Le Mois du patrimoine libanais au Canada, souligné par le gouvernement fédéral depuis 2023, est apprécié par les membres de la diaspora attachés à leur héritage.
Julia Chenu – Initiative de journalisme local – Journal La Source
La diaspora libanaise au Canada compte 210 605 ressortissants, selon le recensement de 2021 de Statistique Canada. Et en Colombie-Britannique, ce recensement estime à 2,455 la population libanaise. Selon le Consul honoraire du Liban, Nick Kahwaji, ce chiffre pourrait être revu à la hausse et triplé.
Membre de la diaspora du « Pays du cèdre », Chantal Fadous est originaire du Liban et se présente avant tout, pour qui veut l’entendre, comme une fière maman de deux garçons et une francophone passionnée. Elle fait partie aujourd’hui de cette nouvelle génération de leaders au féminin de la francophonie institutionnelle et communautaire britanno-colombienne. C’est avec un sentiment empreint d’émotions et de gratitude qu’elle célèbre également pour la troisième année consécutive le Mois du patrimoine libanais au Canada. « Le 22 novembre est la fête de l’indépendance du Liban, et même si je me sens appartenir à plusieurs cultures, je suis fière que mon pays d’accueil reconnaisse la culture libanaise et l’apport des Libanais et Libanaises à la société canadienne. »
La profession d’avocat en bandoulière dans une société civile libanaise engagée
Celle qui est engagée depuis son arrivée dans plusieurs associations communautaires en C.-B. reconnaît que « rendre » à la communauté n’est pas quelque chose de nouveau dans son parcours.
Enfant, elle a notamment été témoin de l’engagement de son père qui a créé un club sportif et culturel avec le soutien de sa mère. « Il souhaitait que tout le monde se retrouve et se rencontre. J’ai presque l’impression d’avoir été prédisposée au travail communautaire », dit-elle avec un sourire.
L’occasion ne manque jamais de mettre en avant le patrimoine libanais, comme lors du Festival du bois, à travers la découverte de l’artisanat libanais et des fossiles du Liban | courtoisie
Chantal Fadous choisit le droit pour développer ses compétences humaines dans ce Liban de sa jeunesse. Elle exerce dans plusieurs domaines au barreau de Beyrouth : pénal, droit du travail ou encore, droit international. « Il s’agit d’un milieu exigeant, dans lequel il faut s’imposer, encore plus quand on est une femme et une jeune », indique-t-elle. Pourtant, elle parvient à faire valoir ses aptitudes professionnelles. Grâce à ses compétences linguistiques en arabe, anglais et français, elle est nommée aussi interprète dans les tribunaux.
Conjuguer une vie multiculturelle et la protection de la francophonie
C’est avec son époux libanais qu’elle quitte son pays natal pour s’installer au Canada où elle crée, quelques années plus tard, une société qu’ils gèrent encore tous les deux aujourd’hui.
Animée par son engagement envers la francophonie, Chantal Fadous décide en 2015 de faire de la suppléance pour le programme de prématernelle Franc départ à Port Coquitlam, à l’école des Pionniers-de-Maillardville que fréquentent ses enfants. Ce programme est financé par le gouvernement provincial. C’est bien à ce moment-là qu’elle sent « un véritable sentiment d’appartenance à la communauté, entre les parents et la communauté scolaire ».
En 2017 elle participe au lancement du programme Les p’tits bouts d’chou à l’école des Deux-rives à Mission, à la demande de la directrice, inspiré sur Franc départ. Elle y contribue pendant deux ans et observe la communauté qui se construit autour de cette initiative. En parallèle, elle devient bénévole auprès du Comité des partenaires de l’école, où elle représente la communauté et la petite enfance.
Chantal Fadous et Marjolaine Savoie ont travaillé ensemble sur de nombreux projets mettant en avant la diversité de la communauté francophone | courtoisie
Lorsque ses enfants entrent à l’école des Pionniers-de-Maillardville, elle devient la présidente du Comité de partenaires pendant trois mandats et y rencontre Marjolaine Savoie, ancienne présidente de l’association des parents.
« Chantal Fadous est inébranlable, même dans l’adversité », souligne Marjolaine Savoie, actuellement vice-présidente du conseil d’administration du Foyer Maillard. « Quand on fait du bénévolat, il y a parfois des défis auxquels nous sommes amenés à faire face et Chantal a toujours su aider chaque personne qui lui demandait de l’aide. »
« Elle est une rassembleuse et une passionnée véritable de la francophonie » ajoute-t-elle.
Les langues jouent toujours un rôle d’une grande importance pour Chantal Fadous qui défend la sécurité linguistique dans la province et dans l’éducation francophone, notamment comme conseillère de la vallée du Fraser au conseil d’administration du Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique (CSF).
Elle insiste sur le rôle de premier plan joué par le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique et le Conseil jeunesse francophone de la Colombie-Britannique dans leur accompagnement des élèves et des parents.
« Il est nécessaire aussi d’avoir des organisations culturelles et artistiques qui participent à la promotion de la francophonie. Nous sommes chanceux de pouvoir nous appuyer sur elles en C.-B. » déclare-t-elle.
Chantal Fadous représente la communauté libanaise et francophone en Colombie-Britannique à travers de nombreuses activités communautaires | courtoisie
Ruben Goinden, actuellement vice-président de la Société francophone de Maillardville, occupait le poste de trésorier lorsque Chantal Fadous était présidente de l’organisme de 2024 à 2025. « Chantal possède une vraie capacité à fédérer autour d’elle des projets et à mettre en valeur la diversité de la francophonie », précise-t-il.
Alors que le Mois du patrimoine libanais touche à sa fin, celle qui est fière d’être libanaise, mais aussi canadienne et francophone, continue de promouvoir la richesse d’une société plurielle. Elle participe en 2022 au livre Autour d’elles : Récits de femmes avec l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne qui rassemble des témoignages de femmes immigrantes francophones. Elle retrace son parcours du Liban au Canada, ainsi que l’influence qu’elle a apportée à une société canadienne accueillante.
C’est ce que confirme Ruben Goinden, lui-même arrivé en Colombie-Britannique il y a plus de dix ans. « En tant que personne venant de l’extérieur du Canada, son expérience nous a beaucoup aidés. Elle s’est beaucoup donnée à la promotion de la francophonie et au bien vivre-ensemble ».
« Fière de mon parcours, et encore plus de la fierté d’être une maman de deux garçons trilingues élevés avec amour et qui embrassent pleinement dans leur prime jeunesse la diversité culturelle de leur pays », indique Chantal Fadous avec un sentiment d’un défi relevé.
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