Présence francophone – entre burlesque et réflexion

Le PuSh International Performing Arts Festival remonte sur scène pour une nouvelle édition. Depuis le 17 janvier et jusqu’au 3 février, le rendez-vous annuel incontournable des arts de la scène, mêlant audacieusement danse, théâtre, musique et multimédia, dans des productions contemporaines, lève le rideau sur son 15e anniversaire.

Au programme de cette nouvelle édition, 26 réalisations dont six avant-premières mondiales. L’événement sera ponctué d’autres rendez-vous destinés au public et aux professionnels. Cette année sera aussi marquée par le départ de Roxanne Duncan, directrice générale par intérim du PuSh Festival. Mais avant, elle signe sa dernière édition et dresse un bilan dans un communiqué : « Nous avons lancé, en 2003, une série de trois spectacles qui ont attiré 2 500 personnes venues assister à 21 représentations sur trois sites de Vancouver. Le festival inaugural a été présenté deux ans plus tard, en 2005. En 15 ans, le PuSh a accueilli plus de 300 000 personnes venues assister à 366 productions de 30 pays. »

Cette année, 13 d’entre eux seront représentés. Ce n’est pas rien. De quoi faire une petite place à la francophonie. Les 1er et 2 février, Camille Boitel présentera sa pièce L’Homme de Hus, créée en 2003 et rejouée depuis quelques années. Il sera sur la scène du Vancouver Playhouse, dans une création burlesque et extrêmement physique, où les actes les plus simples deviennent les plus compliqués.

Mais en préambule, du 22 au 24 janvier – au 1218 rue Cartwright, Granville Island –, le duo formé par Bertrand Lesca et Nasi Voutsas performera dans Palmyra, deuxième création d’une trilogie avant-gardiste.

Bertrand Lesca & Nasi Voustas interpellent le public

L’un est Français et un peu Anglais. L’autre est Anglais et un peu Grec. Tous deux vivent et travaillent à Londres lorsqu’ils ne sont pas en tournée. Le duo formé par Bertrand Lesca, 29 ans, et Nasi Voutsas, 27 ans, a pris vie en 2015, résultat d’une rencontre fortuite lors d’un festival à Edimbourg. Et c’est dans un contexte d’actualité particulier que les artistes offrent au public leur premier spectacle commun, en 2016, Eurohouse. A ce moment, l’heure est au Brexit. « Nous sommes deux Européens qui collaborons ensemble à Londres et c’est un peu la spécificité de notre duo,» précise Bertrand Lesca. « Notre première création a été présentée au moment du Brexit. La pièce traitait de la crise grecque et de l’Europe, dressant un tableau plutôt morose de cette dernière. Elle a, par conséquent, particulièrement attiré l’attention. » Eurohouse fit ainsi la première d’une trilogie. Palmyra signe le deuxième opus, suivi de One. avec toujours le même procédé. « Notre théâtre cherche à faire réfléchir les gens mais de manière ludique par une grande interaction avec le public, » ajoute-t-il.

Dans Palmyra, qui sera jouée pour la première fois au Canada lors du festival PuSh, les artistes abordent le conflit au Moyen-Orient, de manière imagée, sur scène. C’est de cette manière que se joue toute la force de la trilogie. La pièce débute ainsi : d’un côté, la chaise de Nasi Voutas est intacte. De l’autre côté, Bertrand Lesca tient une assiette cassée… « L’agression de l’un fait que l’autre va rétorquer. Le public va alors être amené à arbitrer, il est pris à partie et doit, au fil de la pièce, se forger sa propre opinion, » commente Bertrand Lesca.« […] Nos personnages symbolisent les forces au pouvoir. Dans le cas de Palmyra, Nasi est le barbare et moi, le soit-disant civilisé qui en appelle à la culture. »

Une manière étonnante d’amener le spectateur à une réflexion globale sur sa vision du monde.

Palmyra a d’ailleurs été sélectionné par le Guardian comme l’un des trois meilleurs spectacles de l’année 2017. D’autres récompenses sont venues saluer l’œuvre, à l’image du Total theatre award for innovation, experimentation & playing with form 2017.

Après le PuSh Festival, la pièce sera présentée à Kelowna, puis aux États-Unis et en Australie avant de poursuivre la tournée en Europe.

Plus d’informations :
Programme complet sur www.pushfestival.ca
Renseignements au 604.449.6000 ou par mail : info@pushfestival.ca

2003–2019 : chronique d’un succès annoncé

Le PuSh International Performing Arts Festival, c’est avant tout l’idée d’un homme, Norman Armour. En 1990, il co-fonde Rumble Productions, aujourd’hui connu sous le nom de Rumble Theatre. Le lieu est désormais un des piliers du théâtre indépendant de Vancouver. Et c’est dans ce cadre, au sein de Rumble, que l’amoureux des arts de la scène s’associe à Katrina Dunn. Ils lancent alors, en 2003, le PuSh International Performing Arts Festival. En 2005, lors du festival inaugural, l’événement comptait un budget de 194 000 $ pour un total de 71 performances et 9 spectacles face à un public d’environ 7 000 personnes. Quinze ans plus tard, ils sont près de 17 500 à être attendus. Le budget a été multiplié par huit pour atteindre 1 700 000 $ et l’événement anniversaire prévoit 150 performances pour 24 spectacles. 2003–2019 : chronique d’un succès annoncé Suite « PuSh Festival » de la page 1 Dans sa programmation 2019, le festival aborde davantage des thèmes liés à l’actualité. La diversité, l’accessibilité et la gratitude seront les fils conducteurs de certaines des œuvres présentées. Parmi les points forts du festival, Kinnalik : These Sharp Tools (du 30 janvier au 2 février – Touchstone Theatre) ou encore Salt (du 24 au 26 janvier – Roundhouse). Ce 15e anniversaire associera également d’autres rendez-vous à la fois destinés au public ou aux professionnels de l’industrie. A l’image du Club PuSh, une plate-forme pour le travail le plus audacieux et expérimental du festival. L’assemblée PuSh, quant à elle, sera consacrée au dialogue, pour les initiés de l’industrie comme pour les amateurs des arts. L’occasion de faire du réseautage, de partager des idées et des points de vue sur les arts de la scène.

Leave a Reply