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Le français fait son cinéma au VIFF

Le français fait son cinéma au VIFF
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Avec 36 événements associés à la langue française, la programmation du Vancouver International Film Festival (VIFF) offre cette année une place de choix au cinéma francophone. Premiers films remarqués, grands cinéastes, animation, cinéma queer, récits africains et documentaires autochtones : les francophones du Grand Vancouver auraient tort de passer à côté de cette programmation.

La nouvelle édition du VIFF, qui se tiendra du 1er au 11 octobre prochains, représente une belle occasion pour la communauté francophone de retrouver le français sur grand écran, mais aussi de découvrir des œuvres qui peinent parfois à se frayer un chemin dans les circuits commerciaux.

Parmi les films les plus remarqués, La Gradiva, premier long métrage de Marine Atlan, arrive auréolé du Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes. Une classe de lycéens français part à Naples pour un voyage scolaire. Entre les visites de Pompéi, les dortoirs, les trajets en autobus, les tensions entre élèves s’intensifient. Sexualité, jalousies, rapports de pouvoir et fragilités personnelles transforment ce qui devait être un simple voyage en véritable laboratoire humain. Marine Atlan observe avec beaucoup d’attention les relations entre jeunes, enseignants et adultes. Une première œuvre qui pourrait bien révéler une nouvelle voix du cinéma français.

Autre événement de cette sélection, Soudain, de Ryûsuke Hamaguchi, réalisateur japonais de Drive My Car, dure 196 minutes et prend le temps de faire exister ses personnages. Marie-Lou dirige un établissement pour personnes âgées en France. Mari, metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer, entre dans sa vie. Leur rencontre bouleverse leur rapport à la vieillesse, à la maladie et aux possibilités qui restent ouvertes devant elles. À Cannes, Virginie Efira et Tao Okamoto ont reçu conjointement le prix d’interprétation féminine. Pour les cinéphiles, la présence de Ryûsuke Hamaguchi et de ces deux actrices constitue à elle seule une invitation à tenter l’expérience.

Avec 1949, Paweł Pawlikowski, le réalisateur d’Ida et de Cold War, raconte le retour en Allemagne de Thomas Mann après seize années d’exil. Sa fille Erika l’accompagne dans un pays encore marqué par les ruines de la guerre et divisé entre zones américaine et soviétique. Leur voyage devient une confrontation familiale et politique. Le noir et blanc, signé Łukasz Żal, collaborateur de longue date de Paweł Pawlikowski, donne au film une identité visuelle particulièrement travaillée.

L’une des propositions les plus singulières est sans doute Iron Boy, de Louis Clichy. Dans la France rurale des années 1980, Christophe, un jeune garçon souffrant d’une infection de la colonne vertébrale, doit porter un corset métallique. Alors que son père s’éloigne de lui, Christophe trouve refuge dans de nouvelles rencontres et dans son imagination. Ancien artiste de Pixar et coréalisateur d’Astérix : Le Domaine des dieux, Louis Clichy signe ici son premier long métrage en solo. Entièrement réalisé à la main à l’aquarelle, le film possède une esthétique originale et a reçu le Prix spécial du jury : Un Certain Regard à Cannes.

Des œuvres qui sortent des sentiers battus

Avec Sanguine, Marion Le Corroller signe un premier long métrage présenté à Cannes dans les séances de minuit. Une jeune médecin urgentiste constate chez des patients de son âge des symptômes inquiétants avant de comprendre qu’elle est elle-même touchée. Le drame médical bascule progressivement vers le body horror, promettant une expérience autrement plus physique qu’un traditionnel film hospitalier.

Dans un registre plus intime, Du fioul dans les artères, de Pierre Le Gall, raconte une histoire d’amour entre deux routiers sur les routes européennes. Étienne vit dans la solitude jusqu’à sa rencontre avec Bartosz, chauffeur polonais, dont il tombe amoureux. Leur relation se heurte cependant à une réalité très concrète : leurs métiers les obligent à passer une grande partie de leur temps loin l’un de l’autre. Récompensé par la Queer Palm, ce premier long métrage propose une romance queer dans un univers rarement représenté au cinéma, celui du camionnage.

Congo Boy a valu à Bradley Fiomona Dembeasset le prix du meilleur acteur à Cannes, dans la section Un Certain Regard. | Photo de VIFF

Dans Congo Boy, Rafiki Fariala suit Robert, 17 ans, réfugié congolais en République centrafricaine. Après l’arrestation de ses parents, le jeune homme doit s’occuper de ses frères et sœurs tout en continuant ses études et en poursuivant son rêve de devenir musicien. Le film mêle ainsi récit d’apprentissage, musique, famille et migration sans se limiter à un simple récit social.

Nitassinan, de Joséphine Bacon et Kim O’Bomsawin, devrait également trouver un écho particulier. Consacré au territoire ancestral innu, le documentaire s’intéresse à la langue, aux paysages, à la mémoire et à la transmission culturelle. La présence de Joséphine Bacon, figure majeure de la poésie innue, donne au film une dimension à la fois personnelle et collective.

Enfin, les spectateurs prêts à sortir complètement de leur zone de confort pourront se tourner vers The Beloved, de Rodrigo Sorogoyen, avec Javier Bardem, qui mêle conflit entre un père et sa fille, cinéma dans le cinéma et histoire coloniale du Sahara occidental, ou vers Dao, d’Alain Gomis, une œuvre hybride de plus de trois heures qui brouille les frontières entre documentaire et fiction.

La force du VIFF réside dans sa capacité à réunir des œuvres déjà récompensées, des réalisateurs confirmés, mais aussi des premiers longs métrages et des films difficiles à classer. Cette année, le français a décidément beaucoup de choses à raconter au VIFF.

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