conditions de sécurité claires, en particulier pour celles et ceux qui ont été blessés.

Norm Leech : directeur général de Frog Hollow Neighbourhood House et coprésident du Metro Vancouver Aboriginal Executive Council | Courtoisie

À Hastings-Sunrise, l’expérimentation reste portée par des organismes communautaires et des bénévoles formés. Pour Norm Leech, directeur général de Frog Hollow Neighbourhood House et coprésident du Metro Vancouver Aboriginal Executive Council, cette démarche répond à une limite bien connue : le système judiciaire n’est pas toujours à la portée des personnes qui en auraient besoin. Les délais, les coûts et la complexité des procédures peuvent éloigner certains habitants de la justice. Selon lui, une réponse plus locale permettrait d’intervenir plus tôt, avant que les tensions ne deviennent plus difficiles à résoudre.

Mais l’expérience de Hastings-Sunrise pose déjà la question de l’échelle. Comment passer d’un quartier pilote à un service connu et disponible dans l’ensemble du Grand-Vancouver ? Qui doit former les facilitateurs, orienter les dossiers, assurer le suivi, protéger les participants et financer le travail ? Pour l’instant, Vancouver dispose d’un cadre, de partenaires communautaires et d’initiatives locales. Elle ne dispose pas encore d’une porte d’entrée claire pour les habitants qui chercheraient une réponse réparatrice à un conflit ou à un tort subi.

Le modèle de ville réparatrice imagine une ville où les approches conciliatrices ne seraient pas limitées au système judiciaire. Le document évoque aussi les écoles, les bibliothèques, la police, les quartiers, la gouvernance municipale et la relation à la terre et à l’eau. Le cadre reconnaît également l’importance des savoirs, des lois et des manières d’être autochtones sur les territoires non cédés des nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh. Il rappelle que ces savoirs s’inscrivent dans des traditions et des lois propres aux nations concernées, et ne peuvent être réduits à une simple méthode municipale.

Pour les personnes qui portent le projet, le défi est maintenant de rendre cette vision compréhensible et utilisable. Evelyn Zellerer, la fondatrice de Peace of the Circle, estime que la justice réparatrice doit être expliquée dans des termes simples, loin du vocabulaire institutionnel ou spécialisé. Mais la mise en œuvre du projet se heurte aussi à un enjeu concret : « Ce qui manque aujourd’hui, c’est un financement durable, notamment de la part du conseil municipal de Vancouver », souligne-t-elle.

Le cadre donne une direction, et Hastings-Sunrise en offre une première traduction. Reste la question la plus concrète : le jour où un conflit éclate, un habitant de Vancouver saura-t-il à quelle porte frapper ?

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