En toute confidence je peux vous le dire : je hais les « oui, mais ». Toute l’année, du mois de juin au mois de mai, j’entends, à m’en donner la nausée, ces abominables « oui, mais ». Les « oui, mais » sont à la conversation ce que Trump est à l’humanité : une plaie, une affliction. Il faut les bannir, les envoyer paître, les congédier sans ménagement une bonne fois pour toutes.
Oui, vous me direz, je veux bien qu’on les bannisse mais ils vont réapparaître qu’on le veuille ou non. Oui, d’accord, votre objection est parfaitement valide, mais au moins j’aurais attiré votre attention sur cette ignoble formule dont on doit continuellement se méfier… Oh ! mon Dieu, à mon détriment, à ma grande stupéfaction, sans m’en rendre compte, le « oui, mais » vient de s’infiltrer subrepticement parmi mes deux phrases précédentes. Je vous le dis : un véritable fléau, une constante menace, une vraie calamité. Non, mais ça suffit cette comédie. Écartons à tout jamais ces « oui, mais ».
Mais, vous devez vous demander, qu’est-ce qu’il entend, ce chroniqueur de malheur, par ce « oui, mais » dont il se plaint sans arrêt ? Puisque vous me posez assez gentiment la question je me dois d’y répondre avec sensibilité. Par « oui, mais » je pense à toutes ces recherches d’excuses inexcusables, proférées à longueur de journée, destinées à dissimuler tout désaccord frontal. Le « oui » cherche à vous amadouer, à vous rassurer dans votre évaluation de la situation. Tout souriant, il semble vous donner raison, du moins en apparence. Le « mais », pour sa part s’avère une tout autre histoire. Il arrive, d’un air malicieux et sournois. Soudainement il vous terrasse d’un coup fatal sans crier gare (de Lyon ou d’ailleurs). « Oui, mais », vous me direz. Non, je ne vous dirai rien si vous me répondez par « oui, mais ». J’en ai assez d’entendre ces « oui mais ». Ils m’horripilent, ils polluent et ternissent mon existence.
Le « oui » devient la bête noire du « mais ».
Les « oui, mais », je ne me fais pas d’illusion, comme déjà mentionné, ne sont pas en voie de disparition. Loin de là malheureusement. Ils sont voués, par pure méchanceté, à nous hanter perpétuellement au cours de conversations à priori anodines. Les « oui, mais », une fois confortablement bien installés, nous prennent alors par surprise et nous déstabilisent, s’infiltrent à notre insu, se cachent à l’affût derrière les buissons de l’hypocrisie. Alors, sans crier gare, ces faux-culs de « oui, mais » se déposent sur le bout de votre langue comme le fait un hélicoptère atterrissant en douceur sur un héliport.
Le « oui » est une affirmation dont le positivisme, à bien y penser, n’est pas pour me déplaire. Le “mais” par contre représente une objection catégorique et particulièrement redoutable. Les deux s’affrontent et s’opposent. Le « oui » devient la bête noire du « mais ». Ce dernier, peu séduit après avoir ouï le « oui », s’arrange pour avoir le dernier mot. Somme toute, les « oui, mais » sont une forme de sport qui n’est pas sans me rappeler l’escrime. Quelques pas en arrière pour parer l’avancée adverse (le “oui”) puis vient le moment fatal, celui de porter l’estocade par une attaque fulgurante, imparable (le “mais”).
Il est vrai, autant l’admettre, que les « oui, mais » peuvent, dans certains cas, se montrer inoffensifs. Je ne peux dès lors leur en tenir rigueur. À la limite je suis prêt à les tolérer et même, avec un petit effort, finir par les accepter. C’est le cas notamment de cette répartie sublime attribuée à un des conjoints d’un couple confronté à une situation délicate : « Oui, je sais, il n’y a plus de beurre mais peux-tu me passer la margarine à la place ? ». Aucune raison de me fâcher face à la bienséance de ce propos désarmant, pas pour un sou menaçant. Non, ce sont les autres « oui, mais » envers lesquels je m’en prends, ceux du genre : « Oui, c’est un horrible personnage mais il a quand même réussi à obtenir un cessez-le-feu ». Traduction : « au fond, ce personnage n’est pas si mauvais que cela ». Désolé, l’un n’empêche pas l’autre ou, plutôt, l’autre n’empêche pas l’un. Il y a donc dans les « oui, mais » un côté pervers qui me fait grincer des dents.
Trop négatif tout ça ? Oui, sans doute. Je vous propose donc de changer les « oui, mais » par des « mais, oui » du genre « Mais bien entendu, oui je viendrai à votre méchoui ». Oui, formule définitivement plus acceptable mais… ah non ! Je ne vais pas recommencer.
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