Le 27 janvier dernier, il y a donc un peu plus d’un mois de cela, l’horloge de l’apocalypse était réglée à 85 secondes avant minuit, le point le plus proche jamais atteint de la fin du monde. Aujourd’hui, une quarantaine de jours plus tard, les aiguilles de notre horloge conceptuelle ont, j’imagine, car je ne suis pas expert en la matière, encore avancé d’un cran nous rapprochant ainsi dangereusement du point fatidique.
L’horloger de service, Trump, et son assistant, Netanyahou, ou, peut-être l’inverse, allez savoir avec ces deux-là, se sont arrangés pour mettre les pendules à une nouvelle heure, faisant d’eux les nouveaux chevaliers de l’apocalypse. Sur leurs grands chevaux ces messieurs armés jusqu’aux dents se sont attaqués à l’Iran comme chacun le sait maintenant. Le régime iranien n’était certes pas irréprochable. La répression sanguinaire par le Corps des gardiens de la révolution islamique contre les manifestants s’opposant à la politique des mollahs d’Iran, a fait plus de 6 000 morts selon certaines sources. Les chiffres varient. On parle même de 30 000 morts. De quoi se révolter.
Ainsi, lorsque les États-Unis et Israël ont lancé leur attaque contre l’Iran, j’ai cru bon de me réjouir. J’avais encore à l’esprit les cris de ralliement poussés par la diaspora iranienne au cours de manifestations de soutien envers ceux qui, chez eux, s’opposaient à l’autorité despotique des dirigeants iraniens. Mes émotions avaient rapidement pris le dessus. Puis, la poussière retombée, l’euphorie rabattue, j’y ai vu un peu plus clair. Je me suis rendu compte que le Moyen-Orient était de nouveau en guerre. Missiles, roquettes, drones pleuvaient de partout sur toute la région, principalement sur l’Iran sans cesse bombardé. Et chaque jour davantage de victimes. Les Iraniens en prenaient pour leur grade : assassinat de leur guide suprême et d’autres autorités bien placées.
Donald Trump | Illustration par Donkey Hotey, CC BY 4.0
L’Iran, fallait s’y attendre, riposta. Les représailles visèrent de nombreux pays du Golfe; les Émirats arabes unis, le Qatar, le Bahreïn, Koweït, Oman et même l’Arabie saoudite où les bases américaines furent ciblées. Ces états, généralement à forte majorité sunnite, n’ont, semble-t-il, pas du tout apprécié d’être visés sur leur propre territoire par un pays majoritairement chiite. À ce titre, le Hezbollah (Parti de Dieu), le mouvement islamiste chiite libanais, par solidarité envers ses parrains iraniens, s’est senti obligé d’entrer dans l’action, faisant du Liban un autre champ de bataille. Un vrai désastre ce Moyen-Orient.
À cette heure, mes émotions, mes sentiments ont fait place à la raison. À bien réfléchir je constate avec effroi que cette guerre n’était absolument pas nécessaire, contrairement à ce que Trump a voulu avancer. L’Iran, selon un grand nombre d’observateurs de la région, ne représentait aucun danger immédiat pour les États-Unis ou pour Israël. Netanyahou, c’est un secret de polichinelle, rêve depuis qu’il est au pouvoir, de se débarrasser des dirigeants islamiques iraniens. L’occasion lui a été présentée. Il a cru bon de la saisir, entraînant avec lui Trump qui, de toute évidence, ne comprend absolument rien à la situation et encore moins à la région. Se souciant peu de certaines formalités (le droit international, le conseil de sécurité des Nations-Unies, l’accord de son Congrès etc…) Trump encore une fois a choisi de n’en faire qu’à sa guise, se fiant à des magnats de l’immobilier (Witkoff son ami personnel et Kuchner son gendre) pour mener à bien sa politique étrangère au Moyen-Orient. Marco Rubio, son de facto ministre des affaires étrangères, dans une de ses déclarations à la presse a prouvé jusqu’à quel point il était en dehors du circuit. Son boss, le pas très honorable locataire de la Maison-Blanche s’est senti obligé de le contredire froidement, prouvant une fois pour toutes, si c’était nécessaire, combien cette administration américaine souffre d’un degré d’incompétence incommensurable.
Quant à Netanyahou, cette guerre rentre bien dans ses plans. D’une part elle sert à faire oublier sa part de responsabilité dans l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Elle permet aussi d’occulter son procès pour corruption qui lui pend au nez. De plus, cette attaque contre l’Iran détourne l’attention de ce qui se passe à Gaza et dans les territoires occupés de Cisjordanie où les colons, sionistes messianiques, s’en donnent à cœur joie en s’emparant des terres des Palestiniens. Une série de crimes impunis.
En 2025, Trump rêvait d’un prix Nobel de la paix. La FIFA, seule, quelle ironie, lui accorda ce trophée. En 2026 on lui remettra le prix Ignoble de la guerre. Récompense qu’il devra partager avec son ami Bibi. Quant aux Iraniens, c’est à souhaiter qu’ils retrouvent leur liberté le plus tôt possible. Si cela devait être le cas, cette guerre alors, bien que regrettable, n’aura pas été en vain. À l’heure actuelle, rien de moins certain.
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