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le Mardi 11 novembre 2025 12:51 | mis à jour le 11 novembre 2025 12:52 Chronique

Scène d’un désaccord

Scène d’un désaccord
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Dans toute relation toxique arrive inévitablement un moment où la moindre goutte fait déborder le vase. C’est l’occasion unique, idéale, de claquer la porte et de quitter les lieux. La décision certes n’est pas facile à prendre mais le jeu en vaut la chandelle. Fini les simagrées, les fausses manières, les prétendus arrangements. « Enfin libre », vous pouvez vous écrier heureux ou heureuse comme Ulysse qui a eu son voyage. Bon, je l’admets, tout cela est bien beau, mais c’est plus vite dit que fait.

Vous avez sans doute deviné où je veux en venir avec ce début quelque peu prometteur. L’analogie ne vous a pas échappé. Il s’agit effectivement de notre rapport avec les États-Unis et plus particulièrement avec leur plus que détestable président. Il n’y a pas si longtemps de cela, moins d’un an en fait, nous formions avec nos voisins du Sud une belle union. Comme dans tout ménage il nous arrivait parfois d’avoir quelques anicroches, de petites querelles, même des disputes, mais jamais rien d’irréparable. Rien de bien grave. Nous filions du bon plutôt que du mauvais coton. Puis nous nous sommes laissé manger la laine sur le dos par un dangereux et méprisable mégalomane.

Le premier ministre Mark Carney lors de sa visite à la Maison-Blanche le 7 octobre dernier. | Photo de The White House

Ainsi tout ne va plus pour le mieux dans notre meilleur des mondes. Depuis le retour en janvier dernier de Donald Trump, nos ennuis n’ont fait qu’empirer. Nos relations se sont détériorées, envenimées à tel point que le bientôt octogénaire nous pousse sur nos derniers retranchements. L’accumulation de ses méfaits à l’encontre du Canada est devenue insupportable. Son dédain à notre égard, et envers ceux qui nous représentent, constitue une humiliation inacceptable. Ses sautes d’humeur, ses volte-face nous concernant, s’avèrent préoccupantes sinon inadmissibles. Ses lubies chamboulent notre économie. Sa guerre tarifaire nous vaut, en grande partie, un déficit budgétaire de 78.3 millards de $. Avec ses tarifs lancés à tort et à travers, ces négociations interminables et, semble-t-il, futiles jusqu’alors, nous ne savons plus où donner de la tête.

Nous connaissons pourtant bien le phénomène. Il est imprévisible, n’en fait qu’à sa guise, va, selon son humeur, tel un yoyo, sans le moindre scrupule, de l’insulte à des compliments, de la dérision à l’admiration, du dédain au respect, de la suffisance à la bonhomie : son registre est incroyablement diversifié et volatil. Impossible de savoir sur quel pied danser avec lui. Ce gros bébé gâté, par contre, ne se gêne pas pour marcher sur nos petits petons. Autant mettre le holà à cela. Certains ne se sont pas gênés de le faire.

Entre en scène justement Doug Ford, premier ministre de l’Ontario. Sa superbe et efficace publicité, diffusée sur les chaînes de télé lors des séries mondiales de baseball entre les Dodgers de L.A. et les Blue Jays de Toronto (séchons nos larmes), va droit au but. Vous connaissez les faits. On y voit l’extrait d’un discours public de l’ancien président américain Ronald Reagan, un républicain pure laine, dénoncer avec véhémence l’imposition de tarifs aux importations étrangères, rejetant toute législation protectionniste. Donald Trump n’a pas avalé cette pilule, ce méfait ontarien. La moutarde, l’américaine et non celle de Dijon, lui est montée au nez. Pauvre chou. La vérité le fâche. Suite à cela l’enfant terrible de Mar-a-Lago, fou de rage, suspend les négociations tarifaires avec le Canada. Mon petit doigt me dit que monsieur cherchait une excuse pour faire dérailler les pourparlers, histoire d’affaiblir davantage la position canadienne. Doug Ford venait de lui fournir cette excuse sur un plateau. Loin de moi l’idée de blâmer l’initiative du premier ministre de l’Ontario. Les deux gouvernements (fédéral et Ontario), de concert, auraient dû mieux accorder leur violon. La leçon a été retenue : la Colombie-Britannique et Ottawa depuis se sont mis d’accord pour parler d’une seule voix face à l’administration américaine.

Au cours de toute cette saga dont nous avons tous été témoins, ce qui m’a le plus dérangé, je dois le reconnaître, ce fut la décision de notre premier ministre Mark Carney de s’excuser auprès de Donald Trump. Je l’ai mal pris. Par excès de fierté sans doute, un luxe que je me permets, préférant me positionner dans la résistance plutôt que dans la collaboration. Si des excuses doivent être de mise, ce serait celles que devrait nous adresser Donald Trump. Il nous doit bien ça après tout. Nous sommes devenus son souffre-douleur. En somme l’être suprême du narcissisme veut nous mater, nous annexer, nous humilier, nous terrasser (pensez au 51e État). De quoi se révolter. Pas question de courber l’échine. Rappelez-vous : Elbow up. Refusons cette relation toxique. Qui sait : une ou un de perdu, dix de retrouvés.

Si impossible n’est pas français, se laisser humilier n’est pas canadien. Important que Trump le sache.

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