Nizar Rebii – Initiative de journalisme local – Journal La Source
Pour les aînés francophones, pouvoir expliquer ses symptômes, comprendre un diagnostic, suivre un traitement ou prendre une décision concernant sa santé peut prendre une autre dimension lorsque ces échanges se déroulent dans une langue qui n’est pas la leur.
« Quand on a une situation complexe, telle qu’une ordonnance longue à comprendre ou une décision importante concernant sa santé, c’est beaucoup plus facile de s’exprimer dans sa langue », explique Marie-Claude Fadous, gestionnaire de clinique à Santé Ouest, centre de santé communautaire francophone ouvert à Vancouver en 2024. Pour elle, il ne s’agit pas seulement de confort, mais aussi de « qualité et de sécurité des soins ».
La clinique accueille aujourd’hui plus de 1 000 patients et cherche à faciliter l’accès aux soins, mais aussi à aider les francophones à naviguer dans le système de santé en français.
Marie-Claude Fadous: gestionnaire de clinique à Santé Ouest | Courtoisie
Cette nécessité ne concerne toutefois pas uniquement les personnes âgées. Marie-Claude Fadous souligne les difficultés rencontrées par certains immigrants francophones nouvellement arrivés.
« Beaucoup de nouveaux arrivants se sentent isolés et ne savent pas toujours comment s’orienter dans le système de santé », souligne-t-elle.
Santé Ouest propose des consultations par téléphone et par visioconférence, ainsi que des services à domicile pour certaines personnes vulnérables. Les francophones peuvent demander des services en français dans une clinique anglophone, avec l’aide d’interprètes au besoin. Mais pour Marie-Claude Fadous, le fait d’être accueilli en français et de pouvoir échanger directement avec un professionnel qui parle sa langue peut faire une grande différence.
Nada El Hamdadi: directrice générale de Carrefour 50+ Colombie-Britannique | Courtoisie
Un besoin qui dépasse Vancouver
Pour Nada El Hamdadi, directrice générale de Carrefour 50+ Colombie-Britannique, l’accès aux soins constitue l’une des principales préoccupations des francophones de 50 ans et plus.
Elle rappelle que, même lorsqu’une personne âgée est bilingue, des troubles cognitifs peuvent rendre plus difficile l’utilisation d’une langue seconde. La possibilité de communiquer dans sa langue maternelle peut alors devenir particulièrement importante.
Nada El Hamdadi cite notamment le cas d’une personne âgée vivant à Sooke qui ne parvenait pas à avoir accès à un médecin francophone. Carrefour 50+ lui a obtenu un rendez-vous à Victoria et lui a fourni un moyen de transport pour s’y rendre.
Pour l’organisme, cette situation illustre les difficultés qui apparaissent lorsque les services francophones ne sont pas disponibles à proximité.
« Le français est une langue officielle, mais on ne peut pas être soigné dans cette langue », estime Nada El Hamdadi, qui souhaite voir davantage de services de santé en français dans la province.
L’importance de l’accompagnement
Pour certains aînés, l’enjeu est de trouver des professionnels francophones près de chez eux. Kim P. explique avoir pu accéder à des services de counselling et de physiothérapie avec l’accompagnement de Carrefour 50+.
« Le fait d’être accompagnée et de pouvoir obtenir de l’information et du soutien en français a été très rassurant pour moi », témoigne-t-elle. Cet accompagnement lui a permis de mieux s’orienter parmi les ressources disponibles et d’accéder aux services dont elle avait besoin.
À Squamish, Suzanne V. a de son côté pu trouver une diététiste et une massothérapeute offrant leurs services en français. « Pouvoir communiquer dans ma langue m’a permis de me sentir plus à l’aise, de bien expliquer mes besoins et de mieux comprendre les conseils qui m’étaient donnés », explique-t-elle.
Son expérience illustre l’importance, pour certains francophones, de pouvoir trouver des professionnels avec lesquels ils peuvent communiquer directement dans leur langue, notamment lorsque ces services sont disponibles non loin de leurs domiciles.
Développer l’offre à travers la province
Du côté de Santé Ouest, l’objectif ne se limite pas à répondre aux besoins actuels. Marie-Claude Fadous estime que la création éventuelle de cliniques satellites pourrait permettre de rejoindre davantage de francophones, alors que le manque de professionnels de santé capables de travailler en français ne se limite pas au Grand Vancouver. Le centre vise à accompagner 4 400 bénéficiaires d’ici 2028, contre plus de 1 000 actuellement.
Pour les organismes qui travaillent auprès des francophones vieillissants, l’enjeu dépasse donc la simple existence de services en français. Il concerne aussi leur accessibilité, leur proximité et la capacité des personnes à les utiliser lorsqu’elles deviennent plus vulnérables.
À mesure que les besoins en santé et en accompagnement augmentent avec l’âge, pouvoir être compris et comprendre à son tour peut devenir essentiel.
Pour les francophones de la Colombie-Britannique, la question est donc aussi de savoir comment leur permettre de vieillir et de se faire soigner dans la langue dans laquelle ils se sentent le plus à l’aise.
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