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le Lundi 17 novembre 2025 15:00 Initiative de Journalisme Local

Radio Victoria : au cœur de l’économie sociale de la francophonie

Audrey Courcy, directrice générale de Radio Victoria | crédit: Martin Bouchard
Audrey Courcy, directrice générale de Radio Victoria | crédit: Martin Bouchard
Radio Victoria : au cœur de l’économie sociale de la francophonie
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En novembre, le Mois de l’économie sociale et solidaire met en relief l’importance des radios communautaires au Canada. Comme les autres membres de l’Alliance des radios communautaires du Canada (ARC), la radio communautaire francophone Radio Victoria contribue à l’économie sociale et participe à la promotion de la langue française.

Martin Bouchard – Initiative de journalisme local – Journal La Source

Le Canada compte près de 2,5 millions de personnes employées dans les organismes à but non lucratif, ce qui représente 15,3 % de l’emploi au pays selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Un ensemble qui regroupe aussi bien des centres communautaires que des radios ou des coopératives. L’OCDE estime que ce secteur génère plus de 200 milliards de dollars de PIB et constitue un pôle essentiel à la cohésion sociale.

Pour les radios communautaires francophones en situation minoritaire, cette réalité se vit au quotidien. C’est du moins ce que pense Simon Forgues, directeur adjoint de l’Alliance des radios communautaires du Canada (ARC), qui rappelle d’abord que toutes les radios membres fonctionnent selon un modèle d’économie sociale. « Ce sont toutes des OBNL », note-t-il. « Il n’y a pas de profitabilité. Les sommes qui, ailleurs, seraient des profits, sont réinvesties dans la mission. »

Selon lui, leur rôle économique est trop souvent sous-estimé. « Ces radios ne sont pas juste des médias. Elles contribuent directement à l’économie des collectivités. Elles encouragent l’entrepreneuriat local et empêchent la fuite des capitaux, puisque la publicité mise en ondes vient d’entreprises du milieu. » 

Simon Forgues donne un exemple simple : lorsque des auditeurs entendent qu’un commerce près de chez eux offre un service, ils sont moins tentés d’acheter ailleurs ou dans une grande ville voisine.

Les radios communautaires influencent aussi les comportements touristiques. « Quand j’arrive dans une région, j’écoute la radio locale. Ça joue dans ma décision d’aller manger quelque part ou d’aller voir une exposition », explique-t-il.

Radio Victoria : un média local, un vecteur social

À Victoria, la directrice générale de la radio, Audrey Courcy, voit quotidiennement l’impact social et économique de son équipe. « Nous sommes une petite structure », dit-elle. « Mais notre rôle est essentiel : promouvoir la francophonie d’ici et mettre en valeur les organismes locaux. »

Pour elle, l’économie sociale se vit par des gestes concrets. « Nous donnons de la visibilité à des groupes qu’on n’entend nulle part ailleurs. Les scouts, les écoles, les organismes culturels. Les gens reconnaissent leur communauté à l’antenne. »

La station offre aussi un important volume de temps d’antenne gratuit à la collectivité, une réalité documentée par l’ARC, qui souligne que l’ensemble des radios membres donnent jusqu’à 15 000 heures par année de diffusion gratuite d’intérêt public. « C’est notre manière de contribuer à l’économie locale : redonner. Mais il faut aussi être réaliste, nous ne pouvons pas offrir ce service si nous n’avons pas les moyens de fonctionner », insiste Audrey Courcy.

Simon Forgues, directeur adjoint de l’Alliance des radios communautaires du Canada | crédit: courtoisie

Des défis très concrets

Cela dit, tout n’est pas rose. Les pressions financières touchent l’ensemble du secteur. « Les gouvernements savent que nos radios sont importantes, mais entre le discours et la réalité, ce n’est pas la même chose », résume Simon Forgues. 

Il souligne notamment la baisse marquée de la publicité gouvernementale locale, redirigée vers les grandes plateformes numériques. « Quand la plupart des budgets s’en vont vers Facebook ou Google, c’est un problème. Ce sont des multinationales qui ne paient pas d’impôts ici. Pendant ce temps, nos radios perdent des revenus essentiels. »

Il propose une solution simple : fixer un seuil minimal de publicité gouvernementale dans les médias communautaires francophones. « Si 5 ou 10 % des budgets publicitaires étaient réservés à nos radios, ça ferait une énorme différence. »

Un rôle unique dans le tissu communautaire

Au-delà de l’économie, les radios communautaires jouent un rôle social incomparable : annonces locales, collectes de fonds, mobilisation civile et diffusion d’alertes publiques. 

« Je n’ai jamais vu un radiothon sur Facebook », rappelle Simon Forgues, en référence aux levées de fonds qui se déroulent chaque année dans des stations comme celles du Nouveau-Brunswick pour soutenir des causes locales.

Pour Radio Victoria, la mission repose avant tout sur le lien humain. « Les gens aiment entendre leur voisine, leur école, leur organisme. C’est ce qui crée la proximité », dit Audrey Courcy qui ajoute que lorsqu’il y a une alerte, un enlèvement ou une urgence météo, « ce sont les radios locales qui reçoivent l’information en premier. Le gouvernement a besoin de nous pour rejoindre la population ».

Pour en savoir plus : https://radiovictoria.ca

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