« A la recherche d’un nouveau départ »

Je viens d’un endroit très tranquille. C’est une ville mais on se croirait dans un village. Je connais des familles qui habitent les mêmes quartiers depuis des générations. Des grands-parents qui ont fréquenté les mêmes écoles secondaires que leurs petits-enfants. Mon père habite le même quartier depuis son enfance. Ainsi, les gens apprennent à connaître votre famille et votre histoire, et à vous connaître. Ou du moins ils croient vous connaître. Ce n’est pas toujours une mauvaise chose, mais ça me donnait l’impression de ne pas avoir tout le contrôle sur mon histoire.

Un jour, j’ai donc fait mes bagages et j’ai déménagé à Vancouver il y a six mois, à la recherche d’un nouveau départ. Pour moi, cette ville représente un espace privé, qui me permet d’apprendre et de me transformer à mon gré, et d’explorer tout ce qui se trouve autour de moi. Cela représente moins de liens avec ce qui m’est familier et plus d’occasions pour faire face à l’inconnu. Je me sens soutenue et encouragée par cette ville, comme si elle me poussait doucement et que je devais grandir. Et de la meilleure façon possible, je me sens un peu plus anonyme ici, même un peu plus petite. Cela me permet d’observer et d’apprendre tranquillement. À bien des égards, je sens que je gagne en perspective.

Parfois, quand je suis à bord du SkyTrain ou dans un café, je regarde autour de moi et me rends compte que je fais partie d’une minorité. Franchement, en tant que « caucasienne », c’est du nouveau pour moi. Je me rends compte que pendant la plus grande partie de ma vie, j’ai été entourée de gens qui me ressemblent et qui parlent comme moi. Je me demande à quel point cela a coloré mes pensées et mes opinions. J’aime croire que ce n’est pas le cas, mais comme j’ai rarement été consciente de ma propre race je me demande si ça pourrait l’être. Je constate que je dois toujours me rappeler qu’il existe d’autres perspectives que la mienne. Bien sûr, tout le monde n’a pas grandi de la même façon que moi, ne parle pas ma langue maternelle ou ne voit pas les choses telles que je les vois, et j’aime ce sentiment d’humilité que je ressens quand on me le rappelle. J’aime garder cela en tête.

Je croyais qu’il y avait une liste de choses à accomplir dans la vie qui vous permettrait de devenir la personne que vous devriez être, et je me sentais seule chaque fois que je faisais quelque chose qui ne figurait pas sur cette liste. Mais à Vancouver, je ne peux pas m’empêcher de penser que quel que soit votre objectif, votre passion, votre identité, vous pouvez être vous-même. Vous pouvez être différent, la même, unique, nouvelle, tout ce que vous voulez. La culture le suggère et la ville l’encourage. Il y a des universités, des classes, des clubs, des centres communautaires et des espaces de travail collaboratif en réseau qui rassemblent les gens. Vous pouvez être n’importe qui ici et vous ne serez pas seul.

Avant de déménager à Vancouver, les gens m’avaient prévenue que ce serait difficile de se faire des amis car, disaient-ils, les gens ne sont pas très amicaux. Je ne saurais dire si cela est vrai pour les Vancouvérois d’origine car jusqu’à présent, tous les gens que j’ai rencontrés ici sont originaires d’un autre lieu. Et selon mon expérience, toutes les personnes que j’ai rencontrées ont été gentilles, ouvertes et amicales. C’est peut-être le fait que nous partageons l’expérience de nous déraciner et de laisser ce qui nous est familier, ce qui attise la création de liens. C’est peut-être que nous sommes heureux de nous faire plaisir en racontant des histoires de chez nous, de ce que nos familles pensent de notre départ et combien nous sommes excités d’être loin des hivers qui nous sont familiers. C’est peut-être à cause de cette humilité qui découle d’être le petit nouveau. Quelle que soit la raison, il semble y avoir une compréhension mutuelle. Il faut penser que l’aventure que vous vivez peut être aussi isolante qu’exaltante, et les gens que j’ai rencontrés semblent l’avoir compris.

J’entends souvent dire qu’on peut se sentir plus chez soi à Vancouver que dans sa ville natale. Je ne sais pas si j’en suis arrivée là, mais je ne sais pas non plus si je veux un jour de nouveau me sentir « chez moi ». Je me retrouve d’autant plus seule de par cette expérience et en même temps plus reliée à tant de gens qui partagent les mêmes choses que moi. Malgré le tumulte de la ville, j’ai trouvé mon antre. En étant seule, je crée des liens avec les autres et j’ai compris qu’aucun de nous n’est vraiment différent. Et même si mon chez-moi me manque parfois, je ne quitterais pas Vancouver. Je suis heureuse de faire partie d’une ville dans laquelle des gens venus de tous les horizons se sentent chez eux.

 

Traduction par Barry Brisebois

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