Le point de départ de La Morsure semble classique : Julia (Cassandra Naud), une jeune gardienne de chiens, est accusée d’avoir maltraité le chien d’un couple de voisins. Face à une accusation qu’elle affirme injuste, elle cherche à comprendre ce qui s’est réellement passé. Mais son parcours la conduit progressivement vers un territoire plus étrange, où la pression sociale, la folie et le corps prennent une place centrale.
« Le personnage cherche la vérité : qui a fait du mal au chien ? », résume Laura Carnet.
À partir de cette question, la série explore la rumeur, les rapports de classe, l’isolement ainsi que différentes formes de violence sociale et économique. Elle s’intéresse également à la manière dont les femmes sont perçues et jugées, en laissant volontairement planer le doute sur ce qui s’est réellement produit.
Plan-Séquence, un tremplin pour les cinéastes francophones
Créé en 2016 par RACCORD, Plan-Séquence accompagne des cinéastes francophones dans le développement de leurs projets, notamment grâce à un mentorat individuel avec des professionnels du réseau de l’Institut national de l’image et du son (l’inis), adapté aux besoins de chaque participant.
Pour sa onzième édition, six cinéastes issus de cinq provinces et territoires ont été sélectionnés, dont Laura Carnet, en Colombie-Britannique, pour La Morsure. Pour la réalisatrice, cette participation représente surtout une occasion de pousser plus loin sa réflexion sur la mise en scène et le découpage visuel.
La réalisatrice Laura Carnet, basée à Vancouver, développe La Morsure, une série de thriller surréaliste et d’horreur sélectionnée pour la 11e édition de Plan-Séquence | courtoisie.
« Pour La Morsure, l’accompagnement sera davantage axé sur la réalisation : comment faire des plans intéressants pour qu’ils servent l’histoire », précise-t-elle. « Ça aide aussi à travailler de façon beaucoup plus efficace et à faire ce qu’il y a de mieux pour le projet. C’est important d’avoir cette discussion avec quelqu’un qui est extérieur au projet », ajoute-t-elle.
L’univers de La Morsure s’inscrit dans des préoccupations qui traversent également le travail de la cinéaste. Depuis ses débuts, Laura Carnet s’intéresse notamment aux corps des femmes, aux personnages marginalisés et aux questions sociales, tout en privilégiant une approche poétique plutôt que frontale.
Ces thèmes sont aussi présents dans Studio Marginal, société de production indépendante qu’elle a fondée avec sa sœur et qui accompagne des artistes issus de différents milieux et horizons, dont les démarches reposent sur une forte vision artistique.
Avec La Morsure, Laura Carnet choisit cette fois le thriller et le body horror pour explorer ces préoccupations. « J’aime beaucoup le genre parce que ça permet de parler de choses très sérieuses sans que ce soit forcément lourd », explique-t-elle.
Le format sériel lui permet par ailleurs de développer progressivement les personnages et les tensions. Composée de six épisodes de douze minutes, La Morsure demande une construction particulière : chaque épisode doit faire avancer son propre récit tout en contribuant à l’ensemble de la série.
Le tournage de la série, portée par Studio Marginal et Mare Rouge Entertainment, avec Yaël Carnet et Vicky Plancher à la production, est envisagé pour le printemps. La série bénéficie également du soutien de TV5+, dans le cadre du programme Créateurs en série, ainsi que de TOU.TV, la plateforme numérique de Radio-Canada.
Créer en français, sans s’y enfermer
Si Laura Carnet souhaite continuer à développer des projets en français depuis Vancouver, elle ne voit pas pour autant la langue comme une contrainte artistique. Pour elle, le choix du français ou de l’anglais vient d’abord de l’histoire qu’elle souhaite raconter.
La réalisatrice aimerait néanmoins voir davantage de productions en français réalisées en Colombie-Britannique. Selon elle, un grand nombre d’artistes francophones travaillent dans la province, mais leurs parcours restent peu visibles. Elle défend une circulation des projets et des collaborations entre les communautés linguistiques, sans pour autant créer de catégories trop rigides.
« Il faut soutenir les minorités, mais il ne faut pas non plus les enfermer », affirme-t-elle. « Si le projet est intéressant, pourquoi ne pas l’ouvrir aussi à des productions anglo-saxonnes, à des productions espagnoles ? La langue ne devrait pas être une barrière.»
Laura Carnet rejoint ainsi une génération de créateurs qui cherchent à faire leur place dans le paysage audiovisuel de la province. Un mouvement notamment accompagné depuis 2025 par l’organisme CRÉAXION qui réunit les forces vives du secteur et donne une visibilité accrue à celles et ceux qui le font vivre.
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