La Journée internationale des femmes et des filles de science

Célébrée le 11 février, la Journée internationale des femmes et des filles de science est destinée à promouvoir leur accès et leur participation pleine et équitable à la science. Selon les données de l’UNESCO, moins de 30% des chercheurs dans le monde sont des femmes et environ 30% seulement des étudiantes choisissent des domaines liés aux STEM (Sciences, Technologie, Ingénierie, Mathématiques) dans l’enseignement supérieur.

Pourquoi et comment y remédier ?

Une inégalité flagrante

À l’échelle mondiale, le taux de scolarisation des filles est particulièrement faible dans les domaines des STEM. Ces compétences sont pourtant la base des catégories d’emploi à la croissance la plus rapide. Ronel
Alberts, directrice affiliée au sein de la Société pour les femmes canadiennes en science et technologie (SCWIST) et experte informatique à la carrière riche de deux décennies dans le domaine de la technologie, témoigne.

Ronel Alberts, directrice affiliée au sein de SCWIST.

« Soixante-cinq pour cent des enfants qui entrent à l’école primaire aujourd’hui auront des emplois qui n’existent pas encore, » précise-t-elle. « Cela signifie donc que notre avenir, qui est déterminé par l’innovation technologique, est essentiellement STEM. Nous faisons face à un problème où plus de la moitié de la population (car les femmes représentent 51 % de la population canadienne) n’est pas en mesure de faire partie de l’avenir. »

Un constat partagé par Catherine Li, 28 ans, développeuse web et mentor dans une école de formation au code informatique.

Catherine Li, mentor dans une école de formation au code informatique.

« C’est évident. Vous allez dans n’importe quelle équipe de développement informatique, et il suffit de regarder autour de vous : Il n’y a que des hommes, » dit-elle.

Fanny Lemarié, 30 ans, post-doctorante à l’Université de la Colombie-Britannique où elle étudie la maladie de Huntington, fait elle aussi l’observation d’un manque de diversité.

Fanny Lemarié, post-doctorante à l’Université de la Colombie-Britannique.

« En recherche scientifique, j’ai eu beaucoup de collègues féminines, mais en général les positions les plus élevées qui dirigent les laboratoires sont occupées par des hommes, » partage-t-elle.

Un tuyau qui fuit

L’analogie du tuyau qui fuit (leaky pipeline) se réfère, comme l’explique Mme Alberts, aux femmes qui entrent en STEM et aux différents obstacles qu’elles rencontrent et qui les amènent, progressivement au cours de leur vie, à s’en éloigner : « Cela commence à un très jeune âge, » souligne-t-elle. « Des recherches démontrent que les filles et les garçons ont un intérêt égal pour les activités liées aux STEM, puis deviennent un peu plus âgés et commencent à rencontrer les premiers obstacles. Les garçons seront par exemple encouragés à jouer dehors, à grimper aux arbres, à ramasser des insectes et ce genre de choses, tandis que les filles commenceront à jouer à la poupée. »

Au cours des études secondaires d’abord, puis universitaires, les jeunes filles abandonnent alors progressivement les domaines STEM, notamment du fait d’un manque de représentation.

« Beaucoup de femmes ne se sentent pas assez intelligentes », explique Mme Li. « C’est un cercle vicieux : peu de femmes poursuivent ces carrières et, de fait, peu de femmes sont tentées de suivre le pas. J’ai l’impression que cela arrête beaucoup de femmes dans leur ambition de poursuivre un intérêt pour l’informatique. Toutes leurs amies sont dans d’autres classes, d’autres programmes, et ça compte beaucoup lorsqu’on a 18 ou 19 ans. »

De son côté, Fanny Lemarié en a fait l’expérience plus tard.

« Je n’ai pas eu l’impression de ressentir de différence dans mes études où nous étions une majorité de filles, » témoigne la post-doctorante. « C’est plutôt maintenant que je sens la pression de choisir entre me concentrer sur ma carrière ou fonder une famille. »

En effet, note Ronel Alberts.

« Prendre un congé maternité dans le domaine de la technologie, c’est comme si un tout nouveau cycle technologique était passé ! Vous revenez au travail et vos collègues masculins ont pris de l’avance sur vous, » commente l’experte en informatique.

Avec un impact dans le recrutement, comme le remarque Mme Lemarié.

« À l’embauche, pour un chercheur masculin, le fait d’avoir une femme et des enfants ne sera jamais tenu en compte. Pour une femme, c’est clairement un désavantage, » dit-elle.

Notre futur est STEM

« Pour parvenir à une main-d’œuvre plus diversifiée, nous devons d’abord examiner les obstacles à l’entrée dans les domaines des STEM » remarque Vienna Chichi Lam, ancienne directrice de l’engagement des jeunes à SCWIST et doctorante en criminologie. « Je pense que le manque de représentation dans les médias joue un grand rôle dans la façon dont nous percevons ce qui est possible, surtout pendant nos années de formation. »

Vienna Chichi Lam, ancienne directrice de l’engagement des jeunes à SCWIST.

D’après une étude réalisée par l’institut Geena Davis intitulée Gender Bias Without Borders (Préjugés sexistes sans frontières) en 2015, seulement 12% des personnes montrées à l’écran dont le travail relevait des domaines STEM étaient des femmes.

« Pallier à ce manque de représentation est l’un des objectif de SCWIST, dont la mission est d’aider toutes les filles et les femmes à surmonter les obstacles pour s’intégrer et s’épanouir dans les domaines STEM, » explique Ronel Alberts.

Depuis 39 ans, l’association met en place des initiatives comme Ms. Infinity, un programme qui propose aux jeunes filles des possibilités de carrière et des modèles féminins positifs dans le domaine des sciences et de la technologie au moyen d’une variété d’ateliers, de programmes de mentorat et de bourses.

Ce programme, auquel Vienna Chichi Lam a consacré plus de 800 heures en 2019 en tant que directrice de l’engagement des jeunes, fait partie des initiatives qui, selon elle, peuvent faire une différence pour les filles en STEM : « Je n’avais jamais rencontré de scientifiques avant d’entrer à l’université et je croyais que les STEM étaient réservés aux étudiants privilégiés. Si j’y avais été exposée plus tôt et si j’avais été informée des systèmes de soutien en place, je pense que j’aurais fait le saut beaucoup plus tôt, » explique-t-elle.

Mais elle demeure optimiste.

« Grâce à des initiatives comme la Journée internationale des femmes et des filles dans la science des Nations Unies, je crois que nous pouvons changer la perception de ce qui est possible dans l’esprit de nos jeunes, »
conclut Mme Lam.

Journée internationale des femmes et des filles de science : www.un.org/fr/events/women-and-girls-in-science-day/

Society for Canadian Women in Science and Technology : www.scwist.ca

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