Nizar Rebii – Initiative de journalisme local – Journal La Source
Situé dans le quartier de Strathcona, Hogan’s Alley fut le centre névralgique de la vie de la population noire à Vancouver. L’histoire des Noirs de la Colombie-Britannique remonte à 1858, lorsque des pionniers venus de Californie s’installèrent sur l’île de Vancouver. Plus tard, une communauté se forma dans l’East End, autour des porteurs noirs employés par les chemins de fer. Dans les années 1930 et 1940, Strathcona compte environ 800 personnes noires.
Le quartier vivait au rythme de ses commerces, ses restaurants et ses clubs. L’église African Methodist Episcopal Fountain Chapel en était le bastion spirituel. Nora Hendrix, grand-mère de Jimi Hendrix, comptait parmi les fondatrices de l’église et travaillait dans l’un de ces restaurants. Puis Hogan’s Alley a été fragilisé, déplacé, puis effacé au tournant des années 1970, avec la construction des viaducs Georgia et Dunsmuir.
Créée par la BC Black History Awareness Society en partenariat avec le Royal BC Museum, l’exposition jette un coup de projecteur sur la présence noire en Colombie-Britannique. On y retrouve Sylvia Stark, née esclave au Missouri avant de devenir une pionnière de Salt Spring Island. Sa fille, Emma Stark, deviendra la première enseignante noire de l’île de Vancouver.
Josh Robertson: Commissaire et auteur de l’exposition | Courtoisie
Pour Josh Robertson, commissaire et auteur de l’exposition, l’enjeu est aussi de savoir qui raconte cette histoire. Né à Vancouver et héritier d’une histoire familiale marquée par les migrations, il dit ressentir une fierté particulière à participer à une exposition où l’histoire noire est écrite et transmise par des voix noires.
Ces récits, selon lui, ne doivent pas rester enfermés dans le passé. Ils aident à comprendre ce que les générations précédentes ont vécu, mais aussi à trouver des repères aujourd’hui. Il évoque la période de Black Lives Matter, où le souvenir des luttes et de la résilience des pionniers noirs lui a redonné de la force. Comprendre le passé, explique-t-il, aide aussi à se projeter vers l’avenir.
À Vancouver, cette mémoire ne se joue pas seulement dans les salles d’exposition. La Hogan’s Alley Society travaille depuis plusieurs années à faire revenir le quartier dans la ville, non pas comme un simple symbole, mais comme un espace de vie.
Djaka Blais: Directrice générale de la Hogan’s Alley Society | Courtoisie
Sa directrice générale, Djaka Blais, rappelle que l’organisation est en discussion avec la Ville de Vancouver et bénéficie de son appui pour faire avancer le réaménagement du site. Le projet prévoit des logements abordables, un centre culturel noir et des espaces communautaires.
Un premier jalon existe déjà : Nora Hendrix Place, un ensemble de 52 logements modulaires temporaires ouvert en 2019 sur le terrain de Hogan’s Alley. Mais le réaménagement reste à venir.
Pour Djaka Blais, reconstruire Hogan’s Alley ne consiste pas seulement à relever des bâtiments. Il s’agit aussi de réparer une mémoire, de transmettre une histoire perdue et de la rendre à la portée des nouvelles générations. La prochaine étape, ajoute-t-elle, est d’élargir cette réflexion au-delà du quartier historique, pour repenser la place des communautés noires à l’échelle du Grand Vancouver, en matière de logement, de culture et des espaces de rencontre.
Dans ce contexte, une exposition comme Hope Meets Action prend une dimension particulière. Voir les portraits de ces figures pionnières exposées, leur redonner un visage, une mémoire et une place publique constitue déjà une victoire, estime Djaka Blais. Pour elle, ce type d’exposition permet aussi de faire sortir cette histoire du cercle des spécialistes et de la rendre visible à ceux qui ne l’ont jamais apprise.
Selon Josh Robertson, le message aux visiteurs est simple : ces parcours ne sont pas séparés de l’identité de Vancouver. Ils appartiennent à son histoire commune, à sa culture et à son caractère pluriel.
La Hogan’s Alley Society s’apprête à marquer son dixième anniversaire, le 26 septembre. Une étape qui rappelle que cette mémoire vit aussi dans les lieux que la communauté parvient à rouvrir, habiter et transmettre.
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