Bélèm accueille actuellement la COP30 « BRASIL Amazônia ». Il s’agit de la trentième conférence internationale des Nations Unies pour le climat. Depuis sa première édition berlinoise en 1995, suivie trois ans plus tard du sommet de Kyoto qui avait donné naissance au fameux Protocole, il y avait eu le grand moment des Accords de Paris en 2015 avec un engagement clair : « L’humanité doit réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de tenir le cap des 1,5°C de réchauffement planétaire ». Depuis dix ans, nous avons été des millions à nous mobiliser, à y croire dur comme fer.
Remise du Fossil of the Day Award le 18 novembre 2025 à la COP30, Bélèm. | Photo de Climate Action Network International
À l’heure brésilienne du bilan, le premier constat est que la cible de 1,5°C ne sera pas tenue. Les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas suffisamment diminué. Pour le représentant spécial du Panama, Juan Carlos Monterey Gómez, Bélèm c’est la COP des quatre vérités. Uno « constatons l’échec : les émissions de gaz à effet de serre doivent chuter, mais en 33 ans, au lieu de baisser, elles ont doublé ». Dos « la science est claire : les fossiles réchauffent la planète et la meilleure façon d’arrêter le réchauffement, c’est d’arrêter les fossiles ». Tres « les crises climatiques, de la biodiversité, des océans et du plastique sont la même crise : celle d’un système économique qui favorise la production débridée, pollue tout, au détriment des humains ». Cuatro « nous sommes en train de payer des criminels en subventionnant les fossiles alors qu’on sait tous qu’ils nous tueront, rapidement, ou lentement ».[1]
Certains y voient une COP de toutes les contradictions. À commencer par le Brésil de Lula, pays hôte, à la fois producteur de pétrole et champion des énergies renouvelables. À la fois gardien de la plus grande forêt tropicale et premier producteur mondial de carne. Matthew Sumuda, ministre de la Jamaïque qui vient d’essuyer les désastres de l’ouragan Mélissa, martèle « La vie de tous les Jamaïcains a changé en 24 heures. Nous n’avons pas créé cette crise, mais nous refusons d’être de simples victimes ». « C’est notre existence qui est en jeu », rappelle Dhanajay Ramful, Ministre des affaires étrangères de Maurice.
En même temps que la température monte, la colère s’installe et le monde se scinde entre les pays qui appellent fortement à la sortie des fossiles, et les pays qui y résistent férocement. D’un côté, ceux qui craignent l’accroissement exponentiel des souffrances que va engendrer le réchauffement climatique, de l’autre, ceux qui ont peur des impacts économiques en cas de sortie des fossiles. L’irresponsable diplomatie américaine fait preuve d’un cynisme sans nom en boycottant l’évènement. Lamentable preuve qu’il n’y a décidément plus rien à attendre de ce côté-là. Certains pays producteurs de fossiles semblent pourtant montrer la voie : il y a la Chine qui mène désormais la course aux énergies renouvelables, ou encore la Norvège qui figure sur la liste des rares pays dont les engagements climatiques sont « presque suffisants » pour respecter les Accords de Paris selon le Climate Action Tracker.[2]
Sous ce prisme, le Canada fait pâle figure. L’affaiblissement des politiques climatiques vient de nous coûter de nous voir rétrogradés dans la catégorie des pays aux engagements « très insuffisants ». Nous avions déjà exprimé nos doutes lorsque le nouveau premier ministre en campagne avait supprimé la taxe carbone pour les consommateurs[3]. « Ce sont des années de politiques climatiques qui viennent d’être jetées aux égouts par l’administration Carney », critique le Climate Action Network. Après une décennie de luttes de la société civile et des Premières Nations du Canada pour arracher un texte visant à limiter les émissions fugitives du secteur pétrolier et gazier, une stratégie nationale d’adaptation aux changements climatiques ainsi qu’une feuille de route pour financer – enfin –
les pertes et dommages : ces initiatives sont désormais à l’arrêt. Pire, le Canada envisage l’expansion de ses projets gaziers au motif que de lointains marchés en feraient la demande. Cette communication gouvernementale extractiviste est du déjà vu : elle tente d’attirer les investissements étrangers afin de protéger la valeur du loonie.
Toujours est-il que le leadership climatique canadien n’est plus. Les renoncements tous azimuts d’un gouvernement libéral fraîchement élu nous ont valu le 18 novembre dernier le « prix du fossile du jour ». Décerné depuis 1999 par le Réseau Action Climat, le trophée satirique réprimande les pays qui auront le plus déçu. Leur communiqué de presse conclut « Canada : nous attendions mieux. Votre peuple mérite mieux. Et le monde ne peut se permettre votre retrait ».[4]
Le prix du fossile qui ne nous avait pas été resservi depuis 2014. C’est le prix du discrédit. Le prix de la trahison. Le prix de la honte !
Aloïs Gallet est juriste, économiste, co-fondateur d’EcoNova Education et Conseiller des Français de l’étranger.
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