Les participants à la cérémonie du jour du Souvenir au Monument commémoratif de guerre des Canadiens d’origine japonaise à Vancouver ont rendu hommage au courage des vétérans en mettant en relief l’importance de transmettre leurs histoires.
Louisa Sage – Initiative de journalisme local – Journal La Source
La cérémonie a débuté au son du tambour japonais taiko, avant que Cecilia Point, membre de la Première Nation Musqueam, procède à la reconnaissance des territoires traditionnels. « Le tambour est le battement du cœur de nos ancêtres », a-t-elle déclaré, en soulignant la solidarité entre son peuple et les Canadiens d’origine japonaise, tous deux déplacés de leurs terres et envoyés dans des réserves ou des camps d’internement.
David Iwaasa, membre du Comité du monument commémoratif de guerre des Canadiens d’origine japonaise et maître de cérémonie | courtoisie
Une cérémonie empreinte d’émotion
Animé par David Iwaasa, cet événement a respecté les traditions du jour du Souvenir, avec notamment les réflexions d’un prêtre bouddhiste qui a rappelé que « la souffrance peut nous éveiller à la compassion », en plus de la lecture du poème Au champ d’honneur, un morceau de trompette et de cornemuse, ainsi que le dépôt de couronnes.
Après la cérémonie, Susan Yatabe a présenté la participation des Canadiens d’origine japonaise à la Seconde Guerre mondiale, qui s’est achevée il y a 80 ans, ainsi qu’à la guerre de Corée. Cette Canadienne d’origine japonaise de troisième génération consacre ses recherches à l’histoire de sa communauté depuis dix ans et a récemment rejoint le Comité du monument commémoratif de guerre des Canadiens d’origine japonaise (JCWMC).
Lutter pour leurs droits
Les liens de Susan Yatabe avec ce monument remontent à plusieurs générations. Son grand-père, Saburo Shinobu, a contribué à la collecte de fonds pour sa construction en 1920 et a milité pendant douze ans afin que les vétérans canadiens d’origine japonaise de la Première Guerre mondiale obtiennent le droit de vote. « En 1931, le projet de loi a été adopté à une voix près, et ils sont devenus les seuls Asiatiques du Canada à pouvoir voter », raconte-t-elle.
Cette victoire fut de courte durée. « Après l’attaque de Pearl Harbor, toutes les personnes d’origine japonaise, y compris celles nées au Canada, ont été expulsées de leur domicile et envoyées dans divers lieux à travers le pays, tels que des camps d’internement, des camps de travail, des fermes de betteraves sucrières ou des camps de prisonniers en Ontario », explique Susan Yatabe. « Le gouvernement a saisi et vendu leurs biens, et ils n’ont été autorisés à retourner en Colombie-Britannique (C.-B.) qu’en 1949, sans rien à quoi revenir. »
Diplômés de l’école de langues S-20, 1945. Au fond, de gauche à droite : Sadao Nikaido, Ferdinand Leduc, Howard McDonald, Frank Haley. Au premier rang, de gauche à droite : Roy Ito, Bill Hunter, Tad Ode, Shigeru Oue, Eiji Yatabe | courtoisie
Son père, Eiji, et son oncle, Minoru, se sont engagés dans l’armée en 1945, dès que le gouvernement a autorisé les Canadiens d’origine japonaise de la C.-B. à s’inscrire. « Ils sont devenus des spécialistes de la langue japonaise en Asie du Sud-Est, interrogeant des prisonniers japonais et traduisant des documents afin d’identifier les auteurs de crimes de guerre », précise-t-elle.
Transmettre le souvenir
« Se souvenir signifie transmettre aux nouvelles générations la résilience et la détermination de notre communauté pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée, malgré le racisme et l’internement », dit l’historienne. « Il s’agit de récits de courage, comme la lutte pour le droit de vote ou le service de soldats dans les batailles de Vimy et de Passchendaele. Nous nous souvenons également de ceux qui ont été déportés au Japon en 1946, souvent oubliés. »
Susan Yatabe se réjouit que l’étude de l’internement soit désormais obligatoire en 10ᵉ année en C.-B. « Il est important de rappeler aux jeunes les terribles conséquences des accusations injustifiées fondées sur la race. »
Toru Iwaasa, membre du Corps du génie royal canadien, 1945 | courtoisie
Un parcours continu
David Iwaasa rend hommage à son père, Toru Iwaasa, né en Alberta et membre du Corps du génie royal canadien. « Mon père s’est enrôlé en 1941 », indique-t-il. « Pour les quelques Canadiens d’origine japonaise vivant en dehors de la C.-B., certains ont pu rejoindre les forces canadiennes, même après l’attaque de Pearl Harbor, et ils ont continué à servir pendant toute la guerre. »
Lors d’un voyage en Europe, père et fils ont retracé le parcours militaire de Toru, une expérience émouvante pour les deux. Il confie regretter de ne pas avoir posé plus de questions à son père. « En fouillant dans des documents, je commence à mieux comprendre ce qu’il a vécu. »
Pour David Iwaasa, servir en tant que maître de cérémonie lui permet de partager cet héritage avec sa famille, y compris avec son fils qui a servi en Afghanistan. « Je veux montrer à ma famille et à mes amis à quel point cela me tient à cœur », souligne-t-il. « Les sacrifices de notre famille et de notre communauté ont été importants et ont contribué à façonner la vie que nous menons aujourd’hui. »
Pour en savoir plus : japanesecanadianveterans.ca
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