De Prince Rupert à Smithers, les francophones du Nord-Ouest de la Colombie-Britannique vivent sur un vaste territoire. L’Association des francophones et francophiles du Nord-Ouest (AFFNO) cherche à maintenir les liens entre eux et à créer des occasions de vivre en français.
Louisa Sage – Initiative de journalisme local – Journal La Source
Originaire de France, Jérémie Diesel a immigré au Canada il y a une dizaine d’années et vit à Prince Rupert depuis plus de sept ans. Aujourd’hui directeur général de l’AFFNO et son seul employé à temps plein, il estime qu’environ 4 000 francophones vivent dans la région que l’association dessert. Selon lui, leurs parcours sont de plus en plus variés : aux personnes originaires du Québec et d’autres provinces du Canada s’ajoutent notamment de nouveaux arrivants de France, d’Afrique du Nord et d’ailleurs.
Maintenir les liens sur un vaste territoire
Desservir un territoire qui s’étend de Prince Rupert à Smithers, en passant par Port Edward, Terrace, Kitimat et Hazelton, nécessite également des ressources considérables, explique Jérémie Diesel. « À titre personnel, je parcours près de 20 000 kilomètres chaque année afin de rencontrer les membres de nos différentes communautés et d’assurer une présence dans chacune des villes que nous desservons. Cette réalité a un coût financier important, mais elle est essentielle pour maintenir une francophonie vivante et active. »
L’AFFNO s’efforce d’organiser au moins un événement majeur par année dans chacune des collectivités de son territoire. La Cabane à sucre de Prince Rupert en est un exemple : cette année, elle a réuni plus de 230 personnes, dont des familles francophones, des nouveaux arrivants et des membres d’autres communautés culturelles, notamment de la communauté colombienne.
« Voir autant de personnes réunies autour de la langue française dans une ville de la taille de Prince Rupert constitue une belle démonstration de la vitalité de notre communauté », fait valoir Jérémie Diesel.
Jérémie Diesel (à droite), directeur général de l’Association des francophones et francophiles du Nord-Ouest | Courtoisie
L’éducation, un enjeu important
L’AFFNO travaille également avec les écoles francophones et d’immersion française afin d’offrir des activités culturelles aux élèves et de soutenir leur développement linguistique.
Selon Jérémie Diesel, l’éducation demeure un enjeu important dans le Nord-Ouest, notamment en raison de la difficulté à recruter et à retenir du personnel enseignant. « La rétention des familles francophones est étroitement liée à la capacité des écoles à offrir des services de qualité en français. Investir dans l’éducation francophone, c’est investir dans l’avenir de nos communautés. »
À Terrace, Isabelle Dancause travaille à l’École des Cinq-saumons depuis 2018 et en est la directrice depuis 2020. À son arrivée, l’école comptait une quarantaine d’élèves, de la maternelle à la 6e année. Elle accueille aujourd’hui 61 élèves et offre des classes jusqu’à la 9e année.
Elle décrit une population scolaire aux trajectoires diverses. « La majorité de nos familles sont exogames, avec un parent québécois, franco-ontarien ou du Nouveau-Brunswick. Quelques familles ont aussi un parent franco-colombien ou franco-albertain. »
Pour elle, l’école est le lieu par excellence pour parler français et développer un sentiment d’appartenance à la communauté francophone. Elle évoque un petit milieu où l’entraide et le partage occupent une place importante et où les enfants sont comme des cousins et tissent des liens étroits qui perdurent même après avoir quitté l’école.
Une activité à l’École des Cinq-saumons à Terrace | Courtoisie
Faire vivre le français à Terrace
Isabelle Dancause explique que l’école cherche à faire vivre le français au-delà de ses murs. « Nous tentons d’être visibles à la montagne de ski, en organisant des journées francophones, ou encore en offrant des performances musicales au Pacific Northwest Music Festival, où nos élèves chantent en français. »
« À deux reprises au cours des dernières années, nos élèves ont créé une comédie musicale du début à la fin, de la conception des costumes et des décors à la rédaction des textes et et à la composition des chansons », poursuit-elle. « Nous avons présenté le tout dans les écoles d’immersion de la région et avons même fait une mini-tournée en 2023 à Smithers, Kitimat et Prince Rupert. »
Cependant, la directrice de l’école souhaite voir davantage d’occasions de vivre en français. Elle aimerait par exemple que les communautés francophones, comme la sienne, situées hors du Québec et des grands centres urbains, soient davantage incluses dans les tournées d’artistes canadiens. Ces occasions dépendent toutefois du financement de différents organismes, dont l’AFFNO, qui a déjà apporté un soutien financier pour couvrir une partie des coûts liés à l’organisation de pièces de théâtre et d’autres activités culturelles à Terrace.
Malgré l’élargissement de l’école jusqu’à la 9e année, Isabelle Dancause décrit une communauté francophone relativement stable. Selon elle, les familles restent et apprécient la vie dans la région. « Plusieurs histoires commencent comme la mienne, c’est-à-dire que je suis venue à Terrace pour un projet d’un an, et finalement, ma famille et moi sommes restés, car cette communauté est exceptionnelle. »
Pour en savoir plus : www.affno.ca
Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.