Toutes les couleurs de Vancouver

J’ai connu plusieurs latitudes et sociétés multiculturelles, à commencer par mon île d’origine. Je viens d’une terre du métissage, l’île de la Réunion. La diversité est pour moi naturelle. Je me suis toujours sentie un peu à l’étroit, mal à l’aise, dans des sociétés mono-culturelles. Il a fallu que j’explore différentes contrées, toujours en quête d’un équilibre dans des sociétés post-coloniales, des sociétés brillamment plurielles enfantées dans la douleur mais d’une richesse infinie.

De façon très humble, je suis un peu une exploratrice. Comme beaucoup d’autres, j’ai surfé sur la vague des
visas pour jeunes, permettant de découvrir un pays, le fameux Permis-Vacances-Travail(PVT). J’ai toujours aimé regarder les cartes, suivre les contours et les frontières comme on apprécie une sculpture.

Le nuancier de la nature

Ça ne fait que quelques mois que je suis là mais je remarque ici mille nuances. On m’avait prévenue pour la pluie mais je découvre bien plus qu’une bruine, qu’un plic-ploc. Je découvre une ville très artistique, avec une large palette de couleurs, de dégradés et de pastels, de grands ciels, tous les verts, tous les bleus, tous les rouges, orangés et jaunes et surtout tous les gris. Chaque couleur est elle-même déclinée en plusieurs, comme un arc-en-ciel qui apparaît lorsque la lumière passe au-travers des gouttes de pluie.

C’est le souffle de l’amour qui a poussé ma voile et m’a menée ici. J’ai suivi mon homme et me voilà aux portes du Pacifique, à nouveau. Je l’avais connu de l’autre côté, en Australie et je reviens graviter autour de lui, dans le même objectif, celui de trouver la paix.

« Van », pour les intimes, c’est une drôle de peinture. Étrangement, les pastels et les gris flamboient dans le ciel. Mais tout s’apaise, comme me l’a dit un Vancouvérois, au crépuscule. Comme si, après une journée effrénée, tout fusionnait dans ces tons pêche, dans cette lumière dorée qu’on voit sur la rive Nord, ce reflet dans les fenêtres.

J’ai vécu dans d’autres villes et bien qu’il soit agréable de se laisser bercer par les premières impressions, j’ai toujours voulu découvrir l’autre visage des lieux, la beauté du quotidien,l’insoupçonnable élégance de la routine, l’ordinaire magnifié d’un lieu. Comment se blaser d’une virée en Seabus, d’une navigation qui ne sera jamais la même ? Bien sûr, il me faudra, comme tout le monde, du temps pour pénétrer le cœur, connaître les secrets, saisir les tripes, cerner la personnalité et enfin, comprendre l’âme des lieux.

Un parapluie à l’image de Vancouver.

Le contraste de l’humanité

La nature offre une gamme de couleurs très complète. En revanche, en ville, la palette se réduit aux couleurs primaires : celles des enseignes, toujours bleu et/ou rouge et/ou jaune. Ces couleurs sont si franches et brutales, comme une opposition à la nature, une violence tout particulièrement humaine sinon sociale.

Le contraste est chromique mais aussi économique. Il y a quelque chose qui m’a terriblement frappée en arrivant à Vancouver : l’errance. Les yeux hagards des pauvres, les délires des hallucinés, le désespoir de la pauvreté et de la précarité mentale. De plus, le passage de la lumière à l’ombre s’effectue en l’espace d’un claquement de doigts, au coin même de la rue. Évidemment, je m’interroge toujours sur la racine de ces maux. Qui peut s’habituer à la brutalité de l’écart entre riches, très riches et pauvres dans un pays si développé ?

Vancouver se donne pour mission de célébrer la diversité et la différence avec le respect comme étant son socle. Il y a aussi une intéressante gamme d’habitants, de nationalités, de langues entendues, d’enseignes écrites dans des alphabets sibyllins dans la rue. On m’a principalement évoqué la réputation de capitale internationale d’apprentissage de l’anglais, mais Vancouver est agréablement plus cosmopolite que les brochures.

Ce que j’ai vraiment trouvé d’intéressant à Vancouver lors de ces premières observations concerne la francophonie. C’est un concept qui m’a toujours séduite, que j’ai étudié, que j’aime explorer mais jusqu’à présent, il m’a été difficile d’en trouver une application concrète, un équilibre entre les langues. Vancouver me semble être un terrain propice à un développement de cette dernière, l’espoir d’un essor, comme en témoigne l’écriture de cet article dans un journal bilingue.

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