Contribution: Pour la sénatrice Mobina S.B. Jaffer « il est temps de mettre fin à la violence liée aux armes à feu »

Après l’adoption le printemps dernier par le Sénat du projet de loi du gouvernement Trudeau sur les armes à feu, la sénatrice de la Colombie-Britannique, Mobina Jaffer, revient sur les témoignages qui ont marqué son passage à la Chambre haute du Parlement du Canada

Le projet de loi du gouvernement C-71, sur les armes à feu, a suscité un débat polarisant, mais important, dans la Chambre du Sénat au cours des dernières semaines. En tant que membre du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense, qui étudie ce projet de loi, j’ai entendu de nombreux témoins parler des répercussions qu’aura ce dernier sur les Canadiens.

Il y a toutefois un témoin dont le témoignage m’a frappé davantage, celui de la Dre Najma Ahmed, coprésidente des Médecins canadiens pour un meilleur contrôle des armes à feu. En tant que chirurgienne en traumatologie et en soins intensifs à l’Hôpital St. Michael’s de Toronto, la Dre Ahmed est témoin des effets de la violence liée aux armes à feu.

Lors de son témoignage en février 2019, la Dre Ahmed a dit qu’elle était de garde le soir de la fusillade de l’avenue Danforth, où trois personnes ont été tuées et 16 autres blessées. Elle a ensuite raconté ce qu’elle a décrit comme une histoire beaucoup plus commune qui se déroule quotidiennement dans les hôpitaux de tout le pays.

« Mercredi dernier, j’ai annoncé à une femme que sa fille âgée de 25 ans était décédée. Elle avait été abattue par son conjoint. C’est la balle qui a traversé son cerveau par derrière qui a causé la blessure fatale. Une fillette âgée de 9 mois était assise sur les genoux de sa grand-mère », a-t-elle dit. « C’était une tragédie évitable. »

La violence liée aux armes à feu, a-t-elle affirmé aux sénateurs, est une « crise de santé publique » que l’on peut atténuer en réglementant davantage l’accès aux armes à feu au Canada.

Le projet de loi C-71 propose six initiatives principales pour prévenir la violence liée aux armes à feu.

L’une de ces initiatives, que j’ai trouvées primordiales, est la vérification des antécédents. À ce jour, un propriétaire d’arme à feu peut se procurer une arme à feu avec un permis de possession et d’acquisition et une vérification des antécédents des cinq dernières années. Avec le projet de loi C-71, les organismes d’application de la loi devraient plutôt examiner toute la vie de cette personne. Il s’agit d’éliminer les personnes ayant des antécédents criminels violents et des antécédents de violence
conjugale.

De nombreux Canadiens de partout au pays m’ont fait part de leurs préoccupations au sujet de la limite de cinq ans. Par exemple, un demandeur pourrait se voir empêcher d’obtenir un permis d’armes à feu parce qu’il a souffert de dépression il y a des décennies. Toutefois, le projet de loi C-71 indique clairement que les infractions et les problèmes de santé mentale tenus en compte pour la vérification des antécédents doivent être accompagnés de violence.

Je suis profondément préoccupée par la violence faite aux filles et aux femmes avec des armes à feu. Le 5 avril 2013, à Bracebridge en Ontario, deux semaines avant d’obtenir son diplôme à l’Université Nipissing, Lindsay Margaret Wilson a été suivie puis tuée par son ex-petit ami dans un meurtre-suicide. Son ancien copain s’est enlevé la vie avec la même arme qu’il a utilisée pour la tuer.

Lindsay se préparait à commencer une maîtrise en travail social à l’Université de Windsor quelques mois plus tard. Son assassin a légalement acquis le permis et l’arme à feu, malgré des arrestations pour trafic de drogue, enlèvement et agression des années auparavant.

Notre système de délivrance de permis et de vérification des antécédents est négligent, il n’aurait pas dû lui faciliter la tâche. Le décès tragique de Lindsay nous rappelle la nécessité pour les organismes d’application de la loi d’examiner toute une vie plutôt que les cinq dernières années. Malheureusement, Lindsay n’est pas la seule victime.

Si vous cherchez en ligne des noms comme Rajwar Gakhal et Mila Yoynova, vous reconnaîtrez ce portrait familier, quoique tragique, de personnes tuées intentionnellement par des membres de leur famille et d’anciens partenaires avec des armes enregistrées légalement.

C’est pourquoi une vérification à vie est cruciale. La vie de ces victimes aurait pu être épargnée.

Le projet de loi C-71 annule des mesures qui ont affaibli le régime canadien de contrôle des armes à feu. Sauver des vies et assurer une meilleure sécurité pour tous, surtout les filles et les femmes, sont les raisons pour lesquelles j’appuie le projet de loi C-71.

La sénatrice Mobina S.B. Jaffer est vice-présidente du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense. Elle représente la Colombie-Britannique.

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