Située au cœur du Chinatown de Vancouver, la galerie Centre A, qui a été fondée en 1999, s’est très vite imposée dès sa création comme un espace d’exposition consacré aux artistes issus des communautés asiatiques de la grande région vancouvéroise. Tout au long de l’année, l’institution soutient des artistes sous-représentés en misant sur la création, la recherche et le dialogue critique, bien au-delà du Mois du patrimoine asiatique.
Le Centre A présente généralement quatre expositions par an et s’inscrit dans un environnement culturel dense à Chinatown. « Nous sommes voisins avec beaucoup d’autres organisations à but non lucratif et des studios d’art, et cela crée une sorte de petit écosystème artistique », explique Jenny Gao, directrice du centre.
La mission initiale de l’institution repose sur un constat de sous-représentation dans le monde de l’art contemporain. « L’idée de départ du centre était de reconnaître que les artistes de la diaspora asiatique sont sous-représentés dans le monde de l’art et de créer un lieu d’exposition pour les mettre en valeur, mais aussi pour documenter et archiver leur travail », poursuit-elle.
Cette définition des communautés concernées est volontairement large. « Ce n’est pas seulement une galerie d’Asie de l’Est. L’Asie est un continent immense. On réfléchit vraiment à qui fait partie de la diaspora asiatique et au vocabulaire qu’on ajoute au discours culturel contemporain »,
insiste Jenny Gao.
Le Centre A se distingue également par son travail documentaire. « Nous possédons une bibliothèque remarquable qui abrite la plus grande collection de livres d’art asiatique en Amérique du Nord. C’est une bibliothèque de consultation uniquement, mais les gens peuvent venir faire de la recherche », affirme la directrice. « Ce qui est unique, c’est qu’on n’utilise pas le système Dewey, parce qu’il est considéré comme restrictif et problématique. On a un système de classification personnalisé, développé par nous-mêmes, qui rend la collection réellement utilisable. »
David Khang, un artiste familier du Centre A
À l’occasion de ce mois du patrimoine asiatique, le Centre A accueille l’exposition rétrospective Butterfly Dreams de David Khang, un artiste pluridisciplinaire originaire de Séoul et résidant à Vancouver. Le projet rassemble un ensemble d’œuvres développées par l’artiste sur une période de vingt ans et s’articule autour de la migration du papillon monarque entre le Canada et le Mexique.
Dans son approche, David Khang associe le papillon à la migration, mais aussi à une stratégie de survie collective : plutôt que de se camoufler, les papillons se distinguent ensemble dans un effet visuel de masse. Cette visibilité partagée devient une forme de protection face aux prédateurs. Cette logique peut notamment faire écho aux trajectoires de nombreuses personnes issues des communautés asiatiques au Canada, marquées par des histoires de migration, de transmission culturelle et de reconfiguration identitaire.
« Dans le contexte canadien et nord-américain, depuis les années 1970 à 1990, on a assisté à une ouverture progressive, avec une plus grande acceptation des perspectives diverses. Mais aujourd’hui, on a l’impression que ce mouvement se referme », observe David Khang. « Cela montre que le Mois du patrimoine asiatique est important mais à nuancer. S’il se limite à célébrer la nourriture et les danses culturelles, sans un véritable regard critique, cela peut devenir contre-productif », déclare l’artiste. « J’ai tendance à être préoccupé par le manque d’engagement critique envers la culture. »
Cette bibliothèque unique en libre accès est une des fiertés du Centre A. | Photo par Lauren Théodet
David Khang questionne aussi les politiques d’équité et de diversité, rappelant que « si l’équité, par définition, concerne l’égalité des chances, il n’est pas certain qu’une véritable égalité des chances existe aujourd’hui », en particulier pour les artistes racisés et les femmes issues des minorités visibles.
L’ensemble des œuvres de David Khang explore les notions de déplacement, de transformation et de mémoire. | Photo par Manuel Cisneros
Selon lui, les mécanismes de sélection dans le milieu artistique et les distinctions implicites entre artistes locaux et ceux de l’étranger révèlent des formes de hiérarchisation persistantes, en lien avec ce qu’il appelle un « plafond de verre ».
Les défis sont nombreux et le Centre A doit y faire face un peu plus chaque année. Parmi ces défis, les coupures de financement fragilisent son action.
« C’est un problème dans tout le secteur », affirme la directrice du centre. « Même si on reçoit le même montant de subvention, les coûts augmentent. Et en tant que petite organisation, on ressent encore plus la pression. On a l’impression qu’on demande aux plus petites structures de résoudre les plus grands problèmes du monde. »
Le Centre A se donne tout de même pour objectif clair de continuer à soutenir les artistes asiatiques contemporains, de les aider à développer leur carrière tout en créant un espace d’échange, ouvert aux relations et au mentorat.
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