« Le goût de l’eau » (Michel Rivard)

Au début, ma routine quotidienne consistait à me perdre dans les rues de Vancouver. Si à un moment donné je me retrouvais à demander le chemin à un étranger, je faisais aussitôt appel à Google Maps pour ne pas être plus confus. Mais compter entièrement sur Google Maps n’est jamais une bonne idée et j’ai appris la dure leçon quand je suis arrivé au Canada en 2013.

J’ai atterri à l’aéroport Pearson de Toronto avec toute une liste d’attentes. Même si la plupart d’entre elles ont été réalisées par mes expériences, j’ai finalement appris qu’avoir toutes ces idées préconçues me limitait. J’ai vécu la même expérience lors de mon déménagement à Vancouver. J’ai toujours entendu des compliments sur la beauté de Vancouver et des plaintes sur son coût de la vie. Par conséquent j’avais des attentes bien arrêtées vis-à-vis de cette ville de la côte ouest du Canada, où seules les riches pouvaient résider. Mais j’ai dû cesser de penser que je ne pourrais vivre dans cette ville que dans une autre vie, une vie plus privilégiée. Cette ville qui possède non seulement des lacs et montagnes magnifiques, mais elle fournit également le frisson d’un centre-ville animé mais sans le froid qui glace les os qui fait la renommée du Canada. Bien que je n’aie pas envisagé au départ de déménager à Vancouver, quelque chose dans mon subconscient me poussait à y déménager de façon permanente.

Ayant passé la plus grande partie de ma vie au Koweït, je suis habitué à vivre au bord de l’eau. Vous pouvez passer une journée stressante, mais dès que vous laissez l’eau vous parler, elle a le pouvoir de vous calmer, de vous entraîner et de maîtriser votre tension peu à peu. C’est peut-être ce que je préfère de ma vie ici. Chaque fois que mon esprit est embué ou que je me sens très anxieux, je vais en quête de l’un des nombreux plans d’eau qui entourent la région, je respire et retrouve la lucidité. Peu importe que vous soyez à Vancouver, New Westminster ou même à Delta, vous trouverez toujours de l’eau près de chez vous, c’est la beauté de la vie en Colombie-Britannique.

Cet endroit a une riche histoire qui a été rendue possible par les efforts d’immigrants en quête d’occasions et de ressources. Compte tenu de cela, c’est bien la raison pour laquelle un immigrant comme moi décide de s’installer dans cette partie du monde. Des gens du monde entier viennent à Vancouver et c’est une ville tellement cosmopolite qu’il peut être difficile de trouver des personnes nées ici.

J’ai grandi dans un environnement également très cosmopolite et, dès mon arrivée à Vancouver, cela m’a beaucoup aidé à me sentir immédiatement chez moi. À mon arrivée ici, chaque jour, je me levais, me frottais les yeux et me disais: « Oh mon Dieu, je ne peux pas croire que je suis vraiment à Vancouver ». Cette prise de conscience quotidienne s’est transformée en un sentiment qui s’est lentement dissipé lorsque la réalité est entrée en jeu. Comme toute nouvelle expérience, elle est fraîche et excitante pendant une brève période jusqu’à ce qu’elle devienne finalement familière et claire. J’ai remarqué que les habitants de Vancouver sont repliés sur eux-mêmes et ne sourient pas beaucoup en public. Je ne doute pas que Vancouver est l’une des villes les moins heureuses au Canada, comme le souligne une étude réalisée par Statistique Canada.

Ce que je préfère dans cette ville, c’est son plan réfléchi qui complète l’eau et les montagnes qui l’entourent. Pendant mes premiers mois ici, mes sens étaient bombardés de beauté et je devais souvent m’arrêter juste pour rassembler mes pensées car cela en devenait accablant.

La beauté de cette ville rejoint tout simplement celle de mon imagination : un vrai conte de fées d’enfance.

Traduction par Barry Brisebois

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