À South Vancouver, la maison de quartier joue un rôle central dans la vie du quartier. Elle rassemble habitants, bénévoles et équipes autour de programmes adaptés aux besoins de la communauté et favorise le lien social au quotidien.
« Ce que je dirais à propos des maisons de quartier, c’est qu’elles sont intergénérationnelles », affirme Mimi Rennie, directrice de la maison de quartier de South Vancouver. Pour elle, ce lieu dépasse largement le simple cadre d’un centre communautaire. « Mes enfants ont grandi avec cette structure. Ils ont participé aux activités, fait du bénévolat. Mon beau-père y jouait le rôle du Père Noël, et mon mari celui d’un elfe. Aujourd’hui, il fait du bénévolat avec notre responsable des programmes autochtones. Il y a ici beaucoup d’histoires comme celles-ci. »
La maison de quartier de South Vancouver fait partie d’un réseau associatif plus large en Colombie-Britannique, qui conserve tout de même sa propre identité. « Les maisons de quartier sont, selon moi, le salon de la communauté, poursuit la directrice. C’est une seconde maison pour tous. Tout le monde est accueilli et accepté. »
Parmi celles et ceux qui incarnent cet esprit, Stephanie San en est un exemple parlant. Aujourd’hui responsable des communications, elle a grandi au sein de la maison. « J’ai commencé ici comme bénévole quand j’étais au secondaire, entre 2013 et 2018 », raconte-t-elle. Une première expérience qui la plonge dans la vie communautaire et lui permet de comprendre les besoins des habitants. En 2019, elle est embauchée à l’accueil, avant d’évoluer vers son poste actuel en 2021, après la pandémie. « J’ai vu le centre avant les rénovations, avant les nouvelles couleurs… ça a beaucoup changé. »
Ici, les programmes ne sont pas imposés : ils naissent des besoins exprimés par les habitants. « Notre objectif est de répondre aux besoins du quartier », insiste Mimi Rennie. Contrairement aux centres communautaires traditionnels, où les activités sont souvent payantes et définies à l’avance, les maisons de quartier privilégient l’accessibilité et l’adaptation. Les activités sont gratuites ou à faible coût, et offertes dans plusieurs langues.
L’approche se veut horizontale : « Nous avançons aux côtés de la communauté, ni devant ni derrière. Nous ne cherchons pas à imposer, mais à écouter. Sinon, les programmes ne fonctionnent pas », affirme la directrice. Dans un quartier où environ 86 % des résidents sont issus de communautés racisées, cette approche est essentielle. « Nous valorisons les identités culturelles, les langues et les histoires individuelles », souligne-t-elle.
Un ancrage local qui dépasse les murs
Mais l’action du centre ne s’arrête pas à ses murs. « Nous intervenons dans de nombreux espaces : écoles, parcs, centres communautaires », explique
Stephanie San. « À South Vancouver, nous avons environ 16 sites. Nous allons vers les gens, plutôt que de les attendre. »
Cette présence de terrain permet d’aller à la rencontre d’un public plus large et de mieux comprendre ce qu’il faut. « Nous recueillons les besoins de plusieurs façons : enquêtes, discussions informelles, échanges en groupe, mais aussi provenant d’autres organismes communautaires », précise Mimi Rennie. « Par exemple, nous avons constaté que les hommes étaient peu accompagnés dans certaines problématiques, notamment liées à la violence familiale. Nous avons donc développé des programmes pour les pères et les hommes.
Les bénévoles sont au cœur du fonctionnement du centre : ils étaient 675 l’an dernier, des jeunes comme des aînés. La proximité avec les écoles secondaires favorise l’engagement des plus jeunes, qui trouvent ici un espace d’apprentissage et de socialisation.
Mimi Rennie et Stephanie San travaillent chaque jour main dans la main à la maison de quartier de South Vancouver. | Photo par Lauren Théodet
« Même si je suis directrice de la maison, je me considère avant tout comme membre de l’équipe », rappelle Mimi Rennie. « Il n’y a pas de hiérarchie rigide : chacun joue un rôle essentiel. »
C’est une vision que partage Stephanie San. « Quand j’ai commencé ici, Mimi m’a demandé de créer un organigramme », raconte-t-elle. « Elle l’imaginait déjà comme un arbre. » Dans cette métaphore, les racines représentent la gouvernance : financement, comptabilité et liens avec les réseaux extérieurs. Le tronc correspond aux opérations quotidiennes : réception, marketing, services et entretien du bâtiment. « C’est ce qui fait tenir l’ensemble et assure le fonctionnement du centre », souligne-t-elle. Enfin, les branches et les feuilles représentent le personnel. « Nos équipes sont les feuilles de l’arbre : elles apportent de l’énergie à la communauté, de l’oxygène, des ressources et de l’ombre. C’est une vraie symbiose entre le centre et la communauté. »
Même si elles sont implantées à Vancouver depuis des décennies, les maisons de quartier restent encore sous-utilisées et parfois mal comprises. Pourtant, elles offrent un véritable sentiment d’appartenance et ont un impact profond, notamment sur plusieurs générations.
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