Tentative d’intégration d’une Parisienne pour devenir vancouvéroise

Photo par Aitor Aguirregabiria, Flickr

Fraîchement débarquée (il fait trois degrés) de sa France natale par une matinée d’hiver, la Parisienne, les chevilles gonflées d’orgueil de fouler le sol du nouveau continent ou à cause d’un problème de circulation sanguine attribuable au voyage, la Parisienne, donc, elle change de chaussures. En effet, dès la sortie de l’aéroport, elle se rend vite compte que ses escarpins souffrent de la légère bruine qui tombe du ciel en continu. Finies les déjections canines qui menaçaient ses semelles, mais c’est parce qu’ici, il y a peut-être des ours et des biches mais il ne fait pas un temps à mettre un chien dehors, ni une paire de talons.

Afin de s’adapter à son nouveau milieu naturel, la Parisienne comprend d’instinct qu’il faut adopter la mode de la population locale, en harmonie avec le contexte -humide- de la douche qui tient lieu de pluie. Pourtant ici, pas question de s’abriter sous un petit coin de parapluie. C’est quand il fait soleil, pas très souvent, que fleurissent les ombrelles pour protéger de leurs corolles le teint de porcelaine des Chinoises. Alors oui, la Parisienne commence par une séance shopping, mais c’est pour s’intégrer à la culture de la ville qui l’accueille chaleureusement – si on peut dire.

Sitôt entrée dans le magasin, la Parisienne qui connaissait sa pointure sur le bout des doigts (de pied), qui savait, pour chaque style de chaussures si elle faisait du 36 ou du 36 ½, eh bien, elle ne peut plus compter là-dessus. La Parisienne finit par ressortir dûment chaussée d’une paire de bottes en caoutchouc disgracieuses en taille 6. Dans l’histoire, la Parisienne a perdu trente centimètres de pointure mais aussi de hauteur, marcher à plat, elle n’a plus l’habitude, et au milieu de ces Canadiens immenses, elle se sent comme doit se sentir une Smart entre deux SUV.

Qu’à cela ne tienne, enfin au sec, la Parisienne est prête à affronter de nouvelles épreuves vestimentaires. Ainsi, il va falloir qu’elle troque ses tailleurs – jupe crayon – pour un nouveau style, sans aller jusqu’aux saris qui ornent certaines vitrines du Sunset. Il lui faut des vêtements pratiques, confortables, adaptés à chaque situation. Pour courir par exemple, ou pour faire du yoga, car la Parisienne découvre avec horreur que la Vancouvéroise est sportive, il faut la tenue idoine. Et ça tombe bien, il y a justement une petite boutique locale qui propose des leggings, conçus spécialement. On les porte ainsi, tout en élégance moulante, sans rien d’autre pour paraître moins nue, même pas un kimono dont il y a pourtant de très beaux modèles Downtown. Sur son site Internet, la marque en a d’ailleurs fait sa devise « c’est comme être à poil, mais pas ». Si, un peu quand même.

La Parisienne préfère mettre un jean et l’agrémenter, pour sa première sortie en ville, d’une petite veste noire cintrée, sobre mais stylée. Une paire de bottines, et hop, elle espère ne pas en avoir trop fait, elle voudrait se fondre dans le paysage, devenir une vraie Vancouvéroise, mais la voilà précipitée au milieu d’une forêt de robes décolletées, sur un parterre recouvert de talons aiguille : la Vancouvéroise se pomponne pour sortir.

La Parisienne ne se le fait pas dire deux fois et dès l’invitation suivante, pour la Saint-Patrick chez des Irlandais d’origine, elle revêt une petite robe bustier rouge, assortie à ses talons vernis. Accueillie par la maîtresse de maison qui porte un lutin vert en guise de chapeau, la Parisienne s’empourpre encore quand, pénétrant dans le salon, elle se retrouve entourée de gens tous habillés exclusivement de vert, déguisements loufoques et feuilles de trèfle. Pas de chance.

La Parisienne, c’est moi bien sûr, qui, comme la Coréenne, comme l’Iranienne, revêtirai, le 1er juillet, un t-shirt blanc et rouge avec une feuille d’érable, en vraie Vancouvéroise.

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