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le Lundi 23 février 2026 23:55 Chronique

Dans la série « Tout et n’importe quoi » le Castor castré vous offre : Ode à la bêtise

Dans la série « Tout et n’importe quoi » le Castor castré vous offre : Ode à la bêtise
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Lorsque l’actualité ne m’inspire pas, j’ouvre le tiroir de mon bêtisier, une sorte de commode qui à l’occasion peut ne pas accommoder certaines personnes sensibles, susceptibles et parfois, histrioniques. J’y range à l’intérieur toutes sortes de sottises dont je revendique piteusement l’authenticité. J’en assume aussi la responsabilité tout en reconnaissant leur faible teneur intellectuelle. Cela m’a pris du temps mais j’ai finalement compris qu’un des grands plaisirs insoupçonnés de mon existence c’est de dire des bêtises. Plus j’en raconte, plus je me sens mieux, plus je suis heureux. Mon bonheur dépend donc d’elles. Ces dernières comptent aussi sur l’état de mon humeur et de mon manque de sagesse.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’étendue de ma bêtise ne connait pas de limites. De plus, fait réjouissant, ma bêtise n’est jamais seule. Elle a entre autres pour compagnes l’ânerie, l’idiotie, la stupidité et l’imbécilité qui ne la lâchent jamais. Inutile de préciser que mon intelligence en aucune façon n’a droit au chapitre. Si en effet on devait la laisser parler elle pourrait raconter des bêtises qu’un jour elle finirait par regretter. Par souci de préserver sa crédibilité et de ne pas voir entacher sa renommée il est de mon devoir de la protéger autant que possible en l’épargnant du bien-fondé d’un discours sans queue ni tête. Honni soit qui comprend quoi que ce soit à ce que je viens d’énoncer. Plus bête, tu meurs.

Dépourvu de sagesse et en possession d’un quotient intellectuel déficient, je trouve refuge dans la bêtise comme un chien trouve sa place au fond de sa niche. Contrairement toutefois à cette bête, qui somme toute n’est pas si bête, pas même un os sous forme d’une bonne idée ne me fera sortir de ma tanière. La bêtise est à moi ce que l’œuf est à la tomate; c’est-à-dire : l’un n’a rien à voir avec l’autre, ce qui n’est pas le cas de l’omelette qui, elle, a besoin de l’œuf pour exister.

Il faut aussi savoir que n’est pas bête qui veut. La bêtise, croyez-moi, n’est pas une tare donnée à tous. Albert Einstein, Jean-Paul Sartre, pour ne nommer que ceux-là, dont le quotient intellectuel dépasse de loin la normale, ont dû être immunisés contre la bêtise dès leur plus jeune âge. Cela, j’en suis convaincu, ne les a pas empêchés de commettre et de raconter quelques bêtises au cours de leur carrière et de leur vie respective. On ne les a pas considérés plus bêtes pour autant.

Pour Einstein, autour de qui une masse de gens gravitèrent, tout est relatif en théorie si, par exemple, un énergumène, loin d’être une lumière, est soudainement pris de vitesse par un flic caché en embuscade derrière un buisson ardent. Pour Sartre, qui marche à l’essence, l’enfer c’est les autres même si l’individu, quel qu’il soit, se retrouve tout seul à huis clos enfermé dans sa bêtise. Comme quoi aucun des deux ne peut prétendre être bête. Ce qui n’est pas mon cas. Ils sont par conséquent inéligibles au célèbre temple de la renommée du grand bêtisier. Si la bêtise humaine a peu de chance de se rendre au paradis, l’intelligence artificielle, elle, par contre, ne peut qu’aller au diable.

La bêtise est une tare qui s’attrape facilement. Elle est même contagieuse. Je me souviens l’avoir attrapée à l’école alors que j’essayais d’apprendre l’anglais. Devant les difficultés que j’éprouvais à maîtriser cette langue, le prof observa à haute voix « Mais qu’est-ce qu’il est bête celui-là ». Ou encore, me voyant chahuter et faire des bêtises, un autre instituteur, pas très futé lui non plus, n’avait de cesse de me sermonner avec des menaces du genre « Si vous n’arrêtez pas de faire l’imbécile je vous fais porter un bonnet d’âne ». Lui non plus n’était pas à une ânerie près.

Ma bêtise m’a rendu de grands services. Grâce à elle j’ai eu droit à de nombreux passe-droits. À l’armée, lors des parades militaires, de peur de me voir commettre un faux pas, on ne me demandait jamais de participer au défilé. Ça faisait bien mon affaire. En toute circonstance, je préfère me défiler. Au travail on ne m’a jamais confié des tâches importantes. Ça tombait bien, je n’aime pas les responsabilités, et de surcroît je suis paresseux comme pas deux. Ma bêtise m’a ainsi permis, quand il le fallait, à chaque fois, de l’échapper belle.

J’ai depuis longtemps dépassé, tant s’en faut, l’âge de la raison. Je suis maintenant entré dans celui de la déraison d’où mon autodérision. Me voilà devenu, contre toute attente et au grand désespoir des miens, l’idiot du vil âge.

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