le Dimanche 7 juin 2026
Loading membership data...
le Mardi 24 mars 2026 0:58 Chronique

Courrier des lecteurs : Le journal La Source publie dans cette édition le courrier de Benyounès Saidi à la suite du lancement du récent livre Des larmes et des fleurs de Jeanne Baillaut

On devine dans ce livre une grande sensibilité et une authenticité rare. | Illustration par Pierre Grenier
On devine dans ce livre une grande sensibilité et une authenticité rare. | Illustration par Pierre Grenier
Courrier des lecteurs : Le journal La Source publie dans cette édition le courrier de Benyounès Saidi à la suite du lancement du récent livre Des larmes et des fleurs de Jeanne Baillaut
00:00 00:00

Il m’arrive parfois de lire un livre qui me touche au plus profond de moi, non seulement par son contenu et son message, mais aussi par la présence vivante de celle qui l’a écrit.

Jeanne Baillaut, l’auteure de ce troisième recueil de poésie libre intitulé Des larmes et des fleurs est une jeune femme dans l’âme, âgée de 91 ans, née à Barcelone en Espagne de parents français. Après ses études secondaires en France, elle fit divers stages de formation en puériculture et en aide familiale. En 1956, un voyage au Maroc lui ouvrit d’autres horizons culturels. En 1957, c’est son mariage et en 1958, c’est ensuite le départ du couple pour le Canada. Sa vie a été riche d’expériences et d’engagements, et elle a apporté à la communauté francophone de la Colombie-Britannique sa sensibilité et sa contribution culturelle avec constance et générosité.

Les textes réunis dans ce recueil ne sont pas des poèmes au sens strict. Ils relèvent plutôt d’une prose poétique, d’une écriture qui s’apparente à la parole, faite pour être dite, entendue et ressentie. Jeanne elle-même l’exprime ainsi : « J’écris comme je parle… Ce que je trouve beau monte en moi comme la mer sur le rivage et s’épanouit dans les images de l’écriture. »

Dans ces pages, Jeanne Baillaut évoque avant tout ce qu’elle a vécu et son regard sur le monde. Son écriture suit les mouvements de sa sensibilité, oscillant entre contemplation et indignation, souvenirs et espérances.

La nature et le rythme des saisons y occupent une place prépondérante, comme en témoignent des textes tels que « Automne étoilé », « Matin de juin », « Les fleurs sauvages », « Clarté de janvier » ou « Litanies », où se déploie un regard attentif, émerveillé par la beauté simple et silencieuse du monde.

Mais cette sensibilité à la beauté n’exclut pas la lucidité. Jeanne réagit avec force aux injustices qu’elle observe, et lorsque la conscience se heurte à la violence ou aux abus de pouvoir, sa plume se fait tranchante. Certains textes, comme « Les rongeurs » ou « Il voulait être roi », révèlent cette indignation morale face aux souffrances et aux dérives des pouvoirs.

À côté de ces regards portés sur la nature et sur le monde, Jeanne explore également son propre parcours : les souvenirs d’une vie traversée par les épreuves et les apprentissages, son attachement au Canada, et l’absence douloureuse de son mari. Des textes comme « Jeanne la Rebelle », « La vie », « Je n’étais pas née », « Mais je suis née », « Repères », « Le magicien » , « Ce pays que j’aime » , « Jane Goodall », « Lettre posthume » , ou « Et tu me manques », permettent de suivre ses souvenirs, de ressentir ses joies et ses blessures, et de mesurer la profondeur de son expérience. On y devine une grande sensibilité et une authenticité rare : le regard d’une personne qui a beaucoup vécu, beaucoup observé, et qui continue d’accueillir le monde avec un cœur attentif
et généreux.

Pour ma part, je lis ce livre avec une émotion particulière, car au-delà de l’écrivaine, j’éprouve pour Jeanne Baillaut une profonde amitié et une estime sincère. En la lisant, il m’arrive de penser que ma femme Najia aurait aimé la rencontrer. Elles se seraient certainement entendues, partageant cette qualité précieuse d’être avant tout des personnes de cœur. Peut-être est-ce pour cela que le dernier texte, « Et tu me manques », m’a particulièrement touché : il a réveillé en moi le souvenir de celle qui demeure pour moi l’absente-présente.

Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.