Basée à Philadelphie pendant la compétition du Mondial, après un an et demi de préparation à Miami, Sandrine Simonnet est responsable d’un groupe de quatre stades pour Host Broadcast Services (HBS), le diffuseur hôte de la FIFA. Pour le journal La Source, elle revient sur son parcours, les défis logistiques de la Coupe du monde 2026 et les coulisses de la télédiffusion d’un événement planétaire.
Quel est votre rôle au sein de cette Coupe du monde ?
Je travaille pour Host Broadcast Services (HBS), le diffuseur hôte de la FIFA. En tant que responsable des opérations de diffusion de site, communément appelé en anglais Broadcast Venue Manager, je suis donc responsable de site pour toute la partie télédiffusion. L’entreprise est implantée dans plusieurs pays, avec une importante entité à Paris et une autre à Miami, créée spécialement pour accompagner la FIFA dans la préparation de cette Coupe du monde.
Quel a été votre parcours avant d’intégrer le monde de la télédiffusion sportive ?
À l’origine, je viens de la logistique. J’ai travaillé dans l’automobile, l’aéronautique et les télécommunications. Ces expériences, qui semblent éloignées de mon métier actuel, m’ont permis d’acquérir des compétences en approvisionnement, en gestion de la chaîne logistique, en négociation avec les fournisseurs, etc.
Je ne connaissais pas du tout le monde de la télévision. Puis une occasion s’est présentée à Vancouver en 2007 : un poste de responsable des approvisionnements et des achats chez Olympic Broadcast Services (OBS). OBS fonctionne de la même manière que HBS, mais pour les Jeux olympiques. C’est ainsi que je me suis réorientée.
Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?
L’énergie, avant tout, ainsi que la diversité des personnes avec lesquelles nous travaillons. Rien que pour la partie télévision, notre équipe actuelle compte 32 nationalités différentes. Ce métier nous permet également de voyager constamment. C’est une véritable vie de saltimbanque. Elle ne convient pas à tout le monde, mais personnellement, elle me correspond parfaitement.
Faut-il nécessairement être passionné de sport pour exercer un travail comme le vôtre ?
Je ne suis pas passionnée de soccer à proprement parler, et je pense que cela m’aide à conserver une vraie distance professionnelle. Les joueurs sont là pour faire leur travail, tout comme nous. Certains collègues côtoient les équipes et les joueurs, mais ce n’est pas ce qui me motive. Ce qui m’importe, c’est de livrer une production solide et de permettre à toutes les personnes qui ne peuvent pas être au stade de vivre la compétition dans les meilleures conditions, depuis chez elles.
À quoi ressemble une journée type, s’il y en a une, pour vous pendant la compétition ?
Il n’y en a pas, et c’est justement ce qui me plaît.
À la veille d’un match, nous suivons notamment les conférences de presse. Les jours de rencontre, nous déployons des caméras partout dans le stade afin de produire le signal international, qui est ensuite retransmis par les diffuseurs détenteurs des droits, comme TSN au Canada ou M6 en France cette année. Ces diffuseurs peuvent également demander des contenus spécifiques. Cela fait partie de mes responsabilités : installer des caméras dans les tribunes, prévoir des plans d’ambiance ou encore filmer l’arrivée des spectateurs.
Cette Coupe du monde étant organisée simultanément dans trois pays, quels sont les plus grands défis logistiques que cela représente pour vous et vos équipes ?
Même si nous cherchons à standardiser nos installations, chaque stade est différent.
En Amérique du Nord, la plupart des enceintes sont conçues pour le football américain plutôt que pour le soccer. Les dimensions des terrains varient donc et nécessitent de nombreuses adaptations. Nous travaillons à partir de plans extrêmement précis afin de déterminer le meilleur emplacement pour chaque caméra. Une fois ces positions validées, nous planifions tout le câblage nécessaire. C’est un travail passionnant, mais aussi particulièrement complexe.
Vous étiez mobilisée lors du match de la France contre l’Irak le 22 juin dernier à Philadelphie. Dans quelle mesure la météo peut-elle compliquer votre mission ?
Les conditions météo ont été particulièrement compliquées. Il a fallu faire preuve de beaucoup de patience. Aux États-Unis, des protocoles très stricts s’appliquent en cas d’orages. Selon la distance des éclairs par rapport au stade, les rencontres peuvent être retardées ou interrompues. Certaines de nos caméras ont également subi les intempéries. Nous attendons qu’elles sèchent complètement avant de remplacer les housses imperméables et de vérifier qu’aucun équipement n’a subi de dommages.
Une Coupe du monde représente-t-elle une pression particulière ?
La pression reste la même, car il s’agit toujours d’un événement suivi à l’échelle internationale. Avec l’expérience, j’ai appris à l’aborder beaucoup plus sereinement. Notre principal enjeu consiste à coordonner les équipes et les nombreux intervenants afin de livrer un beau spectacle.
Quelles sont les qualités indispensables pour exercer votre métier ?
Ce métier demande une grande capacité d’adaptation et beaucoup d’ouverture d’esprit. Avec l’expérience, on apprend à prendre du recul et à choisir les combats qui valent vraiment la peine d’être menés. On parle souvent de ce qui passe à l’écran, mais rarement de tout ce qui se déroule derrière les caméras.
Après une expérience comme celle-ci, quels sont vos prochains objectifs ?
Je pense surtout à faire une pause. Nous fonctionnons beaucoup à l’adrénaline, mais il arrive un moment où il faut aussi écouter son corps.
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