La fête du Canada, miroir de l’évolution identitaire des Canadiens

C’est un bel après-midi ensoleillé. Dans les parcs d’Ottawa, les gens font des pique-niques ou jouent des parties de cricket. À Québec, les habitants quittent la ville pour se rendre au bord de l’eau et fuir la chaleur et la poussière. C’est le 1er juillet 1879 et pour la première fois depuis 1867, l’année de la Confédération, on célèbre officiellement en tant que jour férié national « l’anniversaire de la Confédération », dorénavant connu sous le nom de « fête du Dominion ».

Six semaines auparavant, « l’Acte pour faire du premier juillet un jour de fête publique » avait reçu la sanction royale. Tel que l’explique Matthew Hayday, professeur à la faculté d’histoire à l’Université de Guelph en Ontario, cette proclamation met fin à plusieurs années de discussion dans la Chambre des communes et au Sénat pour faire du 1er juillet un jour férié. Pourtant, des célébrations communautaires remontent à la toute première année après la confédération.

« Des feux de joie, des feux d’artifice, des compétitions sportives, des pique-niques; c’était le genre d’activités qui avaient tendance à être organisées et c’était surtout des activités au niveau communautaire ou au niveau de la ville », affirme l’historien. Matthew Hayday ajoute que la raison pour laquelle ce n’est qu’en 1879 que le jour devient un jour férié, c’est « parce que quand des projets de loi avaient été déposés à la Chambre des communes et au Sénat pour proposer d’en faire un jour férié, il y avait eu de l’opposition. Il y a des tensions à ce sujet dans des provinces qui n’étaient pas vraiment satisfaites de la façon dont elles étaient traitées dans la confédération ou à cause des promesses pas encore tenues ».

Le rôle du gouvernement fédéral

Si les festivités au niveau communautaire continuent à chaque année, ce n’est qu’en 1927, lors du 60e anniversaire de la Confédération, que le gouvernement fédéral propose pour la première fois des célébrations officielles à Ottawa et dans le reste du Canada.

« Le gouvernement fédéral n’a pratiquement rien fait pour la fête du Dominion jusqu’à la fin des années 1950 » affirme Matthew Hayday. « Il y a une exception à cela et c’est 1927 qui est le 60e anniversaire de la confédération. Ils n’ont rien fait pour le 50e à cause de la Première Guerre mondiale. Donc, en 1927, il y a ce grand événement du Jubilé de diamant, puis plus rien jusqu’à la fin des années 1950 », explique-t-il. Les célébrations de 1927 consistent en un grand spectacle dans la ville capitale et une émission de radio diffusée simultanément dans 23 stations d’une côte à l’autre du pays.

En 1957, le gouvernement de John Diefenbaker commence à évaluer le rôle du gouvernement fédéral dans la célébration de la fête du Dominion et en 1958 le Canada fête ensemble le 1er juillet après plus de 30 ans. Cette fois-ci, Matthew Hayday explique : « Les téléspectateurs de la Société Radio-Canada et de la CBC ont vu la première émission de télévision diffusée simultanément à l’échelle nationale dans l’histoire du Canada ».

Une quête identitaire

À partir des années 60, le gouvernement fédéral utilise la fête du Dominion pour promouvoir une identité nationale, mettant d’abord l’accent sur le multiculturalisme. Matthew Hayday explique que « le multiculturalisme fait partie des célébrations des années 60 avant de devenir officiellement une politique. Mais en fait, fondamentalement, ce qu’ils font dans les années 60 c’est de se préparer pour le centenaire en 1967 ».

En effet, en 1967 le centenaire du Canada est célébré partout au pays, l’Exposition universelle de 1967 à Montréal et la visite de la reine Elizabeth II étant deux des événements les plus importants des festivités.
Or, après le centenaire, on voit un déclin dans la popularité des événements télévisés chaque année et, en 1976, il n’y a aucune célébration nationale. L’élection du Parti québécois, un parti séparatiste, au
Québec la même année donnera un nouvel élan aux célébrations. « La fête du Dominion est donc mobilisée comme un outil pour l’unité nationale », explique Matthew Hayday.

Le bilinguisme, ainsi que la participation des Inuits, des Métis et des Premières Nations du Canada sont aussi
des composantes importantes de la fête depuis les années 60. « Il y a toujours une présence francophone et ils essaient toujours de s’assurer que cela ne se limite pas au Québec » note Matthew Hayday.

En 1982, la fête du Dominion devient officiellement la fête du Canada, un changement proposé dans la Chambre des communes. L’évolution des célébrations continuent avec Canada 150 en 2017, année qui invite des profondes réflexions au sujet du processus de réconciliation avec les autochtones. Caroline Czajkowski, de Patrimoine canadien, affirme que cela demeure une priorité dans le cadre des célébrations : « Depuis 2017, Patrimoine canadien s’est efforcé d’assurer une plus grande collaboration avec les Premières Nations, les Métis et les Inuits. Les célébrations de la fête du Canada 2018 et 2019 ont été lancées avec la bénédiction algonquine des terres et une cérémonie sur la colline du Parlement ».

En 2020, la pandémie amène un nouveau défi à la fête annuelle. Cependant, les Canadiens pourront encore célébrer ensemble par l’entremise des activités en ligne proposées par Patrimoine canadien, car tel que l’affirme Caroline Czajkowski : « À une époque comme celle-ci, il est plus important que jamais que nous nous réunissions d’un océan à l’autre pour célébrer notre histoire et notre culture ».

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