Nizar Rebii – Initiative de journalisme local – Journal La Source
Titulaire d’un master en chimie obtenu en France, il entreprend une reconversion vers la médecine et poursuit ses études à Vancouver. Il prévoit de tenter sa chance l’année prochaine.
« Je ne vais pas baisser les bras. J’ai des amis qui ont réussi à leur cinquième tentative, parfois même après. Alors je me dis que mon tour peut encore arriver », confie-t-il.
Pour cet immigrant libanais, cette reconversion représente la perspective d’une plus grande stabilité financière et, à terme, la possibilité de faire venir ses parents en Colombie-Britannique. Sa sœur vivant en Ontario, devenir médecin au Canada représente pour lui une façon de se rapprocher de sa famille et, peut-être, de la réunir.
En attendant, il cherche à intégrer le milieu médical. Il commence en septembre une formation d’Emergency Medical Responder et doit effectuer un stage dans une ambulance. Cette expérience lui donnera l’occasion d’acquérir une expérience clinique et, si son prochain examen ne lui ouvre toujours pas les portes de la médecine, de travailler dans le secteur de la santé tout en subvenant à ses besoins.
Jalal Baydoun: immigrant libanais titulaire d’un master en chimie obtenu en France, souhaite devenir médecin en Colombie-Britannique| Courtoisie
Un parcours semé d’obstacles
Son expérience illustre une difficulté plus large pour les personnes qui souhaitent intégrer le secteur de la santé en Colombie-Britannique. Même dans un contexte de pénurie de professionnels, l’accès aux différentes professions de santé demeure exigeant.
Pour les professionnels formés à l’étranger, la reconnaissance des qualifications peut passer par des examens, des équivalences et de formations supplémentaires. Un processus que Nour Enayeh, directrice générale de RésoSanté Colombie-Britannique, décrit comme long et coûteux.
« Il y a un manque dans toutes les professions de la santé », explique-t-elle.
Selon elle, ces démarches peuvent constituer un frein à l’arrivée de nouveaux professionnels. Certains doivent travailler dans un autre domaine pour subvenir à leurs besoins pendant qu’ils attendent la reconnaissance de leurs qualifications.
Les professionnels déjà diplômés dans une autre province canadienne peuvent avoir un parcours plus simple, mais doivent satisfaire aux exigences applicables en Colombie-Britannique.
Nour Enayeh: directrice générale de RésoSanté Colombie-Britannique | Courtoisie
Le français, un atout… mais après l’entrée dans le système ?
Jalal Baydoun est francophone, mais cette compétence ne l’aide pas à obtenir une place dans un programme de médecine en Colombie-Britannique. Elle pourrait lui être utile une fois médecin, pour communiquer avec des patients francophones, mais elle ne constitue pas un critère déterminant pour accéder à la profession.
L’Ontario représente une alternative. Il a déposé une candidature dans une voie d’admission destinée aux candidats francophones provenant de l’extérieur de l’Ontario et du Québec, dans le cadre du Consortium national de formation en santé (CNFS). Il préférerait pourtant rester en Colombie-Britannique.
La situation pose une question : une province qui cherche à renforcer ses effectifs dans le secteur de la santé ne pourrait-elle pas davantage valoriser les compétences linguistiques susceptibles de répondre aux besoins de sa population ?
La Colombie-Britannique compte près de 70 000 francophones. RésoSanté répertorie par ailleurs près de 1 800 professionnels de santé offrant des services en français dans la province.
Mais pour Nour Enayeh, le français n’est pas encore suffisamment reconnu comme une compétence professionnelle dans le système de santé britanno-colombien.
« Il n’y a pas de lois qui imposent d’avoir des services en français », rappelle-t-elle.
Les professionnels ne sont donc pas obligés d’offrir des services en français pour exercer. Dans ce contexte, la maîtrise de la langue ne constitue pas un avantage lors du recrutement.
RésoSanté tente néanmoins de répondre à une partie du problème en permettant aux patients de trouver plus facilement des professionnels capables de les servir en français.
Un potentiel à mieux exploiter
Pour l’immigrant libanais, Jalal Baydoun, le français pourrait donc devenir un avantage une fois le parcours médical terminé, mais il ne facilite pas encore les étapes qui y mènent.
Son parcours révèle ainsi un paradoxe : la province cherche à renforcer ses effectifs dans le secteur de la santé, tandis que des candidats peuvent consacrer plusieurs années et des ressources importantes à tenter d’y accéder.
« Le français peut aider quand on devient médecin, mais pas avant », résume l’aspirant à la profession de médecin en Colombie-Britannique.
Son prochain examen sera une nouvelle tentative. En attendant, son stage dans une ambulance lui permettra de poursuivre son parcours dans le secteur de la santé.
Reste à savoir si, pour ceux qui souhaitent s’y installer et y travailler, la Colombie-Britannique saura davantage considérer le français non seulement comme une langue utile aux patients, mais aussi comme une compétence susceptible de contribuer à attirer et à retenir les professionnels dont elle a besoin.
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