Le documentaire « Si tu as faim, chante, si tu as mal, ris » rend hommage aux vies modestes qui font la grandeur d’un pays

Samuel Rechtman en 2015 regardant à travers sa fenêtre. | Photo par David Beaucaire

« J’invite tous les Français qui veulent rester libres à m’écouter et à me suivre », voici les célèbres mots du Général de Gaulle, prononcés à la radio le 22 juin 1940. Ce discours incarne la résistance contre l’oppresseur, mais, au-delà des mots, l’action concrète des milliers de résistants est ce qui a permis à cet appel de prendre forme. Parmi les visages du combat pour la liberté, la petite histoire se mêle à la grande dans le documentaire Si tu as faim, chante, si tu as mal, ris, produit par Michèle Smolkin et donnant la parole à Samuel Rechtman, un centenaire qui a eu une vie hors du commun et qui a été témoin des changements notables d’un siècle à l’autre.

« Si tu as faim, chante, si tu as mal, ris », proverbe Yiddish.

Samuel Rechtman, l’oncle de Michèle Smolkin, réalisatrice du documentaire de 58 minutes, est né en Pologne en 1914. En 1923, il se réfugie en France avec sa famille et, « à presque 103 ans, il nous livre le récit d’un siècle de grands bouleversements politiques, économiques, technologiques, sociaux et personnels », explique la réalisatrice. Dans ce documentaire, Samuel Rechtman se confie sur « son parcours dans la Pologne de l’entre-deux guerres, le Paris des années 30, et la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle il a été résistant en France ».

À propos de la création de ce documentaire, Michèle Smolkin explique : « ça serait bien de raconter l’histoire de quelqu’un qui a traversé des épreuves assez énormes et qui s’est bien intégré. Il est quelqu’un qui est devenu très Français, qui a combattu pour son pays d’adoption et qui a vécu d’une façon très simple et en même temps avec beaucoup d’humanité et d’authenticité. »

La réalisatrice du documentaire pense qu’aujourd’hui c’est une bonne chose de faire un film « pour montrer le courage et l’amour de la vie malgré les épreuves. D’ailleurs, elle déplore que maintenant, on ait « une très mauvaise image des immigrants, et il y a beaucoup de gens qui ne veulent pas les accueillir », malgré la richesse que cela constitue. Elle rappelle d’ailleurs avec justesse que « même si on a tendance à l’oublier, on est tous des immigrants de quelque part, ou en tout cas la plupart des gens ont des immigrants dans leur famille ou ont émigré un certain temps ».

La petite histoire dans la grande histoire

Michèle Smolkin, la réalisatrice du documentaire « Si tu as faim, chante, si tu as mal, ris » en compagnie de son oncle Samuel Rechtman. | Photo par David Beaucaire

Ce documentaire est « la petite histoire dans la grande histoire », et démontre comment « l’ajout de mille petites vies » peut construire un pays ». Et Michèle Smolkin de commenter que ce serait certainement cela un idéal de société : « une population constituée de gens honnêtes, humanistes et heureux, qui travaillent au bien-être et à la prospérité de tous. »

En termes techniques, le tournage aura duré trois jours. Avec l’âge de Samuel, il fallait que l’enregistrement se fasse de préférence en continu. Ensuite Michèle Smolkin a travaillé sur la post-production et le montage. Le processus a duré plus de deux mois car, contrairement aux documentaires habituels, elle y a intégré des animations et des images d’archives, pour donner une touche artistique et poétique à ce travail hors-du-commun par sa portée universelle qui ne peut laisser personne indifférent.

Des images d’archives complémentent également le documentaire car Samuel Rechtman, tailleur-artisan de métier, était passionné par le cinéma depuis son enfance. « Il a eu très tôt une petite caméra super 8 alors qu’à cette époque-là et dans son milieu, ce n’était pas du tout fréquent », remarque la réalisatrice, avec un sourire dans la voix. Les images d’archives – à la fois celles de la famille Rechtman et d’autres glanées ça et là – tiennent donc un rôle dans ce documentaire.

L’un des grand regrets de Michèle Smolkin est que son oncle ait perdu la vie quelques jours avant que le documentaire soit fini, et qu’il n’ait pas pu en voir le résultat. « Avec ce film, je voulais vraiment rendre hommage à mon oncle, et à travers sa vie, rendre hommage aux vies modestes qui font la grandeur d’un pays ».

Si tu as faim, chante, si tu as mal, ris est actuellement diffusé en France par la maison de production AB et de futures diffusions sont à prévoir à Vancouver et au Canada.

Le documentaire va bientôt rejoindre le circuit des festivals de film pour qu’il, on l’espère, soit vu par le plus grand nombre. Un long-métrage poignant avec un message fort dont il faut suivre l’actualité à tout prix !

 

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