Nizar Rebii – Initiative de journalisme local – La Source
Alice Terrissol: lauréate du premier prix en Colombie-Britannique du Concours d’art oratoire 2026 | Courtoisie
« J’ai toujours des occasions de faire des discours ou des présentations en anglais, mais en français, c’était ma seule occasion », raconte Alice Terrissol.
Née en France d’un père français et d’une mère chinoise, Alice a grandi avec le français comme langue maternelle. Depuis son arrivée en Colombie-Britannique en 2016, l’anglais a toutefois pris de plus en plus de place dans son quotidien. Même si elle continue à parler français à la maison, les moments où elle peut l’utiliser ailleurs restent limités.
Cette année, quatre élèves de la Colombie-Britannique se sont distingués en juin dernier à Ottawa lors des finales nationales du Concours d’art oratoire de Canadian Parents for French, dans quatre catégories différentes : français de base, programme prolongé/enrichi/avancé, immersion tardive et francophone.
Derrière ces résultats, le français ne raconte pas la même histoire pour chacun. Pour certains jeunes, c’ est une langue apprise à l’école, choisie au fil du parcours scolaire. Pour d’autres, il appartient d’abord à l’histoire familiale et doit continuer à trouver sa place dans un environnement où l’anglais domine largement.
À 17 ans, Adora Chen a remporté le premier prix national dans la catégorie immersion française tardive. Elle a choisi de participer au concours pour retrouver un espace où elle pouvait pleinement s’exprimer en français. « Les occasions d’utiliser le français diminuent en grandissant dans le processus éducatif », explique-t-elle.
Adora Chen: lauréate du premier prix national du Concours d’art oratoire 2026 | Courtoisie
Pour Adora, le français ne se limite plus à une matière scolaire. Il est devenu une manière d’entrer en relation avec une autre partie du pays. « Je ne veux pas avoir une barrière de communication avec une grande partie de la population canadienne », dit-elle.
Elle voit dans le bilinguisme une façon de mieux comprendre les autres et de créer davantage de liens. Aux élèves qui hésitent à apprendre le français, elle conseille surtout de ne pas craindre les erreurs. « Le français et l’anglais sont très similaires, ce n’est pas aussi difficile qu’on peut le penser. Cela permet d’avoir des conversations avec plus de gens », affirme-t-elle.
Le concours lui a aussi ouvert une porte concrète : en plus de la reconnaissance obtenue, elle a remporté un voyage linguistique à Nice, en France.
Le parcours d’Alice Terrissol suit un autre mouvement. Chez elle, le français appartient d’abord à l’enfance et à la famille. Depuis son arrivée en Colombie-Britannique, elle constate toutefois que l’anglais a progressivement pris le dessus. « Je parle beaucoup plus anglais maintenant, donc je suis devenue plus à l’aise dans cette langue », souligne-t-elle.
Son discours de quatre minutes, préparé en une semaine, représentait donc plus qu’un exercice d’éloquence. Il lui permettait de faire vivre publiquement une langue qui reste liée à son histoire.
Pour sa mère, voir sa fille participer au concours et réussir en français représente une grande fierté. Maintenir cette langue loin du pays où Alice est née demande des efforts constants. Cette réussite confirme que le français continue d’occuper une place importante dans son parcours.
Alice y voit aussi un atout pour son avenir. Sa maîtrise du français et de l’anglais lui a notamment permis d’obtenir un emploi dans un centre d’apprentissage.
Alex Hughes: présidente du Conseil d’administration de Canadian Parents for French – Colombie-Britannique et Yukon | Courtoisie
Pour Alex Hughes, de Canadian Parents for French, ces trajectoires montrent que le français en Colombie-Britannique ne se réduit pas à une seule origine, ni à une seule manière de parler. « Tout le monde est à un niveau différent en français. Il y a une multitude d’accents, et parfois même les professeurs sont eux-mêmes issus des programmes d’immersion ou de français langue seconde », indique-t-elle.
L’organisme cherche à valoriser cette diversité plutôt qu’à la hiérarchiser. « Tous les accents sont égaux. Il n’y a pas de bon ou de mauvais accent », insiste-t-elle.
Cette approche vise à créer un sentiment d’appartenance chez les jeunes qui apprennent le français. Selon Alex Hughes, plusieurs élèves de 11e et 12e année souhaitent poursuivre le français à l’université parce que la langue est devenue une partie importante de leur identité.
Pour d’autres participants, le concours représente une première étape : affronter la peur de parler devant un public, accepter de faire des erreurs, puis découvrir qu’ils peuvent être compris et écoutés dans une autre langue. « On veut que les étudiants, lorsqu’ils arrivent en 12e année, se sentent membres de la communauté francophone », ajoute –t-elle.
Le concours rappelle ainsi que la francophonie en Colombie-Britannique ne repose pas seulement sur celles et ceux qui sont nés avec le français. Elle se construit aussi avec des jeunes qui l’apprennent, l’adoptent, ou s’efforcent de ne pas le laisser s’éloigner. Une fois les discours terminés, reste la question la plus difficile : où trouver, au quotidien, assez d’occasions pour continuer à le parler ?
Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.