Par les temps qui courent il est bon de se parler d’amour. C’est du moins ma devise. Alors que la haine de partout semble de mise, je me console en distribuant des bises. De bon gré, j’embrasse les embrassades à coup de bises ou de bisous, et même de baisers, dépendant de la personne avec qui j’ai affaire.
Les marques d’affection ou d’appréciation envers autrui abondent. La poignée de main, monnaie la plus courante parmi la gamme des agents d’expressions affectives, exprime une forme de respect et de reconnaissance qui demeure encore de nos jours la meilleure manière de saluer la présence de l’autre. Elle possède un côté formel qui, à mes yeux, permet, à celui ou celle qui en éprouve le besoin, de maintenir une distance physiquement confortable. Elle peut aussi être un gage, une démonstration de supériorité. J’en veux pour preuve les poignées de main données par Donald Trump. Le président américain profite toujours de ces occasions de rencontre pour imposer son autorité, malgré ses petites mains. Je le vois rarement donner des bises, encore moins des bisous et surtout pas des baisers. Je suis certain que ce n’est pas l’envie qui lui manque mais personne, surtout pas ces dames, ne semble intéressé à se faire embrasser par un bouffon de son espèce.
La bise, joyau des joyeux lurons, a obtenu, pour sa part, droit de cité dans les pays latins. Pour un oui ou pour un non, quelle que soit l’occasion, on se fait une bise, même deux ou trois, quatre à la limite par pur plaisir d’exagérer. Dans les pays anglo-saxons, généralement plus puritains (excusez le cliché), cette coutume commence à prendre racine mais n’a pas encore obtenu droit de cité. La tendance serait plutôt à l’accolade, à un serre-fort pas trop fort où l’on se serre sans savoir si ce geste est sincère. Après tout, pudeur exige, il faut savoir garder le fort quand on vous serre un peu trop fort.
Si vous ne tenez pas particulièrement à recevoir des bises, faites comme Melania Trump et portez d’énormes chapeaux dont les atours ne sont pas sans rappeler les anneaux de la planète Saturne. Essayez de faire une bise à cette Première dame de la Maison Blanche, vous n’y arriverez pas. Vous allez vous cogner à un rempart infranchissable. Non pas que l’idée de lui faire une bise me vienne à l’esprit, loin de là. Je ne donne pas des bises à n’importe qui. Une bise ça se mérite, ça se gagne. À cette pauvre dame, plutôt qu’une bise, je préfère lui tirer son chapeau.
Le bisou appartient à un autre registre. Il monte d’un cran dans le rapport envers autrui. Il est plus amical, plus chaleureux, plus affectueux que la bise. Il se donne à un être cher sans pour autant commettre le péché de la chair. Sa gentillesse, sa tendresse, sa délicatesse font chaud au cœur. C’est une façon de dire : « je t’aime bien, même beaucoup, ton amitié m’est précieuse ». Un bisou ne fait jamais de mal à personne. Il se dépose gentiment sur la joue, parfois, mais rarement, sur les lèvres afin d’éviter toute confusion. Il sert de conclusion au bout d’une conversation téléphonique. Très utile et fort répandu à la fin d’une lettre ou d’un texto. Entre bons amis et surtout parmi les membres de la famille il est précédé du mot gros qui n’est pas un gros mot. Des bisous il y en a pour tous les goûts. Ceux que je préfère s’accompagnent toujours d’un large et sincère sourire. Un bisou c’est comme un bijou : c’est apprécié et jamais ne se déprécie.
Le baiser, quant à lui, fait bande à part. Il appartient aux amoureux ou ceux en proie de le devenir. Plus question de déposer ses lèvres sur les joues. Avec tact, déterminé il va droit au but, se rend avec dextérité sur la bouche de la personne déjà conquise depuis belle lurette. Il peut aussi se déposer sur la commissure des lèvres de la personne convoitée dont on ignore, au moment même, quel sera le dénouement et les conséquences de ce geste voluptueux. Plus passionné que la bise et le bisou, ses proches cousine et cousin, il est impossible de déterminer où le baiser peut mener. Le baiser, observé de près, peut amuser. Parfois il laisse à désirer. Mal interprété il devient vulgaire lorsque de nom il devient verbe. À déconseiller sans accord de réciprocité.
Maintenant je ne sais plus par quelle formule conclure : bises? bisous? baisers? Allez savoir. Faute de consensus je vous dis donc : à bientôt ou, si vous préférez, à la prochaine chicane.
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