Le village de Nakusp pourrait s’ajouter au réseau des centres alimentaires de la Colombie-Britannique (C.-B.) grâce à un financement provincial de près de 72 000 $ accordé au Nakusp and Area Development Board pour en évaluer la faisabilité.
Marie-Paule Berthiaume – Initiative de journalisme local – Journal La Source
Le programme de diversification économique et d’infrastructures rurales compte actuellement douze centres alimentaires régionaux, en activité ou en développement. Créé en 2019, ce réseau appuie la transformation des aliments, la croissance des entreprises du secteur agroalimentaire et l’innovation.
Le ministère de l’Emploi et de la Croissance économique souligne que le projet de Nakusp a été retenu afin de rassembler les organismes locaux autour d’une vision commune. « Une étude de faisabilité est attendue pour le 31 mars 2028 afin de déterminer si un centre alimentaire répondrait aux besoins de la région. Elle servira aussi à guider les investissements futurs. »
D’après le ministère, ce projet permettra de partager des ressources, d’organiser des ateliers et des événements, d’améliorer les relations entre producteurs et acheteurs, de renforcer la distribution alimentaire régionale et de créer de nouvelles occasions pour les entreprises agroalimentaires grâce à l’incubation.
Relier les acteurs
Selon Tammara Soma, professeure agrégée à l’École de gestion des ressources et de l’environnement de l’Université Simon Fraser, les centres alimentaires favorisent l’émergence de systèmes alimentaires durables et locaux.
Tammara Soma, professeure agrégée à l’École de gestion des ressources et de l’environnement de l’Université Simon Fraser | Courtoisie
« Le plus important avec un centre alimentaire, c’est qu’il établit une infrastructure intermédiaire qui relie les producteurs, les transformateurs, les acheteurs et les consommateurs », explique-t-elle.
Elle affirme qu’il n’existe pas de modèle unique. « Certains centres offrent des espaces de transformation ou d’entreposage. D’autres servent de plateformes de distribution ou de lieux de coordination. Leur rôle dépend des besoins de chaque communauté. »
La réussite d’un tel projet repose toutefois sur deux éléments essentiels : un financement stable et un fort ancrage communautaire.
« Les centres alimentaires les plus performants sont ceux à l’écoute de leur communauté, qui collaborent avec elle et qui s’efforcent de comprendre ses besoins. Le financement est également crucial, car une organisation qui doit constamment chercher des fonds pour assurer son fonctionnement ne pourra être pérenne », soutient Tammara Soma.
Briser les silos
Mickey Wojnarowski, président du Nakusp Area Development Board et co-propriétaire du Homegrown Market, travaille depuis plusieurs années au développement du système alimentaire régional, notamment au sein du Kootenay Food Council.
Mickey Wojnarowski, président du Nakusp Area Development Board, copropriétaire du Homegrown Market et membre du Kootenay Food Council | Courtoisie
Il constate que Nakusp et ses environs regorgent d’initiatives alimentaires, mais qu’elles ont tendance à se développer de manière indépendante. « Chaque groupe travaille sur sa propre initiative, ce qui entraîne une fragmentation considérable du secteur. »
Mickey Wojnarowski raconte qu’il a au fil des années remarqué qu’il rapportait beaucoup d’idées inspirantes du Kootenay Food Council, mais qu’il n’avait pas de structure pour les partager dans sa communauté. « C’est à partir de ce constat qu’est née l’initiative Grow Arrow Lakes, qui vise à rassembler des producteurs, des organismes communautaires, des écoles, des entreprises, des élus municipaux et des citoyens afin de mieux coordonner les initiatives en matière d’alimentation locale. »
Créer des liens
Grâce à une subvention initiale de Columbia Basin Trust, Grow Arrow Lakes a déjà recruté une coordonnatrice, Haley Becker, propriétaire de la ferme urbaine Peas and Love à Nakusp.
« Il est essentiel d’avoir quelqu’un qui soit rémunéré pour s’occuper du projet. Son rôle consiste à participer aux réunions régionales, de transmettre l’information aux partenaires locaux et favoriser les collaborations entre les différents acteurs du territoire », affirme le président du Nakusp Area Development Board.
Miser sur les ressources déjà présentes
La première étape du projet consiste pour Grow Arrow Lakes à cartographier les ressources existantes : cuisines communautaires, espaces d’entreposage, équipements, producteurs et organismes déjà actifs.
« L’objectif est d’empêcher la redondance de services et de concevoir un futur centre alimentaire qui renforcera les initiatives existantes. Au fil des discussions, les besoins prioritaires se préciseront. Cela pourrait inclure une cuisine commerciale, un espace de distribution, une serre communautaire ou toute autre infrastructure répondant aux besoins exprimés par les partenaires », indique Mickey Wojnarowski.
L’initiative Grow Arrow Lakes regroupe les acteurs qui contribuent au secteur agricole dans la région de Nakusp et des lacs Arrow | Nakusp Area Development Board
Retrouver une culture alimentaire régionale
Au-delà des infrastructures, l’objectif de l’initiative est de renouer avec l’héritage agricole de la vallée. En effet, avant la construction des barrages hydroélectriques dans les années 1960, la région des lacs Arrow était célèbre pour sa production fruitière et abritait même une station d’emballage.
« On disait que cette vallée allait rivaliser avec l’Okanagan en production fruitière », rappelle Mickey Wojnarowski.
Pour le président du Nakusp Area Development Board, la réussite du projet ne s’arrêterait pas à la construction d’un bâtiment, mais plutôt à sa capacité à mobiliser toute une communauté autour d’une vision commune. « C’est lorsque les gens unissent leurs efforts que les projets progressent véritablement. »
Pour en savoir plus : www.nadb.ca
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