D’emblée, sachez-le : le dévergondage n’a pas d’âge.
Ce n’est un secret pour personne : j’ai atteint l’âge où presque tout m’est permis. Principalement j’ai acquis le droit de faire tout et son contraire, de dire tout haut ce que je pense tout bas, de jouer des fausses notes à casser les oreilles, à tort ou à raison de rire de tout à tue-tête et, surtout, j’ai obtenu le droit d’être bête et de faire l’idiot. Le faire c’est une chose, l’être c’est passer à la vitesse supérieure. Ainsi je me permets de dire n’importe quoi par pur plaisir de me faire plaisir. C’est vous dire jusqu’à quel point je me délecte au sein de l’empire de ma bêtise.
Tous les matins, histoire de bien entamer ma journée, j’ouvre sans trop de peine mon bêtisier dont je vous avais déjà mentionné l’existence dans une de mes chroniques précédentes. Voici plusieurs échantillons du type d’âneries auxquelles je pense durant mes longues nuits d’insomnie.
• Dernièrement, alors qu’un journaliste lui posait la question à savoir pourquoi l’Iran ne pouvait ni fabriquer ni posséder un armement nucléaire alors que les grandes puissances de ce monde, sans compter la Corée-du-Nord et, ce n’est un secret pour personne, Israël, en ont en stock, le représentant de la ligue des droits des personnes mal à droite, dont on ignore l’identité et la nationalité, répondit laconiquement; « Moins il y a de monde au balcon moins il y a de risque que celui-ci s’effondre ». Entendant cela, pris de stupeur mêlée de surprise, les ayatollahs sont tombés des nues…cléaires (comme vous pouvez le constater, je ne suis plus à une bêtise près).
• Le roi en pince pour le prince mais que dire de la princesse qui lui pince les fesses ? À tout seigneur tout bonheur, s’exclama tout en buvant sa tisane une courtisane à dos d’âne passant par là. Un chevalier lui aussi de passage, connu pour sa sagesse et ses prouesses, lui fit savoir non sans ambages que faire de l’équitation ce n’est pas d’être à cheval sur ses principes ni de monter sur ses grands chevaux mais, plutôt, selon lui, c’est avant tout de ne pas être vache avec la bête. Sur ce, la belle tira la ficelle, le cavalier tomba dans l’abîme et l’oubli. Le roi, pas pour un sou fâché, poursuivit sa chevauchée.
• La vie, la mort, quelle invention. La vie encore ça passe, ça peut aller, mais la mort ? Qu’est-ce qu’elle vient faire là ? Pourquoi donner la vie si on finit par l’ôter ? Questions que je me pose en préparation de l’au-delà si au-delà il y a. Il se pourrait, grâce à ma très bonne conduite sur terre, que j’atterrisse au paradis si personne ne s’y oppose. Mais ce ne sera pas facile d’y parvenir, m’a prévenu mon ange gardien toujours prêt à me faire la courte-échelle pour y accéder si, pour des raisons non avouables, j’y tiens mordicus.
• Cela m’a pris du temps mais j’ai finalement appris à jouer aux échecs. Jusqu’alors je m’intéressais aux dames mais avec l’âge, moins frivole, j’ai cru bon d’exiger de mes méninges qu’elles montent d’un cran leur registre. D’où mon intérêt pour un jeu estimé plus sérieux. Pas question de regretter ce choix. Je m’amuse comme un petit fou avec mon cheval qui tient en échec la reine réfugiée auprès de sa tour alors que le roi roque afin de damner le pion à mon adversaire. Après cet échec et mat retentissant je me suis dirigé vers une autre table où se tenait un jeu de cartes. J’y ai retrouvé ma reine et mon roi accompagnés de leur valet. J’eus un coup de cœur qui m’a laissé sur le carreau alors que le trèfle tombait à pic. Je finis la partie plein aux as. Depuis je ne joue plus à ce jeu sans enjeu.
• S’en vient un rap en vrac d’un castor castré très frustré : Trump de nouveau se trompe, Carney impose sa marque, le Hamas fait la grimace, le Hezbollah presque plus là, Netanyahou : quel sale voyou, l’Iran : mort aux tyrans à Téhéran, Meloni pas encore finie, l’Angleterre s’enterre, Macron tourne en rond, l’Asie s’extasie, l’Afrique rêve d’Amérique, les libéraux jouent les héros, le NPD doit concéder et les conservateurs comptent pour du beurre. Maintenant j’attends que ce rap rapporte.
• Passons au dessert : MacDo sert de la poutine. Poutine se sert de Trump. Trump se fout des effets de serre. L’Afrique se serre la ceinture. Carney nous sert de bouc émissaire. À se demander : à quoi tout cela sert ?
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