Alors que la population de Prince George est sur le point d’atteindre les 100 000 citoyens, la croissance démographique soulève des enjeux cruciaux liés à l’aménagement urbain et à la capacité de la municipalité à répondre aux besoins de ses habitants.
Louisa Sage – Initiative de journalisme local – Journal La Source
Lors d’une récente entrevue avec la CBC, Simon Yu, le maire de Prince George, a exprimé son souhait de voir la population de sa ville atteindre 200 000 habitants d’ici une décennie. Cette croissance permettrait, selon lui, d’élargir l’assiette fiscale pour assurer le financement à long terme des infrastructures existantes.
Le coût de l’étalement urbain
Selon Darrin Rigo, urbaniste, photographe, cinéaste et résident de Prince George, « la ville compte trop peu d’habitants pour l’étendue de son territoire ». Il y voit les conséquences d’un étalement urbain marqué par des quartiers à faible densité, dépendants de l’automobile, au détriment de noyaux urbains compacts et accessibles à pied.
Dans son court métrage documentaire We Built a City We Can’t Afford, il explique que le développement résidentiel en périphérie engendre des coûts d’infrastructure élevés. « Si l’installation initiale est en grande partie financée par les promoteurs, l’entretien à long terme revient à la municipalité. Le coût des routes, des conduites d’eau, des feux de circulation et du déneigement dépassent les impôts perçus sur ces nouvelles habitations. »
Du point de vue de l’urbaniste, cette dynamique entraîne une hausse récurrente des taxes foncières, tandis que certains services doivent être réduits. « La solution, c’est la densification par le réaménagement de terrains existants. Les infrastructures sont alors optimisées tout en augmentant les revenus fiscaux. »
Dynamiser le centre-ville
Darrin Rigo, urbaniste, photographe et cinéaste, a réalisé un court métrage documentaire sur les effets de l’étalement urbain sur la ville de Prince George | Darrin Rigo
Pour Darrin Rigo, le succès de Prince George et une croissance harmonieuse passent aussi par une renaissance culturelle et une véritable vie communautaire. « On met beaucoup l’accent sur la commodité. Or, je ne veux pas seulement une ville pratique, je la veux aussi agréable, belle et riche en culture. »
À ses yeux, une ville moins accaparée par l’entretien d’infrastructures étalées pourrait réinvestir ces ressources financières ailleurs. Il cite l’exemple d’un ancien magasin Home Hardware, vacant depuis six ans au centre-ville. « La municipalité pourrait acquérir le bâtiment et le mettre à disposition d’artisans ou de petites et moyennes entreprises, contribuant ainsi à dynamiser la communauté locale. »
Il estime également que la municipalité devrait investir davantage dans les festivals et les fermetures de rues. « Prenez notre marché fermier du samedi : nous fermons deux rues à la circulation et des gens de tous âges viennent en grand nombre. Cet intérêt montre le désir des gens de se promener et de profiter du centre-ville. »
Darrin Rigo considère que ce type d’initiative communautaire pourrait s’étendre au-delà d’une seule journée par semaine, afin de multiplier les occasions d’animer les espaces publics et de faire vivre le cœur de la ville.
La croissance passe par l’immigration
« Pour une ville comme Prince George, située à l’extérieur des grands centres urbains, attirer et retenir de nouveaux arrivants est essentiel », affirme Aboubacar Cissé, coordinateur de projet à la Communauté francophone accueillante (CFA) de Prince George, une organisation qui accompagne les nouveaux arrivants francophones dans leur installation et intégration.
À son avis, l’immigration est un levier essentiel pour soutenir la croissance démographique, répondre aux besoins en main-d’œuvre et dynamiser l’économie locale.
Soutenir l’établissement et l’intégration
Aboubacar Cissé, coordinateur de projet à la Communauté francophone accueillante de Prince George | Le Cercle des Canadiens français de Prince George
« Notre rôle comme CFA est de rendre notre communauté attrayante et réellement accueillante pour les francophones qui souhaitent s’y établir », résume Aboubacar Cissé.
Il souligne que les initiatives et campagnes du CFA ont déjà suscité un intérêt croissant pour s’installer à Prince George. « Disposer d’un point d’ancrage communautaire clair et structuré renforce la confiance des immigrants francophones dans leur choix de s’établir ici et surtout, d’y rester. »
Parmi les mesures que la ville pourrait adopter pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants, il cite la création éventuelle de logements près des locaux du CFA, une option récemment discutée avec le maire. « Un accès simplifié à un logement abordable et temporaire à l’arrivée peut faire toute la différence. »
L’éducation figure aussi parmi les enjeux importants, notamment avec le projet éventuel d’un programme entièrement francophone proposé par le College of New Caledonia. « Cela représenterait un levier stratégique pour attirer et retenir une population étudiante francophone qualifiée », précise-t-il.
Quant à l’aménagement de la ville, Aboubacar Cissé partage les préoccupations de Darrin Rigo. « Une planification favorisant des pôles communautaires accessibles, un transport collectif amélioré et des espaces de rassemblement inclusifs contribuerait grandement à renforcer le sentiment d’appartenance des résidents et à faciliter l’intégration des nouveaux arrivants. »
Pour en savoir plus : darrinrigo.substack.com/p/we-built-a-city-we-cannot-afford et www.bienvenueaprincegeorge.ca
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