Quelle heure est-il ?


Deux semaines déjà ! Nous sommes passés de l’anormale à la normale. Vous l’avez compris, avec un peu de retard, je parle de l’heure. Elle était avancée, la voilà revenue au bercail : le retour de l’heure prodigue. Rien de plus naturel. Pourquoi faut-il deux fois par an, au printemps et en automne, soit faire marche avant, soit faire marche arrière ? « Ça a pas de bon sens » ne cesse de répéter en fulminant mon voisin qui, deux fois par an, frustré, doit se battre avec les cadrans numériques de ses appareils ménagers. L’horloger du coin, lui de son côté, s’arrache les cheveux en tentant de remettre les pendules à l’heure dans son magasin. L’heure avancée ne nous avance pas : l’heure nous leurre.

Benjamin Franklin serait à l’origine de ce concept qui a priori ne semblait pas démuni d’intérêt. Ce brave monsieur, très ingénieux, fort talentueux, devait souffrir d’oisiveté aigüe lorsque cette idée saugrenue lui vint. Soucieux de réduire la consommation d’énergie il aurait estimé que changer l’heure était une bonne façon d’y parvenir. À son époque, au 18e siècle, peut-être que sa bonne intention avait sa raison d’être.

De nos jours, toutes les explications qui nous sont fournies pour justifier la poursuite de cette coutume ne sont guère convaincantes. À tel point que seulement 20% de la population mondiale s’y plie. Au Canada nous savons que c’est en 1918 qu’une première loi a été passée pour instaurer cette pratique à travers le pays. Le changement d’heure ressort maintenant de la compétence provinciale. La Saskatchewan par exemple est la seule province à ne pas changer d’heure. Le gouvernement de la Colombie-Britannique, faisant preuve d’une grande logique, songe sérieusement à un retour définitif vers l’heure normale.

Nous savons aussi que le changement d’heure serait à l’origine de certains troubles du sommeil chez les personnes les plus vulnérables. Des cas de dépression ont aussi été signalés. Plusieurs journées seraient requises pour récupérer physiquement et mentalement de ces fluctuations de l’heure. Pas de quoi pavoiser en faveur du maintien de cette tradition au Canada.

Qui plus est : pourquoi parle-t-on de passage à l’heure d’hiver quand en fait nous changeons d’heure en automne ? Il en est de même avec le passage à l’heure d’été qui a lieu au printemps. C’est à n’y rien comprendre. Un peu de cohérence ne ferait de mal à personne.

Et pourquoi l’heure avancée dure-t-elle plus longtemps que l’heure normale qui va du premier dimanche de novembre jusqu’au deuxième dimanche de mars ?

Le changement d’horaire peut aussi provoquer quelques incidents. J’en veux pour preuve un pépin dont je fus personnellement victime il y a quelques années de cela.

Très tôt un matin de novembre je devais emmener mon fils à son match de hockey à Richmond. Par je ne sais quel mauvais calcul de ma part nous étions très en retard pour nous rendre à la patinoire. J’ai cru bon, les routes étant désertes, d’appuyer à fond sur l’accélérateur, faisant fi de la limite de vitesse signalée. Ce qui devait arriver arriva. Une voiture de la GRC, placée en embuscade, m’attendait au tournant qui n’était en fait, ni plus ni moins, qu’une longue ligne droite comme il en existe tant à Richmond. L’agent m’arrêta, très poliment me demanda mes papiers que je lui remis piteusement. Il me demanda les raisons de mon empressement. Je lui expliquai que nous étions en retard pour le match de hockey de mon fils et que je n’étais pas certain de connaître le lieu exact de la patinoire où il devait jouer. Il me demanda à quelle heure le match devait commencer. Je lui indiquai l’heure. Il fit une grimace, légèrement amusé, me regarda sourire aux lèvres pour finalement me dire qu’il me restait encore une heure avant le début de la partie. Il m’apprit, je dois vous paraître idiot, qu’au cours de la nuit nous étions passés à l’heure normale et que je n’avais aucune raison de me presser. Indulgent, j’ai dû lui faire pitié, il me fit quelques remontrances mais ne me donna pas de contravention. Je le remerciai et lui demandai combien de temps cela me prendrait pour arriver à la patinoire. « Normalement une vingtaine de minutes mais à l’allure où vous alliez, si vous ne vous faites pas prendre, tout au plus cinq minutes » me dit-il d’un air moqueur. Je fus chanceux, j’étais tombé sur un comédien contrarié qui n’avait aucune raison de poursuivre sa carrière au sein de la Gendarmerie royale.

Pour ma part, depuis, j’ai appris ma leçon lorsqu’arrive le temps de changer l’heure. Je suis sur mes gardes mais je dois avouer que cela faciliterait ma vie si nous revenions une bonne fois pour toute à l’heure normale. Eh oui ! Quoi de plus normal ?

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