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le Lundi 22 juin 2026 23:32 A la Une

Des festivals conviviaux réinvitent l’expérience musicale au cœur des forêts de la province

La nouvelle édition du ValhallaFest se tiendra du 26 au 28 juin à Terrace, BC. | Photo de ValhallaFest
La nouvelle édition du ValhallaFest se tiendra du 26 au 28 juin à Terrace, BC. | Photo de ValhallaFest
Des festivals conviviaux réinvitent l’expérience musicale au cœur des forêts de la province
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Dans les forêts profondes du nord et du centre de la province, deux festivals incarnent une même philosophie de la musique indépendante : celle de l’ancrage local, de la communauté et des expériences à taille humaine. À Horsefly comme à Terrace, Arts on The Fly et ValhallaFest dessinent deux modèles distincts mais complémentaires de la culture festivalière rurale. L’un intimiste et familial, l’autre immersif et nocturne, mais tous deux profondément liés à leur territoire.

À Horsefly, petite communauté rurale entourée de nature, Arts on The Fly prépare sa prochaine édition, prévue les 10 et 11 juillet. Fondé en 2006 par un groupe de mères de famille souhaitant apporter davantage d’arts et de musique à leur petite communauté, le festival avait aussi pour ambition de mettre en valeur la beauté de la région et son importance dans l’histoire du Cariboo. Au fil des années, l’événement a grandi, tout en conservant une identité locale forte.

« C’est un petit festival qui a vraiment un esprit communautaire », explique Trista Janelle Bassett, directrice générale depuis janvier. « Les gens reviennent chaque année. C’est un événement très fréquenté et très soutenu. » Le festival affiche complet chaque année avec environ 500 billets vendus, attirant principalement un public régional et local.

Nouvellement arrivée à la direction du festival, Trista Janelle Bassett privilégie la continuité. « C’est surtout une année de prise en main. On reste sur le statu quo, on continue comme l’an dernier tout en essayant d’améliorer les infrastructures », précise-t-elle, le conseil d’administration ne souhaitant pas une croissance du festival afin de préserver sa taille actuelle. Derrière cette atmosphère détendue se cache un travail de sélection rigoureux suite aux 98 candidatures reçues cette année.

« Chaque fin de semaine, nous nous réunissions pendant environ deux heures pour écouter et regarder les vidéos de tous les artistes ayant postulé », raconte la directrice générale du festival. Le processus est long et collectif. Au final, 28 groupes ont été retenus.

La programmation reflète une volonté d’éclectisme assumé : surf punk, formations rock, projets plus doux ou expérimentaux. Parmi les artistes sélectionnés, des groupes comme Falcon Schmalk et Blackberry Wood se distinguent par leurs performances énergiques et leurs arrangements cuivrés.

L’objectif est de créer une progression naturelle sur les deux journées, en partant de performances plus calmes pour évoluer vers des concerts plus dynamiques en soirée. Cette montée en intensité contribue à l’identité du festival : un rythme doux, adapté au cadre de camping et à la vie en plein air.

Une forêt transformée en installation artistique

À plusieurs centaines de kilomètres au nord, à Terrace, un autre type de festival s’est développé dans un environnement bien plus sauvage. ValhallaFest, festival de musique électronique dans des conditions presque improvisées, au cœur des forêts enneigées de la région.

« Notre première année, c’était 2018, mais l’idée remonte à bien avant », raconte Jordie Laidlaw, directeur des arts et opérations du festival. À l’origine du projet, Ray Pederson, propriétaire du terrain, rêvait d’y organiser un rassemblement musical. Pendant plusieurs années, l’idée mûrit, avant que Jordie
Laidlaw et son épouse Erinn McPherson ne rejoignent l’aventure, forts de leur expérience dans la construction d’installations artistiques, notamment à Burning Man.

Le premier repérage du site donne le ton. « On a dû faire de la raquette en pleine nuit, sans lumière, avec deux pieds de neige. C’est comme ça qu’on a choisi l’emplacement de la piste de danse, en cherchant un coin plat au milieu de la montagne », se remémore Jordie Laidlaw. Niché sur le flanc d’une montagne, entouré d’arbres immenses, il n’offrait au départ aucune infrastructure. « On a dû tout créer : les stationnements, les zones de camping, les chemins. Absolument tout », poursuit le directeur.

Avec les années, cette contrainte est devenue une signature esthétique forte. Le festival se déploie aujourd’hui dans une forêt dense, transformée par des kilomètres de lumière et d’installations. « On a environ cinq kilomètres de lumières suspendues dans la forêt. Il y a des petits détails un peu partout, ajoutés année après année », explique Jordie Laidlaw.

Dans une région dominée par les festivals folk ou rock, l’événement se distingue aussi par son identité musicale. « On est le seul festival de musique électronique dans un rayon d’environ 1 000 kilomètres. Ici, la musique joue toute la nuit, avec une production très poussée, du son professionnel et même des lasers qui nécessitent des autorisations fédérales », décrit-t-il.

Malgré son isolement géographique, le festival attire un public de plus en plus large. Une croissance qui reste toutefois maîtrisée. Pour Jordie Laidlaw, l’objectif n’est pas de devenir un géant. « On veut rester intime. On va peut-être augmenter la capacité de quelques centaines de personnes chaque année, mais je ne veux pas dépasser quelques milliers. L’expérience serait différente ». Cette philosophie rejoint celle d’Arts on The Fly : privilégier l’expérience plutôt que l’expansion.

Au-delà de la musique, c’est surtout l’esprit du lieu qui marque les esprits. « Beaucoup de gens n’avaient jamais fait de festival avant de venir ici. Pour certains, c’est une expérience vraiment transformative. On a même reçu des lettres de personnes qui s’y sont rencontrées et qui ont depuis fondé une famille », assure le directeur.

Dans cette région du Nord, où se croisent travailleurs forestiers, opérateurs, artistes et environnementalistes, le festival agit comme un point de convergence inattendu. « C’est une communauté très diverse qui se crée, et qui dépasse les groupes habituels. »

Arts on the Fly aura lieu les 10 et 11 juillet prochains à Horsefly, BC. | Photo d’Arts on the Fly

Reste que l’organisation d’un tel événement en région éloignée pose des défis constants. Entre les coûts logistiques, les distances à parcourir pour le matériel et la dépendance aux financements publics, l’équilibre reste fragile. « Si on oublie un équipement, c’est plus de cinq heures de route. Tout coûte plus cher ici », ajoute-t-il.

Qu’ils soient nichés dans une forêt enneigée ou installés sur un terrain de camping rural, Arts on The Fly et ValhallaFest incarnent une même idée : celle de festivals qui refusent la croissance à tout prix. Loin des grandes structures commerciales, ils privilégient l’expérience, la communauté et l’ancrage local. Deux visions différentes mais qui dessinent ensemble un paysage culturel singulier au cœur de la Colombie-Britannique.

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