Lancé tout récemment par le Comité FrancoQueer de l’Ouest (CFQO), le projet TransÉquité se donne pour mission de former et de certifier des prestataires francophones de santé en offrant un accès à des soins plus inclusif et sécurisant pour les personnes trans, non binaires et bispirituelles.
Céline Nebor – Initiative de journalisme local – Journal La Source
« La certification TransÉquité donne aux prestataires en santé, le vocabulaire et les connaissances nécessaires pour rendre leurs pratiques inclusives », explique Amélia Simard, chargé.e du projet TransÉquité au Comité FrancoQueer de l’Ouest. « L’objectif est de permettre aux personnes trans, non binaires et bispirituelles d’accéder aussi aux soins en français sans crainte. »
Selon le CFQO, dans les provinces et territoires de l’Ouest, les services de santé en français n’utilisent pas toujours un langage inclusif et il arrive que certaines personnes soient mégenré.e.s.
Amélia Simard, agent.e de développement communautaire et chargé.e de projet | Comité FrancoQueer de l’Ouest
Par ailleurs, la majorité des soins demeure en anglais, ce qui complique l’accès à des services adaptés en français. « Cela oblige souvent les personnes trans, non binaires et bispirituelles francophones à choisir entre leur identité de genre et leur identité linguistique lorsqu’elles vont chercher des soins », ajoute-t-iel.
« Il est effectivement plus difficile de communiquer de manière inclusive, puisque les articles sont soit masculins, soit féminins. Par exemple, même si je souhaite dire “formateurice” de façon neutre, quel article dois-je emprunter : “la” ou “le” ? », souligne Charlie-Rose Pelletier, coordonnatrice des projets en Égalité des genres.
«La première visite chez un prestataire de santé est souvent primordiale pour la suite du suivi, particulièrement pour les personnes issues de minorités de genre, qui peuvent se retrouver dans une situation de vulnérabilité. Une expérience négative chez le médecin peut mettre en danger la vie des personnes qui dépendent de soins d’affirmation de genre, comme par exemple l’évitement ou le retard des soins, le recours à des alternatives non sécurisées pourrait également affecter la santé mentale », indique Amélia Simard.
Une initiative ancrée dans les besoins de la communauté
La mise en place de la certification TransÉquité découle notamment d’un constat. « C’est l’écart observé entre les connaissances sur la pluralité de genre de prestataires de santé en anglais comparé à ceux en français qui nous a interpellés », explique Amélia Simard.
Pour développer cette certification, le CFQO a d’abord consulté les personnes concernées. « Nous demandions aux personnes trans, non binaire et/ou bispirituelles francophones, les raisons pour lesquelles iels ne sont pas allé.s chercher des soins de santé en français », précise Amélia Simard. « C’est l’indisponibilité des services et la peur de subir de la discrimination basée sur l’identité de genre qui reviennent le plus. »
La certification demeure une démarche volontaire. Chaque professionnel peut choisir d’y participer. Charlie-Rose Pelletier fait partie des personnes intéressé.es. « J’ai choisi d’entreprendre la certification pour mettre à jour mes connaissances et apprendre les nouvelles pratiques dans le domaine de la santé et des services sociaux. Il est clair que nous avons beaucoup de réflexes à déconstruire, notamment sur notre communication genrée. »
Le but de la certification TransÉquité est de donner aux prestataires en santé le vocabulaire et les connaissances nécessaires pour rendre leurs pratiques inclusives | Comité FrancoQueer de l’Ouest
Vers des espaces francophones plus inclusifs
Avec cette certification, le CFQO souhaite garantir un accès sécurisant aux soins pour tout le monde sans distinction de genre. « Toutes les personnes francophones de l’Ouest ont droit à des soins en français de qualité, y compris les personnes trans, non binaires et bispirituelles », affirme Amélia Simard.
Charlie-Rose Pelletier, coordonnatrice des projets en Égalité des genres | Charlie-Rose Pelletier
« La formation m’a aidée à utiliser un langage plus neutre, comme par exemple, le terme “allaitement“ au lieu de “donner le sein”. Cela m’aide également à mieux orienter les parents qui visitent le local et utilisent nos ressources », explique Charlie-Rose Pelletier.
« J’ai aussi appris comment les droits des personnes trans et non-binaires sont fragilisés dans certaines provinces. Ce sont des informations qui méritent notre attention pour se mobiliser et comprendre le quotidien des personnes en minorité de genre. », ajoute-t-elle.
Amélia Simard avance que le projet TransÉquité s’inscrit plus largement dans une volonté de renforcer le sentiment d’appartenance des personnes de la diversité de genre, souvent rendues invisibles dans la langue française et, par conséquent, dans les espaces francophones, en particulier dans des contextes exigeant vulnérabilité et confiance comme le milieu médical. Iel souligne, « nos communautés francophones sont pour toustes, peu importe l’orientation sexuelle ou l’identité de genre ».
Charlie-Rose Pelletier recommande la certification aux autres prestataires de soins. « Je pense que cette formation devrait être obligatoire pour offrir des pratiques respectueuses et inclusives. Les apprentissages sont graduels et l’espace est suffisamment sécurisé pour poser ses questions et faire des erreurs. »
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