Désignée Communauté Francophone Accueillante (CFA) en 2024, Nanaimo développe depuis deux ans des services pour accompagner les nouveaux arrivants francophones. Portée par l’Association des Francophones de Nanaimo (AFN), la CFA s’est progressivement structurée grâce à une équipe ciblée, à de nouveaux partenariats et à des activités répondant aux réalités de l’installation.
Ray Indoo présente les services de la Communauté Francophone Accueillante de Nanaimo lors d’un Night Market.
Apprendre les codes du quotidien
Ray Indoo, agent d’établissement de la CFA au sein de l’AFN, est à l’origine de l’itinéraire et animera la sortie.
Les compétences linguistiques en anglais figurent parmi les préoccupations les plus fréquentes. S’y ajoutent la recherche d’emploi, les démarches administratives, l’ouverture d’un compte bancaire, l’accès aux services ou encore les déplacements.
Emprunter le transport en commun peut ainsi devenir un véritable apprentissage : comprendre le réseau, savoir comment payer son trajet ou préparer un itinéraire. Pour certains nouveaux arrivants, le fonctionnement des transports publics diffère fortement de celui de leur pays d’origine. Autant de codes qui ne vont pas nécessairement de soi lorsqu’on découvre simultanément une nouvelle ville, une nouvelle langue et un nouveau système.
L’association utilisera donc un autobus public régulier. Le groupe traversera le secteur de l’université et Old City avant de rejoindre le centre-ville et d’identifier plusieurs services essentiels. Le parcours se poursuivra au parc Maffeo Sutton et sur le quai, puis dans un centre commercial.
Ray Indoo a volontairement associé les informations pratiques à des moments plus conviviaux, liant ainsi l’utile à l’agréable. Un pique-nique permettra aux participants de faire connaissance. En toile de fond, l’objectif est d’apprendre à effectuer un trajet en autobus, identifier des points de repère, créer des liens et mieux apprivoiser son nouvel environnement. Car derrière l’apprentissage du transport se dessine une ambition : créer des liens entre nouveaux arrivants.
Des repères pour retrouver confiance
La sortie constitue une première expérimentation. D’autres parcours pourraient suivre et l’équipe envisage de créer des cartes d’itinéraires permettant aux nouveaux arrivants de refaire ces trajets seuls.
Pour Camille Veron, directrice générale de l’AFN, les ressources consacrées à la CFA ont permis de structurer un accompagnement que l’association tentait déjà d’offrir avec des moyens limités.
« On comblait des trous dans les services offerts localement », résume-t-elle. Le projet permet aujourd’hui de proposer un accompagnement plus personnalisé avec différentes façons de répondre aux besoins observés.
Clubs de conversation en anglais, activités interculturelles ou rencontres destinées aux nouvelles familles, des écoles francophones : les initiatives prennent des formes diverses.
Derrière ces actions concrètes se joue aussi une question de confiance. Pour la directrice générale de l’AFN, savoir comment se déplacer, où trouver un service et vers qui se tourner en cas de difficulté permet de retrouver progressivement un sentiment de maîtrise dans un environnement encore inconnu.
Camille Veron se souvient avoir accompagné des nouveaux arrivants pendant plusieurs heures dans leurs démarches. Même lorsqu’ils avaient l’impression de ne pas avoir énormément avancé, certains lui confiaient se sentir déjà mieux. Ce soutien leur donnait ensuite davantage confiance pour poursuivre leurs démarches par eux-mêmes.
Marcelin Kiyombo lors des célébrations de la Saint-Jean à Nanaimo en 2025.
De bénéficiaire à acteur de la communauté
Cette confiance progressivement acquise, Marcelin Kiyombo, 19 ans, en mesure aujourd’hui le chemin parcouru. Arrivé à Nanaimo avec sa mère en tant que jeune réfugié, il a bénéficié de l’accompagnement de l’AFN dans le cadre de la CFA, auprès de Ray Indoo.
« Au début, je ne connaissais personne et je ne savais pas vraiment comment les choses fonctionnaient ici. L’agent d’établissement de la CFA m’a beaucoup aidé à comprendre les démarches et à me sentir plus à l’aise », raconte-t-il.
Peu à peu, le jeune nouvel arrivant s’engage dans la communauté. Il participe notamment au projet Liens de l’École Océane, destiné à faciliter l’accueil et l’intégration des nouvelles familles dans leur environnement scolaire.
Dans cette même veine d’intégration, le 7 novembre dernier, Marcelin Kiyombo avait pu partager également son expérience lors d’un panel de nouveaux arrivants au Sommet sur l’immigration. Il poursuit aussi son bénévolat.
Cet été, nouvelle étape : il travaille comme moniteur au camp d’été de l’AFN.
« Maintenant, j’aime pouvoir aider les autres à mon tour. Quand je vois de nouveaux arrivants, je comprends ce qu’ils peuvent ressentir, parce que je suis moi aussi passé par là », ajoute-t-il.
Qu’il s’agisse d’apprendre à prendre l’autobus ou de s’engager dans sa communauté, l’enjeu reste finalement le même : acquérir suffisamment de repères et de confiance pour tracer soi-même son chemin.
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