Les Premières Nations, près de Fort St. James, dans le nord de la Colombie-Britannique (C.-B.)., bénéficient désormais d’un meilleur accès à des soins de santé primaires grâce à l’ouverture du Dadzi Wellness Centre le 29 avril dernier.
Marie-Paule Berthiaume – Initiative de journalisme local – Journal La Source
Le Dadzi Wellness Centre devient le douzième des quinze centres prévus dans le cadre de la First Nations-led Primary Health Care Initiative (FNPCI). Il figure parmi les trois établissements de ce modèle implantés dans le nord de la province qui desservent les communautés autochtones de Nak’azdli, Tl’azt’en et Binche. Ces populations pourront ainsi avoir accès à des soins de santé primaires culturellement adaptés.
Le Centre a vu le jour à la suite d’un partenariat entre l’autorité sanitaire des Premières Nations de la province, la First Nations Health Authority (FNHA), le ministère de la Santé de la C.-B. et plusieurs partenaires dakelh, dont les territoires traditionnels se situent dans les régions du centre nord de la C.-B. Il offrira des soins de santé primaires à plus de 1 250 patients.
Un outil de réconciliation
Crystal French, vice-présidente des opérations régionales du Nord à la FNHA | First Nations Health Authority
Pour Crystal French, vice-présidente des opérations régionales du Nord à la FNHA, l’initiative FNPCI représente un jalon important dans la relation entre les Premières Nations et le système de santé provincial.
« Pendant longtemps, les Premières Nations ont perçu les soins de santé comme quelque chose qui leur était imposé », explique-t-elle. « Aujourd’hui, ces populations sont au centre de la conception des soins de santé et des décisions qui les concernent. »
Selon Crystal French, lorsque les valeurs culturelles des patients sont respectées, ceux-ci sont davantage portés à consulter rapidement le corps médical. « Les systèmes de soins occidentaux mettent principalement l’accent sur les dimensions physiques et mentales de la guérison. Pour les Premières Nations, une dimension spirituelle s’ajoute. »
Une approche holistique des soins de santé
Le modèle du Dadzi Wellness Centre repose sur une approche combinant soins médicaux, santé mentale, soutien communautaire et pratiques traditionnelles.
Donald Prince, directeur des opérations, lors de l’inauguration du 29 avril | Dadzi Wellness Centre
Pour Donald Prince, directeur des opérations du Centre, l’établissement cherche avant tout à offrir un modèle de soins plus humain et enraciné dans les réalités autochtones. « Nous avons toujours eu des façons de traiter les maladies physiques, émotionnelles, mentales et spirituelles. Nous utilisons une variété de méthodes, allant bien au-delà des médicaments qui, souvent, ne font que masquer la douleur sans traiter les problèmes sous-jacents. »
Personnel recherché
Comme plusieurs établissements du nord de la province, le Centre fait face à des difficultés importantes de recrutement. « Nous devrions pouvoir compter sur un total de 17,5 employés, et nous ne sommes que six pour l’instant », explique Donald Prince, invitant les membres de Premières Nations à postuler.
« Nous avons besoin de plus de contrôle sur nos salaires, nos embauches et notre environnement de travail », ajoute-t-il.
Les défis du Nord
Crystal French reconnaît ce sous-financement, jumelé aux nombreux défis des communautés éloignées : pénurie de personnel médical, manque d’infrastructures, logements insuffisants pour les professionnels de la santé et difficultés de connectivité numérique.
« Le principal défi du Centre demeure sa capacité à offrir les services de façon stable et continue. La confiance prend du temps à se bâtir », indique-t-elle en ajoutant que ces enjeux doivent être abordés dans une perspective de réconciliation durable.
Le Centre tente d’éliminer les barrières en matière de soins de santé et à assurer un meilleur suivi des patients, en privilégiant une approche plus souple et personnalisée que celle de nombreuses cliniques conventionnelles. « Ici, les patients peuvent prendre le temps nécessaire avec notre infirmière praticienne spécialisée. Ils aiment que nous les écoutions et que nous cherchions à comprendre leurs besoins en profondeur », soutient Donald Prince.
Un modèle à développer
Du côté du ministère de la Santé de la C.-B., on reconnaît la présence du racisme systémique dans le système de santé provincial.
Le ministère souligne que « la sécurité culturelle consiste à reconnaître et à corriger les déséquilibres du pouvoir en place, à confronter le racisme et la discrimination, tout en continuant de s’attaquer aux effets récurrents de la colonisation, et à créer un espace pour les voix, les systèmes de savoir et le leadership autochtones au sein du système de santé ».
Le gouvernement précise que ce travail s’effectue « dans le respect de la Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones ».
Pour Crystal French, la réussite à long terme de ces centres dépendra toutefois d’un engagement durable du provincial, du fédéral et des institutions de santé. « La réconciliation demande des changements structurels, pas seulement de bonnes intentions. Ces modèles doivent être stables, financés à long terme et pleinement intégrés à la façon dont les soins de santé sont planifiés et livrés dans la province. »
Elle estime également que les centres dirigés par les Premières Nations doivent être reconnus à leur juste valeur dans le réseau de santé de la province. « Les cliniques de soins primaires des Premières Nations sont parfois perçues comme moins crédibles que les autres établissements de santé. Pourtant, elles ont une valeur égale, sinon supérieure, grâce à leur approche holistique. »
Pour en savoir plus : www.dadziwellness.ca
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