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le Jeudi 11 Décembre 2025 17:30 | mis à jour le 9 janvier 2026 11:10 Initiative de Journalisme Local

La chorale Les Décibels fait chanter Victoria en français

La chorale Les Décibels en concert lors du Marché de Noël de Bastion Square, le 29 novembre dernier | Dominique Wozniack
La chorale Les Décibels en concert lors du Marché de Noël de Bastion Square, le 29 novembre dernier | Dominique Wozniack
La chorale Les Décibels fait chanter Victoria en français
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Casey Edmunds, chef de chœur de la chorale Les Décibels | Catherine Lefebvre

Maintenir une chorale francophone active en milieu minoritaire demande de l’organisation, une vision et un attachement à la langue. À Victoria, la chorale Les Décibels, portée par Casey Edmunds, illustre cette capacité de résilience.

Martin Bouchard – Initiative de journalisme local – Journal La Source

Lorsqu’il accepte de reprendre Les Décibels il y a trois ans, Casey Edmunds note que la chorale est à bout de souffle. Les anciens chefs de chœur, issus de la base militaire d’Esquimalt, souhaitent passer à autre chose. Puis la COVID-19 frappe. 

Les répétitions s’arrêtent, les membres se dispersent, la chorale semble condamnée à cesser ses activités. « La chorale existe depuis près de 35 ans. Mais en 2019, c’était mort. Je l’ai reprise sur mes épaules, et ce faisant,  je lui ai redonné une nouvelle direction », explique-t-il. 

Depuis, le groupe est passé de douze à plus de trente choristes, une réussite dans un milieu largement anglophone.

Recruter et grandir dans un contexte minoritaire

Dans un environnement anglophone, bâtir une chorale francophone demande de la créativité. Casey Edmunds comprend vite qu’il faut offrir autre chose qu’un répertoire strictement religieux. « Beaucoup de gens associent la francophonie aux chants catholiques », indique-t-il. 

Ce chef de chœur choisit des pièces de compositeurs canadiens d’aujourd’hui, des œuvres de l’Ouest, des arrangements modernes. « Nous gardons des chants traditionnels, mais nous ajoutons du neuf. »

L’autre défi : la différence des niveaux musicaux. Certaines personnes lisent de la musique, d’autres non. « Beaucoup n’ont jamais fait partie du monde musical. Pour agrandir la chorale, nous travaillons un même répertoire sur plusieurs années, puis j’ajoute des pièces pour élever graduellement la qualité. Il faut bâtir sans perdre personne », fait savoir Casey Edmunds.

Pour lui, la clé du succès réside aussi dans la régularité. « Dans l’Ouest, les activités en français sont souvent mensuelles. Nous nous voyons chaque semaine. C’est ça qui crée une vraie communauté. »

La jeunesse, la langue et l’appartenance

Arrivée de Québec pour un séjour de quatre mois, Jeanne Gauthier cherchait une façon de rencontrer des gens. « J’ai fait beaucoup de musique plus jeune. Quand j’ai appris qu’il existait une chorale francophone, je me suis lancée en français », se réjouit-elle. 

Jeanne Gauthier est la plus jeune membre du groupe | Martin Bouchard

Plus jeune membre de la chorale, elle apprécie la diversité du groupe. « Je suis entourée de personnes expérimentées. Nous rions, nous nous amusons, et chaque semaine j’ai hâte d’y aller. C’est vraiment une petite communauté. »

Pour elle, chanter ici est aussi un geste identitaire. « Je suis contente d’être ambassadrice de ma langue. Peu importe qui m’écoute, je vais leur dire que je parle français et que je viens du Québec. »

Apprendre à tout âge

Installée à Victoria depuis 1981, Hélène Provencher a longtemps hésité avant de franchir la porte des Décibels. « Je me disais que je n’avais pas de voix et que je ne savais pas lire la musique. On m’a convaincue d’essayer et j’en suis très contente. Nous n’avons pas besoin d’être parfaits. L’idée, c’est d’apprendre. C’est une chorale communautaire. »

Elle chante entièrement à l’oreille. « Je reconnais une clé de sol, une clé de fa, mais c’est tout. Avec un bon chef de chorale, il suffit de regarder et de suivre. » 

Même quand la météo décourage, elle ne regrette jamais de s’être déplacée. « Je reviens toujours en me disant que j’ai bien fait de venir. À notre âge, c’est important d’avoir de nouveaux défis. »

La musique comme vecteur de bien-être

Pour Gaëtan Boué, Les Décibels a été une porte d’entrée vers la musique, et un moyen de renforcer son français. « J’aime la musique, et c’est une bonne activité communautaire. Ça me permet d’utiliser le français chaque semaine », souligne-t-il. 

Ancien tromboniste lors de ses études secondaires, il a mis de côté la musique pendant longtemps. « La chorale m’a permis de m’y remettre. J’aime qu’il y ait des gens de tous les niveaux. »

De son côté, Guylaine Petit chante avec Les Décibels depuis cinq ans. « Je ne venais pas du tout du monde musical. Lire les notes, comprendre les partitions, c’était un autre langage. Ici, j’ai beaucoup progressé. C’est bon pour le moral. » 

Elle insiste sur la satisfaction de voir le résultat du travail collectif. « Ce n’est pas juste chanter pour chanter. Nous préparons quelque chose. Je suis fière d’en faire partie. »

Casey Edmunds répète que la chorale dépasse largement le cadre artistique. « Nous ne faisons pas que chanter. Nous créons un espace où les gens peuvent vivre en français, se reconnaître, se raconter. En milieu minoritaire, c’est énorme. La chorale, c’est une façon de tenir la francophonie bien vivante à Victoria. »

Pour en savoir plus : https://www.sfvictoria.ca 

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